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Vétérinaire : profession en détresse

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Publié le

2 septembre 2022

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Entre désertifications médicales, en particulier dans les zones rurales, et parcours du combattant pour les étudiants, la profession de vétérinaire est confrontée à de très graves problèmes.
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Comme pour la médecine ou le professorat, le constat est sans appel : la France manque cruellement de vétérinaires. Président du conseil national de l’Ordre des vétérinaires, Jacques Guérin le souligne d’entrée de jeu dans l’Atlas démographique de la profession vétérinaire 2022 : « Les besoins annuels moyens estimés de primo-inscrits au tableau de l’Ordre sont loin d’être couverts par les données réelles : 1 116 vétérinaires primo-inscrits pour un besoin estimé de 1 668 diplômés pour le seul secteur privé libéral ». Même si entre 2016 et 2020, il y a eu une hausse de 7,61% de vétérinaires inscrits au tableau de l’Ordre, soit une progression annuelle de 1,3%, cette hausse ne suffit pas à rattraper le manque accumulé de praticiens constaté depuis les années 2000.

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Pénurie de vétos chez les ruraux  

Par ailleurs, cette légère hausse générale ne permet pas de pallier le manque spécifique de praticiens dans les zones rurales. En effet, si le nombre de vétérinaires pour animaux de compagnie reste insuffisant, le problème principal se situe au niveau des vétérinaires pour animaux de production. Ainsi, la population qui déclare une activité pour les animaux de production a perdu 375 vétérinaires entre 2016 et 2020 (de 6 900 à 6 500), quoique la tendance se soit légèrement inversée depuis quelques mois, comme le souligne l’Atlas. En attendant beaucoup de départements souffrent du manque de professionnels. Dans Ouest France, le vétérinaire rural Antoine Lamerant témoigne : « Mon associé était parti, ma salariée aussi. Je me suis retrouvé à travailler seul h24 pendant des mois ». Il s’est donc retrouvé seul pour soigner 80 000 bêtes, issues de 200 élevages différents !

Cette situation tendue a des conséquences très claires. Tout d’abord un surmenage des professionnels, notamment à la campagne : le métier est physiquement difficile et très chronophage, surtout pour ceux qui n’ont pas le confort d’une clinique et qui doivent faire de la route. Ainsi, Jacques Guérin alerte sur l’épuisement physique et émotionnel des vétérinaires, et souligne les difficultés qu’ils peuvent avoir à mener une vie de famille décente. La pénurie de vétérinaires a des conséquences sur d’autres professions adjacentes, dans les filières d’élevage notamment : sans vétérinaire qui surveille la reproduction, l’élevage peut être menacé. Pour autant, nombre de vétérinaires ruraux continuent d’aimer leur profession et tentent d’attirer l’attention sur les points positifs du métier plutôt que sur les contraintes, afin de susciter des vocations chez les jeunes.

Au bout du compte, sur les 6 000 élèves ayant souhaité commencer une formation, moins de 700 deviendront vétérinaires, et 80% d’entre eux en ville

Manque de places et étudiants à la peine

Pénurie généralisée de vétérinaires donc. Pourtant, il n’y a pas de crise de vocations chez les jeunes : c’est bien la formation qui est inadaptée, car beaucoup trop restreinte. Si Jacques Guérin estime les besoins à 1 668 nouveaux diplômés chaque année,la France n’en forme que 668 ! Dès lors, pour accéder à l’une des quatre écoles de vétérinaires françaises (Alfort, Lyon, Nantes ou Toulouse), la sélection est très rude pour les étudiants.

La première option, existante depuis septembre 2021, est d’emprunter la voie post-bac, qui permet à 160 élèves d’accéder directement à une école sans passer par la prépa. Plus de 6 000 lycéens de classe terminale ont exprimé sur Parcoursup un ou des vœux pour une des quatre écoles nationales vétérinaires la première année où ce dispositif existait. Pour 160 places, le taux de réussite est donc de 2,6 %. Pour les autres, il faudra faire une prépa, et en particulier une prépa BCPST, la plus adaptée à la préparation aux concours vétérinaires. Cette filière est très sélective, exigeante et, dans une certaine mesure, assez frustrante pour les étudiants. En prépa, il n’y a pas de cas pratique au contact des animaux. L’enseignement se résume à la théorie, avec de nombreuses heures de mathématiques et de physique, des matières essentielles aux concours mais peu utiles pour la suite de leurs études et dans leur futur métier.

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Au bout de deux ans, sur les 668 places proposées par les écoles vétérinaires françaises, 323 sont réservées aux élèves venant de ce type de prépa. Le taux de réussite nationale à ce concours était de 14,3% en 2021. Au bout du compte, sur les 6 000 élèves ayant souhaité commencer une formation, moins de 700 deviendront vétérinaires, et 80% d’entre eux en ville. La filière est donc extrêmement sélective. Ainsi, quoique l’on manque de vétérinaires, les jeunes voulant devenir vétérinaire à la campagne, même d’un très bon niveau, en sont régulièrement empêchés car la sélection est trop rude, et non divisée entre un concours pour vétérinaire rural et un autre urbain : les deux professions, quoique très différentes, ne sont accessibles que par un même et unique concours.

Nos étudiants s’en vont, la France recrute à l’étranger

Naturellement, ce parcours du combattant est un véritable frein au développement de la profession, notamment dans les zones rurales. La solution ? Nombre d’étudiants, même excellents, sont obligés de partir se former dans d’autres pays de l’Union européenne – en particulier en Espagne, en Belgique ou en Roumanie – avant de revenir exercer en France. À l’université de Porto, la première année d’enseignement est même dispensée en français pour s’adapter au public ! Problème : à l’étranger, les frais de scolarité peuvent s’avérer beaucoup plus élevés : par exemple, pour l’année 2022-2023, les frais d’inscription à l’Université CEU Cardenal Herrera située à Valence s’élèvent à 16 760 € l’année pour le cursus en français et espagnol. Ce paramètre réduit encore les chances de certains élèves à accéder au métier de vétérinaire.

Entre 2017 et 2021, le nombre de vétérinaires primo-inscrits issus d’un établissement de formation vétérinaire étranger a fortement augmenté passant de 43 % à près de 55 % en 2021

En manque de vétérinaires parce qu’elle n’offre pas assez de places dans ses formations, la France doit quant à elle aller chercher des vétérinaires formés à l’étranger. Entre 2017 et 2021, le nombre de vétérinaires primo-inscrits issus d’un établissement de formation vétérinaire étranger a fortement augmenté passant de 43 % à près de 55 % en 2021. Parmi ces vétérinaires formés à l’étranger, 64,6 % soit 394 primo-inscrits sont de nationalité française et n’ont eu d’autres choix que d’étudier hors de France.

Dès lors, quelques solutions s’offrent à la France pour pallier le manque de vétérinaires, en particulier en zones rurales. La plus évidente serait d’augmenter les effectifs au sein des écoles françaises, mais également de restructurer le maillage rural des vétérinaires afin de rendre cette option plus attractive pour les étudiants, et notamment moins contraignante pour leur vie personnelle. Autant de mesures vitales alors que le vétérinaire est un maillon central de l’économie rurale.

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