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Zemmour fascine une partie de l’élite et les panafricanistes

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Publié le

18 février 2022

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S’il est souvent taxé de xénophobie par les médias français, le polémiste d’extrême droite est plus apprécié en Afrique qu’on ne le pense. Sa position de non-ingérence en politique étrangère et son choix de la « préférence nationale » séduisent les panafricanistes, aussi bien dans la diaspora qu’au sein de l’élite africaine, et son franc-parler fait des adeptes.
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Abidjan, veille de noël 2021, Éric Zemmour est en visite en Côte d’Ivoire. Le candidat à l’élection présidentielle a eu, sur le sol ivoirien, un agenda franco-français. Il n’a sollicité aucune audience locale ni auprès des autorités ivoiriennes, ni, comme le voudrait la pratique, auprès du président Ouattara. Zemmour a consacré l’essentiel de son séjour à l’armée, passant une demi-journée à Port-Bouët, une commune du littoral abidjanais où est basé le 43e Bataillon d’infanterie de marine (Bima). « Il ne passera qu’environ vingt-quatre heures en Côte-d’Ivoire », constate Seydou Gaoussou. Pour le journaliste ivoirien, « le plus important pour le candidat, c‘est la France et il en a donné ainsi la preuve ». Éric Zemmour qui a souvent dénoncé la Françafrique se contentera, outre sa visite à l’armée, d’échanger avec quelques résidents français, réaffirmant que la non-ingérence et la préférence nationale sont le socle de sa politique étrangère.

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Une non-ingérence qui séduit

« Ma cible, ce sont les Français », a-t-il laissé entendre, se contentant d’un bref entretien avec ses compatriotes résidant dans le pays. Une vingtaine en tout : « Sans doute ne fait-il pas des Français de l’étranger une priorité », en déduit Seydou Gaoussou. D’ailleurs, en 2017, ils avaient, pour les 20 000 qui vivent en Côte-d’Ivoire, plébiscité Macron (83 %) face à Le Pen (17 %). Mais le thème de non-ingérence a un écho plutôt favorable au sein de la communauté française ivoirienne dont la moitié a la double nationalité : « Quoiqu’on lui reproche, il ne va pas continuer à s’impliquer dans les affaires intérieures des pays africains », croit Abi Ouattara.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle cette Française d’origine ivoirienne qui gère un restaurant de luxe à Cocody, quartier huppé, entend « voter pour Zemmour ». « Je ne partage pas toutes ses idées, avoue-t-elle, souriante, mais je voterai pour lui », confesse celle qui a vécu dans la Sarthe pendant plus de 25 ans. Bien que ne partageant pas toutes ses prises de positions, il y a de plus en plus d’Africains qui se laissent fasciner par Éric Zemmour par rejet de ce qui aura été la politique africaine de la France sous la Ve République. C’est notamment le cas des anti-Françafrique.

Une violente rupture

C’est ainsi que le polémiste et désormais candidat ironise sur l’incapacité des dirigeants français notamment Chirac, Sarkozy, Hollande et Macron à mettre fin à la Françafrique. Son hostilité à l’égard de cette incestueuse relation qui a traversé toute la Ve République a grand écho dans le contexte actuel. « Pour y mettre véritablement fin, il faut une violente rupture », selon Seydou Gaoussou, convaincu qu’une telle initiative ne « peut venir que de l’extrême droite française », notamment de Zemmour ou de Le Pen. Un sentiment qui, largement partagé sur le continent, occulte en partie l’hostilité du président de Reconquête à l’immigration. « Les Africains sont plus attachés à la fin de la Françafrique qu’à l’immigration », insiste Gaoussou qui pense que la gestion par Macron de la crise malienne ne fera que conforter cette posture dans l’opinion. Un avis que partage prudemment Roukiata Ouédraogo. Pour la chroniqueuse et écrivaine franco-burkinabée, quel que soit le prochain président français, « on ne peut pas dénouer du jour au lendemain les liens obscurs de la Françafrique ».

Une autre posture du candidat de Reconquête qui a beaucoup d’écho en Afrique est la préférence nationale. Une idée largement répandue au sein des panafricanistes

La « préférence nationale » a bel écho

Une autre posture du candidat de Reconquête qui a beaucoup d’écho en Afrique est la préférence nationale. Une idée largement répandue au sein des panafricanistes qui sont de plus en plus nombreux et qui, dans la crise malienne, sont à l’avant-garde de la lutte « pour l’indépendance totale de l’Attique », notamment sur les réseaux sociaux. « Que les Français se concentrent sur la France et nous laissent nous concentrer sur le Mali », avait argué Choguel Maïga. Profitant mi-janvier d’une manifestation en faveur de la junte, le Premier ministre malien aura été plus que clair : « Que chacun reste chez lui et s’occupe de son pays », a-t-il crié, sous les applaudissements nourris de dizaines de milliers de personnes qui lui sont acquises. Et pour cause, leaders d’opinion et médias voient la main de Paris derrière les sanctions prises par les États africains regroupés au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’ouest (Cedeao). « Il est difficile de ne pas soupçonner la France d’autant que Macron et Le Drian ont tout de suite soutenu ces sanctions », constate Seydou Gaoussou, pour qui « la préférence nationale a sa place de part et d’autre ». Et c’est un concept qui, selon le journaliste, « resurgit au cœur du panafricanisme » et qui ne peut que « profiter aussi à l’Attique si ses dirigeants en saisissent à bon escient l’occasion ». En attendant, Éric Zemmour est encore loin d’être au second tour. La préférence nationale autant que la non-ingérence devront sans doute encore attendre.

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