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Près de 3 000 personnes s’étaient donné rendez-vous à 20 heures dans la magnifique Basilique de Saint-Nicolas de Port (54) samedi 7 décembre pour célébrer comme chaque année depuis presque 800 ans le saint patron des Lorrains, saint Nicolas. Sa capitale historique a encore vécu une belle journée, entre fête, chants et tradition. Un reportage de Sylvain Durain.
Loin de l’idéal consumériste qu’est devenue la fête de Noël, la 774e journée en l’honneur de saint Nicolas a fait revivre les valeurs propres à ce personnage qui, évêque de Myre au IIIe siècle, était réputé pour sa bonté et sa générosité envers les plus démunis. La légende lui reconnaît même des miracles comme le sauvetage de trois enfants découpés en morceaux par un boucher et qu’il reconstitua et ressuscita en apposant ses phalanges, depuis devenues célèbres. De ce fait, il devint logiquement le saint patron des enfants mais aussi des navigateurs, des prisonniers ou encore des avocats.
Le saint Nicolas visite d’ailleurs les écoles primaires alentour une semaine avant le défilé, accompagné de son acolyte le « père fouettard », chargé de punir les mauvais élèves ou les turbulents.
Lors de cette journée, les enfants reçoivent des cadeaux et du pain d’épices et c’est en s’inspirant largement de ses attributs physiques et psychologiques que l’on créera plus tard le personnage du père Noël. C’est d’ailleurs à la demande de Coca-Cola Company que le dessinateur Haddon Sundblom réinvente le célèbre barbu aux joues roses : tout de rouge vêtu à l’image de la marque, une hotte sur le dos et arborant un air bon enfant. Il faudra attendre l’après-guerre pour entendre parler de cet américain protestant buveur de soda. Grande chance, malgré tout, pour les enfants lorrains qui, au mois de décembre, profitent aujourd’hui de la générosité des deux figures.
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Mais les Portois mettent un point d’honneur à ne pas se contenter d’une fête mercantile de plus et prennent soin, en famille, de se réunir autour d’un repas ou de partager des moments conviviaux. Après le festin, c’est petits et grands qui se réunissent pour le défilé des chars de la ville avec fanfares, spectacles de rue et distribution de bonbons. Le saint Nicolas visite d’ailleurs les écoles primaires alentour une semaine avant le défilé, accompagné de son acolyte le « père fouettard », chargé de punir les mauvais élèves ou les turbulents. L’un ne va pas sans l’autre et l’on remarque, sur les chars, la grosse cote de popularité pour l’homme en noir brandissant son fouet au nez des enfants. Le boucher, cochon dans une main et couteau dans l’autre, n’est pas en reste. Les fous rires résonnent, on joue simplement à se faire peur et par là même on garde conscience de la nécessité de la bonne tenue envers ses semblables. C’est dans cette ambiance traditionnelle que le maire de la ville, Luc Binsinger, remet chaque année au saint les clés de la ville, avant d’assister à un feu d’artifice.
Depuis lors, les Lorrains se réunissent pour cette fameuse procession aux flambeaux, sans en connaître bien souvent les fondements historiques. Et Cuny d’ajouter que c’est « René II suite à la victoire de Nancy le 5 janvier 1477, sous la bannière de saint Nicolas, qui le proclama officiellement saint patron de la Lorraine ».
Une histoire légendaire
Il n’était pas acquis, au départ, d’imaginer un évêque oriental comme patron de la Lorraine. Jean-Marie Cuny, écrivain et spécialiste de l’histoire de la région, nous éclaire sur le pourquoi de la chose : « Lors de l’arrivée du sire de Réchicourt en Orient lors de la VIe croisade, il est fait prisonnier par les Sarrasins. Enchaîné, il priait chaque soir saint Nicolas de le délivrer de sa prison. Dans la nuit du 5 au 6 décembre, il fut réveillé par le froid et, stupéfait, s’aperçut qu’il n’était plus dans son cachot mais devant l’entrée de l’église de Saint-Nicolas-de-Port. Il était encore enchaîné… » Depuis lors, les Lorrains se réunissent pour cette fameuse procession aux flambeaux, sans en connaître bien souvent les fondements historiques. Et Cuny d’ajouter que c’est « René II suite à la victoire de Nancy le 5 janvier 1477, sous la bannière de saint Nicolas, qui le proclama officiellement saint patron de la Lorraine ».
S’il s’agit pour les uns d’un moment de partage, pour les autres d’une célébration religieuse, l’on sent, quoi qu’il arrive, cette volonté de faire corps et ce besoin de crier haut et fort son identité profonde. Une belle fête à la fois populaire et chrétienne, on se prendrait presque à rêver.
Une procession enracinée
En ces temps troublés par le terrorisme d’un côté et la déculturation généralisée de l’autre, il est un besoin naturel chez l’homme qui se réveille peu à peu, celui de l’enracinement, celui de faire partie de quelque chose de plus grand que soi. Ainsi, catholiques, orthodoxes, païens ou incroyants, toute la Lorraine est représentée lors de cette procession exceptionnelle. Dirigée cette année par l’évêque de Metz, Monseigneur Villemin, la procession rassemble curés, diacres, et autres personnalités religieuses mais aussi, entre autres, des confréries de mineurs ou encore les chevaliers du Saint-Sépulcre, reconnaissables à la croix potencée de Jérusalem. S’il s’agit pour les uns d’un moment de partage, pour les autres d’une célébration religieuse, l’on sent, quoi qu’il arrive, cette volonté de faire corps et ce besoin de crier haut et fort son identité profonde. Une belle fête à la fois populaire et chrétienne, on se prendrait presque à rêver.
Après l’inscription en novembre 2018 à l’inventaire français du Patrimoine Culturel Immatériel, la Ville de Nancy nourrit avec Saint-Nicolas de Port, ville où sont conservées les reliques du saint patron, le projet d’inscrire les Fêtes de saint Nicolas de Nancy au Patrimoine Culturel et Immatériel de l’Unesco.
C’est toute la région qui vit au rythme de son patron, et l’on comprend vite l’intérêt culturel et identitaire de cet événement comme nous l’explique Clélia, fondatrice du site local ici-c-nancy.fr : « Dès la fin novembre, l’espace public, les établissements culturels, sites patrimoniaux, commerces se mettent au diapason pour célébrer le saint patron des Lorrains dans une ambiance voulue toujours plus festive et éclectique. Après l’inscription en novembre 2018 à l’inventaire français du Patrimoine Culturel Immatériel, la Ville de Nancy nourrit avec Saint-Nicolas de Port, ville où sont conservées les reliques du saint patron, le projet d’inscrire les Fêtes de saint Nicolas de Nancy au Patrimoine Culturel et Immatériel de l’Unesco. Plus de 1 500 ans après sa mort Saint-Nicolas semble plus vivant que jamais ».
Si la Lorraine est française depuis seulement deux siècles et demi, il n’en demeure pas moins qu’elle a donné à la France nombre de figures et d’événements qui ont fait son histoire, parfois à grand prix. Et si l’on tentait, à travers nos saints respectifs, de redorer la France des provinces et de son patrimoine ?
Quand les prêtres se plaignent souvent de n’entendre jamais les fidèles chanter lors des messes, ici c’est un véritable concours de décibels, notamment entre scouts, qui s’opère. Les reliques et les différents symboles de saint Nicolas sont exposés et font le tour de l’intérieur de la Basilique pendant plusieurs dizaines de minutes. Les fidèles, quant à eux, tournent et suivent le mouvement une chandelle à la main qu’ils lèvent lors du refrain entonné en chœur : « Saint Nicolas, ton crédit d’âge en âge, / A fait pleuvoir tes bienfaits souverains. / Viens, couvre encore de ton doux patronage / Tes vieux amis les enfants des Lorrains »
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Si les lecteurs veulent vivre ce moment grandiose au sein de la Basilique, ils pourront également découvrir une Lorraine méconnue mais si glorieuse. La maison de sainte Jeanne d’Arc à Domrémy, la Place Stanislas à Nancy, Verdun et son mémorial, le massif vosgien pour les plus sportifs, et voudront bien terminer par son cœur symbolique à Saint-Nicolas-de-Port. Si la Lorraine est française depuis seulement deux siècles et demi, il n’en demeure pas moins qu’elle a donné à la France nombre de figures et d’événements qui ont fait son histoire, parfois à grand prix. Et si l’on tentait, à travers nos saints respectifs, de redorer la France des provinces et de son patrimoine ?
Nous quittons donc ces Lorrains, gorges déployées et chandelles levées, avec ce refrain en tête et nous découvrons, émerveillés, les paroles de ce chant si français :
« Saint Nicolas, protège notre marche ; / Puisqu’à la mort tout finit ici-bas, / Aide nos fils, sublime patriarche, / À soutenir le dernier des combats. Saint Nicolas, daigne agréer l’hommage / Que nous t’offrons avec joie & fierté, / Car nous venons au pied de ton image / Chanter en chœur ta gloire & ta bonté. Puisqu’ici-bas nous sommes à la peine, / De nos labeurs, dans la paix, souviens-toi ! / Puissions-nous, tous, vrais fils de la Lorraine / Rester aussi les fils du Christ, vrai roi. »
Sylvain Durain
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