Skip to content

5 décembre : reportage au pays des retraités et des futurs retraités

Partage

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur email
© Gabriel Robin pour L’Incorrect

 

Le 5 décembre se tenait la première journée de mobilisation contre la réforme des retraites – dont nous ne connaissons pas encore précisément les contours -, à l’appel des syndicats et des principaux partis d’opposition. Reportage à Toulouse, ville traditionnellement très mobilisée lors des mouvements sociaux, et, plus récemment, tête de proue provinciale des manifestations des Gilets Jaunes.

 

Le cortège réuni dans les rues toulousaines était, comme à l’accoutumée, difficile à évaluer. Micro en main, une syndicaliste de la CGT avait beau hurler que les participants étaient au nombre de 100.000 dans Toulouse, l’impression visuelle était un peu différente. Peu dense, la marée humaine annoncée n’avait pourtant rien de particulièrement exceptionnelle ou remarquable, bien que s’étendant du Pont des Catalans au métro Jean Jaurès. Au juste, les estimations nationales oscillaient en fin de journée dans des eaux assez raisonnables : entre 700.000 (chiffre police) et 1.500.000 participants (chiffre CGT) pour toute la France. C’est beaucoup, mais ce n’est pas plus que la première journée de la Manif Pour Tous ou bien encore que les mobilisations contre la loi Fillon en 2010, alors particulièrement impressionnantes. En revanche, des choses ont changé par rapport aux mouvements de 1995 et de 2010.

Tout d’abord, la rue et les syndicats ne font pas aujourd’hui face à un gouvernement de droite, puisque tout le génie de Macron fut de se présenter sous un faux nez. Reste que son Premier ministre n’est autre que l’héritier politique direct d’Alain Juppé, lui aussi haï par la rue et éjecté par son mentor Jacques Chirac dès que le vent se mit à souffler un peu trop fort dans les voiles de ce Président qui ne voulait rien tant que rester sagement à son poste, sans trop s’intéresser à ce qui se passait au ras-du-sol. Emmanuel Macron n’est pas Jacques Chirac. Il va certainement vouloir « aller au combat ».

 

OFFRE SPÉCIALE NOËL : Abonnez-vous et recevez en cadeau un livre de Raspail ou une bd de Terpant !

 

Deuxième différence avec les années précédentes : la composition du cortège. Si les gros syndicats et les principaux partis de gauche sont toujours à la manœuvre, ils doivent maintenant compter avec de nouveaux arrivants. Ainsi, du moins à Toulouse, on a vu fleurir sur les trottoirs en bordure des gros bataillons syndicaux, des manifestants d’un nouveau genre : ex ou actuels Gilets Jaunes fusionnés ou absorbés par la gauche contestataire, partisans du Frexit arborant des pin’s de l’UPR, champions du RIC, membres de micro partis communistes, militants LGBT, antifas masqués, écologistes en faveur de la décroissance, situationnistes hagards, jeunes « acab » en tee-shirts « Justice pour Adama », anars professionnels et autres badauds venus de leur plein gré sans être affiliés à un groupe politisé précis. L’intersectionnalité n’est donc plus un mythe, mais bien une réalité concrète des mouvements sociaux et de la vie politique française contemporaine.

Il faut ajouter un troisième groupe dans cette première manifestation à trois vitesses pour être parfaitement exhaustif. Il s’agit des syndicats durs et révolutionnaires, à l’image de la Confédération nationale des travailleurs. Habitués des fins de cortèges, ces derniers semblaient très remontés. De fait, certains participants étaient plus enclins au dialogue que d’autres. Interrogé sur sa participation à la manifestation, un fonctionnaire municipal de la mairie de Blagnac syndiqué chez Force ouvrière que nous appellerons Mohamed, tint ce discours :

 

 

 

« Moi je suis là pour pousser à la négociation et obtenir une meilleure réforme des retraites, une qui ne nous soit pas trop désavantageuse. Je n’ai rien à voir avec la CNT, les révolutionnaires qui veulent foutre le bordel. Je ne suis pas non plus favorable aux Gilets Jaunes. Ce n’est pas la bonne méthode de casser et de demander des choses sans vraiment savoir ce qu’on veut. Nous, on est là pour des avancées précises et on va voir comment les choses évoluent au fil des prochaines semaines »

 

Lire aussi : Joseph Thouvenel, syndicat du chrême

 

Preuve était donnée que l’intersectionnalité a ses limites. Evidemment, les durs de la CGT et certains partis de gauche radicale savent bien quel intérêt ils pourront tirer des plus enragés d’entre les protestataires : une force de pression. Mais ils atteindront très vite la ligne de crête. C’est donc un véritable test qui se prépare. Les Gilets Jaunes y survivront-ils en tant que mouvement actif les samedis ? Les syndicats français, si bruyants mais peu représentatifs de l’ensemble des travailleurs, y trouveront-t-ils une planche de salut ? Macron, de son côté, subira-t-il un dernier choc potentiellement fatal ? Pour l’heure, le gros des manifestants se trouve chez les fonctionnaires, notamment les enseignants. De nombreux cheminots participaient aussi à la fête. Un basculement plus fort du privé et des syndicats proches des milieux patronaux, à l’image de la CFDT ou de la CFTC, pourrait changer la donne.

Ce premier acte laisse un donc goût d’inachevé, comme si la France était usée par les 5 mois ouvrés de défilés qu’elle a connus dans les rues de ses grandes métropoles durant la dernière année civile écoulée. Quant au gouvernement, il n’a pas non plus le droit à l’erreur. Il sera toutefois difficile de trouver des circonstances atténuantes à cette foule d’un âge moyen plutôt élevé, représentative de ces catégories de la population qui ont contribué au lent déclin de la France, parmi laquelle la gauche française et les syndicats, tous immigrationnistes et cigales patentées devant l’éternel. Mais aussi … les pompiers pyromanes du gouvernement qui appartiennent à un système qui a soutenu ou n’a rien fait contre ce déclin français. L’impensé de ces manifestations est bien la lente érosion française, son effondrement moral et humain à l’intérieur, comme sa progressive soumission extérieure par la désindustrialisation, la perte de souveraineté et l’impossible transformation de notre appareil productif. Mieux vaut éviter les clichés en citant une nouvelle fois la célèbre phrase attribuée à Bossuet…

 

Gabriel Robin

Partage

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur email
En Kiosque
Rejoignez-nous

Newsletter

Pin It on Pinterest

Share This