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Paul-François Paoli : De Mao au Figaro

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Publié le

22 novembre 2019

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« Qu’est-ce que la vérité ? » La question que Pilate posa au Christ ponce Paul-François Paoli depuis toujours. Pour y répondre, il a emprunté un chemin tortueux. Fils d’un magistrat rad-soc et d’une catholique démocrate-chrétienne, il est frappé par les injustices sociales de la France des années 60. Avec un père à gauche et une mère à droite, le jeune Paul-François évolue de son propre aveu dans « un bouillon de culture politique ». Il raconte : « Dans une famille hétérogène politiquement, j’ai été à l’école de la controverse très vite. Nous étions passionnés de politique ». À l’adolescence, révolté et désireux de mettre ses convictions au service d’un idéal et d’une cause, il s’engage.

 

 

Ce sont les marxistes des Jeunesses communistes qui emporteront sa virginité militante au milieu des années 70. Un choix qu’il a posé par admiration – entre autres – pour Salvador Allende. Le président chilien assassiné par Pinochet le fascinait, comme il le racontera dans ses Confessions d’un enfant du demi-siècle parues en 2018 (Éd. du Cerf). Il cultive, encore aujourd’hui, un rapport presque mystique à cet esprit révolutionnaire. « Je ne supportais plus cet esprit bourgeois, au sens flaubertien du terme, qui croit que tout lui est dû parce qu’il est un possédant. Et de ce point de vue-là, je n’ai pas changé », se conte-t-il.

On ne peut s’empêcher de penser aux Déracinés de Barrès, victimes de la morale kantienne, abstraite et désincarnée, opposée au patriotisme charnel et presque sensuel d’un Péguy.

Il garde un lien très fort avec la terre insulaire de ses ancêtres, la Corse. On ne peut s’empêcher de penser aux Déracinés de Barrès, victimes de la morale kantienne, abstraite et désincarnée, opposée au patriotisme charnel et presque sensuel d’un Péguy.

Il faut dire que pour lui, la Révolution, c’est quelque chose de sérieux. Mais peu à peu, cet idéal ne lui suffit plus, il veut plus, il veut mieux.

Féru de littérature et de philosophie politique, il lit tout ce qui lui tombe sous la main : Marx et Lénine bien sûr, mais aussi Balzac. Il faut dire que pour lui, la Révolution, c’est quelque chose de sérieux. Mais peu à peu, cet idéal ne lui suffit plus, il veut plus, il veut mieux. Son éducation chez les jésuites, qui l’avait marqué profondément, finit par remonter à la surface du bouillon : « Ils ont accepté mon esprit individualiste, et moi qui était un cancre, j’ai pu réussir parce qu’ils ont réellement cru en moi et en mes talents ». Façonné par le matérialisme scientifique, le jeune homme cherche pourtant de la profondeur et, un peu malgré lui, de la transcendance.

« J’ai peu à peu compris en l’écoutant que je faisais fausse route, que les communistes étaient des petits-bourgeois comme les autres »

Par honnêteté intellectuelle, il ne peut s’empêcher de chercher chez les croyants : « J’ai toujours admiré les catholiques, il y a chez eux une fraternité, une chaleur humaine que je ne retrouve pas chez les communistes ». Lorsqu’il débarque à Paris, le jeune bolchevik en quête de sens rencontre à la Sorbonne l’intellectuel monarchiste Pierre Boutang. Sans tout adopter de sa pensée, il en ressort secoué : « J’ai peu à peu compris en l’écoutant que je faisais fausse route, que les communistes étaient des petits-bourgeois comme les autres ». Nous sommes en 1983, Mitterrand est élu depuis deux ans, l’alliance avec les communistes bat de l’aile, mais jamais la gauche culturelle n’a été aussi puissante. Elle a en main tous les leviers pour faire éclore son monde de lendemains qui chantent. Pourtant Paul-François Paoli choisit de rompre avec le marxisme. Et à sa manière : définitivement. Pourquoi ? Parce qu’il est désenchanté, parce qu’il méprise l’incohérence, parce qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis et qu’il se trouve qu’il est tout sauf un imbécile.

 

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Alors il se fait journaliste, en commençant par piger pour TV Cable Hebdo. À l’ancienne : « Le métier est dur, très dur. Il est exigeant, difficile. Il faut souffrir pour être un bon journaliste ». En 1999, il sort son premier essai : Comment peut-on être de droite ? Chez Albin Michel : « J’avais senti que le progressisme était en bout de course, qu’il arrivait au bout de sa logique. Je l’avais senti d’autant plus précisément que j’en venais ». Cela lui vaut les honneurs du Figaro, qui lui consacre sa une. Jean Sévillia, alors patron des pages Débats et Opinions, le fait bosser pour le Figaro Magazine. En 2003, il commence à écrire au Figaro Littéraire : « Aujourd’hui je fais partie des murs », plaisante-t-il.

Passer du communisme au conservatisme n’est pas un chemin aisé.

Auteur d’une quinzaine d’ouvrages (il en prépare un sur le multiculturalisme), pigiste à plein temps, Paul-François Paoli semble avoir trouvé l’équilibre intellectuel qu’il cherchait adolescent. Passer du communisme au conservatisme n’est pas un chemin aisé. Il ne peut s’empêcher de philosopher : « Quand je pense au progressiste que j’ai été, j’ai cette phrase du Livre de Jérémie qui me revient en mémoire : Ils ont couru après des riens, et ont été tenus pour rien ».

« j’ai choisi la meilleure part : l’art, la littérature, l’amour et l’amitié »

Aujourd’hui, Paul-François Paoli sait qu’il a trouvé la vérité : elle réside dans le rapport entretenu avec la dignité humaine. Et puis, ajoute-t-il malicieusement, « j’ai choisi la meilleure part : l’art, la littérature, l’amour et l’amitié ». Êtes-vous plus de droite que lui ?

 

Emmanuel de Gestas

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