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Samuel Fitoussi : L’école du rire

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Publié le

16 juillet 2020

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Il est l’être humain qui se trouve derrière la très caustique et hilarante page « La Gazette de l’étudiant ». Samuel Fitoussi écrit sur le monde de Sciences-Po et autres HEC d’une plume alerte, tantôt caustique tantôt bienveillante. Un moraliste des internets en quelque sorte.
Samuel Fitoussi

Samuel Fitoussi est un jeune homme brillant. Il rentre de trois années à Cambridge pour finir son master en économie. L’aventure de sa page a débuté il y a des années de cela avec quelques camarades de lycée. Si au départ, il s’agissait de private-jokes sur la vie scolaire, la passion de l’écriture a bien vite enfiévré Samuel, qui s’est mis à publier des textes plus larges, décrivant par le menu une multitude de personnages étudiants parfaitement clichés que l’on peut croiser sur les bancs de la fac. Une fièvre tellement dévorante que notre ami souhaite d’ailleurs abandonner les lucratives perspectives économiques de ses études pour l’incertitude créative du métier d’auteur.

Ce qui l’attire dans l’écriture est cette sensation de liberté totale :

« Sur ma page, je suis indépendant, je ne dois rien à personne, et je n’ai aucune appartenance politique, ce qui me permet d’écrire des blagues sur les sujets que je veux », nous confie-t-il, ajoutant qu’il ne sait pas encore quelle forme prendra sa carrière, même si le cinéma le passionne et l’attire fortement.

« Je pense que le principal problème vient de l’auto-censure. Lorsque je poste, même des textes polémiques, il ne se passe rien, je peux toujours continuer à écrire »

Une liberté à laquelle il est très attaché, mais qu’il ne pense pas menacée pour autant. En effet, lorsqu’on lui fait remarquer que son ton particulier risque de ne pas plaire, notamment dans le milieu du cinéma où il souhaite évoluer, il est bien moins pessimiste que nous: « Je pense que le principal problème vient de l’auto-censure. Lorsque je poste, même des textes polémiques, il ne se passe rien, je peux toujours continuer à écrire », avance-t-il. Cependant, l’un de ses textes, le seul à ne pas être de fiction, qui traitait de l’hystérie collective ayant fait suite à la mort (tragique, est-on obligé en toutes circonstances de rappeler) de George Floyd, aura été signalé plus de mille fois, alors qu’il ne contenait en somme rien de répréhensible, si ce n’est une réflexion raisonnée et temporisée, à l’heure de l’embrasement forcené et obligatoire.

L’humour trouve en tout cas en Fitoussi un ardent défenseur qui manie habilement divers styles, de la critique sociale aux « délires complets »

(La boîte échangiste économique, par exemple, où l’on voit divers théoriciens s’appliquer à draguer selon leurs thèses), en passant par un regard acéré mais toujours décalé sur l’actualité où « s’entremêlent les registres ». On vous en recommande la lecture. On voit bien là ses inspirations, du burlesque de Woody Allen aux Monthy Python, à l’œil torve et caustique de Houellebecq, qu’il cite en infuences. « Ce que j’écris n’est jamais consensuel car l’humour consensuel n’est pas drôle, et j’essaie de ne pas faire les blagues qu’on entend 1 000 fois à la télé et dans la presse. L’humour est particulièrement efficace pour mettre en lumière certaines contradictions et absurdités ». On ne peut que tomber d’accord avec lui, surtout dans une époque d’hystérie morose où tout doit être lissé dans la plus grande fureur.

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Passionné de philosophie et d’économie, Samuel Fitoussi fait vivre une galerie de personnages parfois exaspérants ( Julie, 21 ans, étudiante en philo, Lucas, jeune macroniste…), mais toujours, à leur manière, touchants. En prennent pour leur grade autant les féministes de Tolbiac que les tartufes écolos d’HEC, les aristos d’Assas ou le gouvernement. L’égalité républicaine, la vraie, se trouve dans la propension à savoir autant rire de soi que des autres, et Samuel Fitoussi nous tend un formidable et désopilant miroir, déformant bien entendu, mais dans lequel on parvient tout de même à se reconnaître. Une respiration bienvenue en temps de marasme.

Si l’on ne sait pas encore de quoi l’avenir sera fait après le virus, il y a fort à parier que, pour notre plus grand bonheur, Samuel Fitoussi aura des sources d’inspiration constantes. Un jeune homme à suivre, en tout cas.

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