Pourquoi s’être personnellement intéressé au sujet de l’Urbex ?
En réalité, si je n’en avais pas été victime moi-même, je pense que je n’aurais jamais été au courant de cette pratique. Je restaure des propriétés en Normandie, des petits manoirs, des maisons de famille. Petit à petit je me suis rendu compte qu’elles étaient visitées, puis dégradées et enfin cambriolées. Je me suis donc mis « en planque » sur certaines propriétés et j’y ai intercepté des petits jeunes. J’ai menacé l’un d’eux de le dénoncer à la gendarmerie, mais je l’ai finalement utilisé comme source d’informations, puisque mes actions précédentes auprès de la gendarmerie n’avaient jamais porté leurs fruits. Les gendarmes ne donnent pas suite, ils considèrent ces actes comme de simples « vagabondages » alors que je les ai prévenus à plusieurs reprises. Nous en sommes à cinq, six cambriolages par an…
À titre personnel, je vends ma propriété. J’abandonne tellement les dégâts causés lors des derniers passages ont été importants : ils ont ouvert les robinets et détruit tous les parquets. Il m’est désormais impossible de continuer, je ne peux aller plus loin financièrement. Ce sont vingt-cinq années de restauration qui s’arrêtent
Le jeune homme que j’avais intercepté m’a donc donné toutes les informations nécessaires et grâce à celles-ci, je me suis fait passer pour l’un d’entre eux afin d’être accepté dans leurs groupes Facebook. Ce sont des groupes « Urbex » fermés. Pour être accepté il faut répondre à un certain nombre de questions. J’ai donc été accepté dans ces groupes où j’ai découvert des photos de ma propre maison avec des gens chez moi. Cela n’a pas le moins du monde intéressé la gendarmerie, les individus n’ont même pas été convoqués. La seule « solution » qui m’a été proposée était d’entrer en contact avec les individus concernés et de leur demander de supprimer les photos du réseau social.
J’ai tenté en vain de leur expliquer que les faits étaient graves puisqu’il y a des survols de propriétés par des drones, et que les données de géolocalisation des propriétés sont ensuite vendues sur des sites internet. Ces sites payants indiquent l’emplacement, la manière d’entrer et même ce que l’on trouve dans la maison. J’ai mené cette enquête par patriotisme, par amour de la France et de son patrimoine. À titre personnel, je vends ma propriété. J’abandonne tellement les dégâts causés lors des derniers passages ont été importants : ils ont ouvert les robinets et détruit tous les parquets. Il m’est désormais impossible de continuer, je ne peux aller plus loin financièrement. Ce sont vingt-cinq années de restauration qui s’arrêtent. Mais par solidarité, pour tous ceux qui aiment le patrimoine français et ceux qui ont une résidence secondaire, j’ai voulu faire cette enquête.
Cette pratique d’intrusion chez des particuliers sous couvert « d’exploration urbaine » est-elle nouvelle ?
Oui. Il y a vingt ans, ils visitaient les aquariums du Trocadéro, ou des piscines désaffectées, aujourd’hui cela ne leur suffit plus. D’ailleurs en les suivant sur les réseaux sociaux, on constate que les mêmes qui s’introduisent dans les maisons pour « visiter », prendre des photos et les poster, se plaignent ensuite des dégradations et des vols : « c’est incroyable, j’ai ouvert la voie et maintenant ils ont foutu le feu à la maison ».
Pour vous, ceux qui violent les propriétés mais qui s’indignent ensuite des dégradations causées, ont-ils un réel intérêt pour le patrimoine ?
Pour moi, ils n’en n’ont aucune connaissance. Ils se prennent pour les aventuriers de l’Arche perdu, ils se croient archéologues en herbe. Mais quand on les croise, ils ressemblent à des zadistes, qui pensent que rien n’appartient à personne et pour qui la notion de propriété est complètement étrangère. Mais je suis d’accord pour dire qu’il y a une déclinaison de mentalités et d’approches chez eux. Il y a celui qui fait de la photo mais qui a néanmoins escaladé votre grille, celui qui prend une échelle et qui casse un carreau, celui qui rentre dans la maison et qui ne laisse aucune trace de son passage. Sauf que les réseaux sociaux étant ce qu’ils sont, ceux qui n’ont pas l’intention de nuire, ouvre malgré tout la voie à des gens beaucoup plus malveillants.
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Dans ces demeures, des objets d’art de grandes valeurs sont saccagés ou bien disparaissent au fil des photos postées par ces « explorateurs ». Ils s’en plaignent d’ailleurs eux-mêmes. Ces jeunes cherchent quelque chose d’excitant, ils aiment effectivement le patrimoine, mais en l’exposant ainsi sur les réseaux sociaux, on rend sa durée de vie extrêmement faible. Ces objets, ces lieux ont survécu car personne n’y passait. L’urbex peut entraîner en une journée, plus de cent visites dans un seul château. Durant mes trois ans d’enquête, j’ai constaté que tous les parcours urbex se terminent mal, car arrive forcément un moment où une rave party est organisée et là ce sont cinq cents voitures qui se garent dans le champs voisin. L’urbex, ça ne peut pas bien se terminer.
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