L’affaire Augustin a débuté médiatiquement le lundi 24 août. Les mensuels LyonMag et l’Etudiant Libre relayent alors les éléments communiqués par le frère de la victime dans un post facebook qui sert de source unique.
D’après ses dires, les faits se seraient déroulés place Bellecour, au plein cœur de Lyon, dans la soirée du vendredi 21 aout. Devant l’arrêt de bus Bellecour – le Viste précisément. Voyant un groupe de cinq individus agressant deux jeunes femmes vers 23 heures, le jeune Augustin, 17 ans, décide d’intervenir pour les défendre. S’il permet aux victimes de se réfugier dans un Monoprix attenant, Augustin aurait ensuite été sauvagement agressé par ces « racailles colorées » qui l’auraient « fracassé gratuitement » sans que personne n’intervienne. Le frère de la victime écrivait qu’Augustin avait plusieurs dents cassées, une fracture de la mâchoire et une opération des cervicales. Ces éléments ont d’ailleurs été repris, avec un conditionnel de rigueur par nos soins dans la journée.
Très vite, l’information circule et les réseaux sociaux se mobilisent face à ce qui semble être un nouvel et tragique exemple de l’ensauvagement de notre société. Le hashtag #JusticePourAugustin devient rapidement une top tendance sur twitter, et un groupe de soutien est lancé sur facebook.
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Lundi après-midi, suite à une plainte déposée la veille à la gendarmerie de Fontaines-sur-Saône, une enquête est ouverte et confiée au commissariat du 2ème arrondissement. La police lance par ailleurs un appel à témoin afin de recueillir des témoignages pour corroborer les éléments avancés par l’entourage de la victime. Avant de subir une opération de la mâchoire, Augustin donne une brève interview à LyonMag, dans laquelle il déclare ne se souvenir que de « flashs et de moments, mais pas de l’intégralité des événements qui ont suivi », ayant été victime d’un « trou noir ».
Le mardi 25 dans l’après-midi, les enquêteurs recueillent le témoignage des jeunes femmes prises à parties, qui révélaient la veille au journal Libération et sur les réseaux sociaux dont Twitter une version des faits un peu différente. Les proches de la victime parlent d’un tabassage d’Augustin par plusieurs individus, qui l’auraient laissé à moitié inconscient. Les jeunes femmes décrivent plutôt une agression consistant en un seul coup de poing.
D’après l’une des adolescentes qui détaille la scène, un groupe de sept individus était en train de les importuner quand Augustin et son ami sont intervenus. Alors qu’Augustin échange avec les individus, l’un d’eux lui aurait asséné un unique coup de poing, par derrière dans la mâchoire. Dans l’extrait vidéo de l’altercation filmé par l’une des demoiselles, on entend en effet Augustin crier «Tu m’as enlevé une dent, fils de pute !». L’adolescente poursuit : « Après le coup, Augustin est tombé, il s’est relevé directement, il n’a pas perdu connaissance. Je suis allée parler au garçon qui lui avait mis un coup, pour lui faire remarquer qu’Augustin lui parlait calmement et que ça ne se faisait pas de lever la main sur lui. Il s’est énervé contre moi, le ton est encore monté, puis enfin ils sont partis. » Après être restées avec lui quelque temps, les jeunes femmes ont « remercié Augustin » : « on lui a dit qu’on était désolées et on voulait s’assurer qu’il irait bien à l’hôpital.» Ce qu’il a fait, sans prévenir cependant ni la police ni les pompiers.
Chevaleresque, Augustin s’est comporté de fort digne manière en se souciant de jeunes femmes harcelées, qu’il pensait sur le point d’être agressées.
Reçu par les enquêteurs le mercredi 26, Augustin a assuré « sans pouvoir être totalement affirmatif » avoir eu « le sentiment de recevoir un autre coup au niveau du visage », comme le relate France TV. Les éléments communiqués par le parquet de Lyon le mercredi 26 dans l’après-midi semblent corroborer la version allégée avancée par les adolescentes. Ainsi, le parquet retient une agression mais pas un lynchage. Ce qui est indéniable en revanche, c’est qu’il «est intervenu pour prendre la défense de jeunes filles qu’il pensait être importunées ». Le médecin légiste a lui constaté une fracture mandibulaire et une lésion dentaire, des blessures ayant été jugées « compatibles avec un coup unique porté au niveau du visage » qui vaudront au jeune homme une incapacité temporaire de travail de 21 jours.
Que retenir de ces éléments ? Chevaleresque, Augustin s’est comporté de fort digne manière en se souciant de jeunes femmes harcelées, qu’il pensait sur le point d’être agressées. L’une d’elle félicite sans détour Augustin : « C’était une bonne intention à la base. Il a fait preuve de courage car on aurait pu se retrouver en danger. » Il y a par ailleurs eu agression d’Augustin en bonne et due forme par un coupable qui n’a pas encore été identifié et arrêté, quand bien même ça n’est qu’un seul coup de poing. Cependant, il semblerait que la version des faits avancées par les proches du jeune homme et relayées sur la toile amplifiait largement la brutalité des événements.
Au stade où elle en est, cette bien malheureuse affaire Augustin porte deux enseignements.
Le réel donne suffisamment raison aux conservateurs sans qu’il soit nécessaire d’amplifier la réalité des événements, et d’ainsi fragiliser la crédibilité de leurs discours.
D’une part, elle a levé, s’il le fallait encore, les masques d’une certaine gauche qui a tardé à féliciter le jeune homme, de peur de stigmatiser et faire le jeu du thème sécuritaire. Cette affaire a été l’occasion d’une énième contradiction d’une certaine gauche féministe mais qui refuse, au nom même de son féminisme, qu’une femme soit protégée d’un éventuel danger par un homme. Trop patriarcal, trop chevaleresque sûrement. Cette gauche n’a d’ailleurs pas hésité à taire puis minimiser l’affaire, et pire encore à justifier l’agression, quand elle a appris qu’Augustin était membre du mouvement monarchiste L’Action Française. Elle réhabilitait par-là l’utilisation de la violence physique au nom d’une bataille idéologique, méthode dont elle use plus qu’il n’y paraît (cf notre numéro d’été et son enquête sur les Antifas)
D’autre part, cette affaire révèle les tares d’une certaine droite, qui profite d’un événement pour bondir comme sur un os et y plaquer une lecture idéologique, sans la prudence que commande le souci de vérité. Un coup de poing est ainsi devenu un lynchage sauvage, un tabassage laissant pour mort un jeune homme. L’adolescente ayant témoigné a été victime de menaces de mort : « Tout le monde pense que je crache sur Augustin et qu’en plus on est contre les droits des femmes, mais en fait je trouve ça super qu’il soit intervenu comme ça. Juste, à la base, je tiens à dire qu’on n’a pas été agressées comme ce qui est écrit ». Ce comportement est pourtant inexplicable politiquement. Le réel donne suffisamment raison aux conservateurs sans qu’il soit nécessaire d’amplifier la réalité des événements, et d’ainsi fragiliser la crédibilité de leurs discours. Sans avoir besoin d’en faire un lynchage mortifère, l’agression d’Augustin se suffit à elle-même et est assez scandaleuse pour demander légitimement une réponse à la hausse des violences.





