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Culpabilisons !

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Publié le

21 septembre 2020

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On ne compte plus les vidéos, tutos et bouquins nous enjoignant à nous détacher du sentiment de culpabilité – à croire qu’il s’agit du fléau psychologique de notre époque. Il faut dire que les médias ont la main lourde avec les accusations ces derniers temps : esclavage, colonisation, climat… L’Européen porte tout sur sa conscience (et sa fiche d’impôts).
culpabilisons

Les médias et lobbys n’inventent rien cependant. La culpabilité tient dans le monde occidental une place de premier choix, et ça ne date pas d’hier. Déjà, on se rassure, la psychologie est formelle : si vous êtes dépourvu de toute culpabilité, félicitations, vous êtes un psychopathe. Le sentiment de culpabilité se trouve dans toutes les cultures, comme la joie ou la tristesse, et est très facile à mobiliser. Vous connaissez tous le « fais ce que tu veux » assorti d’un léger sanglot de votre moitié, et vous savez que vous êtes parti pour trois heures à vous retourner dans le lit avant de trouver le sommeil.

En théologie, on refait le brief sur Adam, sa go pas sûre Ève, la pomme, le serpent ? En plus de contraindre les hommes à bosser et les femmes à accoucher dans la douleur (et bientôt l’inverse), cet épisode plante au cœur de la civilisation judéo-chrétienne le sarment de la faute originelle. Et donc de la culpabilité inhérente au fait d’exister. Cher, le ticket d’entrée sur terre.

Si on ne savait pas, c’est une erreur, mais si on sait au fond qu’on fait un truc super pourri, la boule de culpabilité dans le bide va se charger de nous le rappeler

En philosophie, la culpabilité prend sa source dans la faute, et parvient dans le même temps à nous faire discerner le bien du mal. Si on ne savait pas, c’est une erreur, mais si on sait au fond qu’on fait un truc super pourri, la boule de culpabilité dans le bide va se charger de nous le rappeler. Elle tient lieu de boussole interne pour nous pousser vers plus d’empathie, plus de sociabilité. Le sentiment d’avoir fait de la daube est relativement universel, et démarre très jeune : un marmot sait pertinemment s’il avait le droit ou non de flanquer son assiette de purée sur le tapis.

Et c’est en anthropologie que cela devient intéressant : car le mécanisme de culpabilité intérieure est ce que les parents veulent déclencher au moment où bébé redécore le salon couleur patate-carotte. Faire prendre conscience que c’est une faute, et menacer de retirer son affection, est pire qu’une claque pour un enfant. Ce mécanisme de contrôle diffère selon les arcs civilisationnels. Là où certaines sociétés contrôlent leurs individus par la honte, comme en Asie, ou par la peur de la sanction, comme en Afrique, l’occident individualiste fait appel au mécanisme interne de culpabilité pour distinguer le bien du mal. En gros, on zappe le flic de la pensée derrière chaque porte, et on en met un dans chaque cœur.

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La religion chrétienne complétait ce besoin de contrôle individuel par le péché. Aussi lors de sa disparition, il a fallu de nouvelles normes à respecter. Exeunt le mensonge, l’adultère, le blasphème, bonjour l’affreux mâle blanc, l’abominable statue de Christophe Colomb et l’indicible trognon de pomme dans la poubelle des cartons. On se cherche des motifs de culpabilité parce que les siècles passés ont sélectionné les individus les plus aptes à déclencher ce sentiment.

Les lobbys d’influence le savent pertinemment, et nous traitent comme un mari jaloux : « Tu peux rouler en bagnole, mais ça sera ta faute si les mignons bébés phoques meurent ».

Alors on va faire comme le disent tous ces tutos en ligne. On va prendre une grande inspiration, zapper le chantage affectif parce qu’on n’a jamais eu d’esclave et qu’Assa Traoré n’a jamais ramassé de coton. La culpabilité est un sentiment digne et individuel, ne laissons personne nous l’enlever ou la tordre à son avantage. Mettons à profit cette belle boussole interne pour enfin appeler les impôts ou filer se confesser. Culpabilisons !

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