Commandé par Anthony Vaccarello, directeur artistique d’Yves Saint Laurent, le film semble un moyen facile pour la maison de luxe de capter l’aura sulfureuse du cinéaste. Improvisé et tourné en deux jours, Lux Æterna se révèle un étrange objet : le réalisateur y livre en pâture deux stars hexagonales, Charlotte Gainsbourg et Béatrice Dalle, pour faire du Gaspar Noé en pilotage automatique. Pourtant, derrière l’habituelle « installation de crise », Lux Æterna s’apparente davantage à un simple exercice de style qui prouve, pour les premiers, que l’éclat de Noé s’estompe, pour les seconds, qu’il n’est toujours pas près de luire.
NON. IL NOUS RESSORT TOUJOURS LE MÊME SPOT.
Gaspar Noé aime les situations de crise. Depuis au moins Irréversible, son écriture s’attache à élaborer des séquences critiques, des situations fatales, qui éclairent les pires aspects de l’humanité, avec toujours une explosion finale de violence morale et physique, le tout souligné par une mise en scène expressionniste qui se répand dans les camaïeux de rouge et dans l’ivresse opératique. Noé est un cinéaste de l’éprouvette et de l’installation : il crée un espace critique puis observe ses acteurs s’y débattre, entomologiste sadique et moral à la fois. Si la formule est efficace, elle semble piétiner un peu depuis Climax.
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Dans Lux Æterna, Noé botte en touche en invoquant le discours méta-filmique et en thésaurisant le septième art à la façon de Godard dans Histoires du Cinéma. Las, le film ne surprend pas vraiment et le procédé, cette fois-ci, paraît artificiel. Ses effets de manche habituels – stroboscope, jeu outré des acteurs, cartons révérencieux – paraissent maintenant un peu vains. M.O.
OUI. IL ALLUME TOUTE LA FOURMILIÈRE
On le sait depuis au moins Inland Empire, il n’y a rien de plus cinématographique et anxiogène qu’un tournage de cinéma. En choisissant un tournage fictif comme décor de Lux Aeterna, Noé parle de ce qu’il connaît le mieux et n’hésite pas à dégommer son propre milieu dans les grandes largeurs. Ils y passent tous : producteurs véreux, chefs opérateurs démiurgiques, réalisateurs largués, starlettes exécrables, assistants tyranniques, costumiers pédérastes et persifleurs, critiques flagorneurs ou simples parasites opportunistes… Chaque corps de métier en prend pour son grade, et la grande famille du cinéma selon Noé ressemble à un infect carnaval d’egos boursouflés, avec en parangon Béatrice Dalle, qui joue ici son propre rôle, et dont le réalisateur a su tirer le pire avec malice. M.O.
OUI. IL ÉCLAIRE LA CHUTE ET LA GRÂCE
Comme tous les grands moralistes, Noé a une vision aiguë du mal, qu’il porte comme un joug depuis son premier film. Dans Lux Æterna, Noé prouve que le cinéma est à la fois vecteur du mal et moteur d’un processus de rédemption.
Dans un paysage cinématographique français dominé par la paresse et le consensus, sa mise en scène accumule toujours les morceaux de bravoure, tout en racontant quelque chose d’autre
Le film s’ouvre sur des plans d’Haxan – film muet culte du réalisateur suédois Benjamin Christensen qui met en scène les démons et les sorcières du Moyen Âge – et se finit sur l’image d’une croix qui semble presque crever la pellicule. Entre les deux, le calvaire de Charlotte Gainsbourg et, surtout, une certaine « histoire à rebours » du cinéma occidental, qui permet de sonder l’appétence du septième art pour le martyre de la chair. Au fond, Noé nous dit que le cinéma peut encore sauver le monde, du moins après l’avoir détruit. M.O.
OUI. IL RÉVÈLE UNE PLASTIQUE SOMPTUEUSE
Gaspar Noé est avant tout un grand plasticien. Dans un paysage cinématographique français dominé par la paresse et le consensus, sa mise en scène accumule toujours les morceaux de bravoure, tout en racontant quelque chose d’autre. Du cinéma, en somme, bien loin du filmage univoque et feuilletonesque qui remporte la mise aujourd’hui. Dans Lux Æterna, il met en place une mise en scène quasi documentaire pour mieux la pervertir de l’intérieur avec des split screens ou des travellings à l’épaule, imposant peu à peu le malaise et transformant son film en espace mental, jusqu’à l’apothéose stroboscopique, ce moment où la pure mise en scène, comme en état de grâce, invoque les spectres de Dreyer et de Godard. Et Charlotte Gainsbourg n’aura jamais été aussi belle, actrice littéralement crucifiée par le cinéma. M.O.
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NON. C’EST JUSTE UN DEBILE SOUS STROBOSCOPE
Gaspar Noé ose. C’est sa seule qualité. La seule que se partagent les génies et les cons. Le problème est qu’il appartient à la deuxième catégorie. Alors quand il débarque au Festival de Cannes en 2002 avec Irréversible, son cinéma dégueule à la tronche des spectateurs. Le scandale est là avec en point d’orgue une scène de viol de neuf minutes de Monica Bellucci. Noé est content comme un sale gosse qui vient de faire une connerie « Ça arrangerait le distributeur que le film ne soit interdit qu’aux moins de 16 ans. Mais on va avoir le maximum. On a tout fait pour ça », expliquait-il. Mais le gamin a 38 ans et autant de neurones et de classe qu’une femen qui pisse sur l’autel de la Madeleine.
Rebelote avec Enter the Void (2010) moins trash, mais tout aussi mégalo que le précèdent. Noé nous la rejoue virtuose dégénéré avec la prétention de penser et nous offre en finale un coït filmé du point de vue du vagin : un avant-goût de son prochain film, Love (2015) histoire de cul en 3D non simulé. Rarement l’expression « con comme une bite » aura été aussi vraie. Avec Climax (2018), Noé disserte de la vie et de la mort avec autant de finesse que Michel Onfray. Sa caméra tourne en rond, ses deux neurones ne l’aident pas, et ses rares réussites plastiques se dégonflent pour avouer leur vide. Un constat que son dernier film ne fait que confirmer. A.W.
Marc Obregon et Arthur de Watrigant





