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Le cinéma d’apocalypse est-il un genre débile ?

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Publié le

24 septembre 2020

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Alors que l’épidémie de Covid dissuade justement un certain nombre de producteurs américains de sortir leur film en salle (parmi lesquels le survivaliste Sans un bruit 2 de John Krasinski, censé sortir en mars dernier, puis en cette rentrée et, finalement, repoussé à avril… 2021), Victor Lefebvre revient sur un genre pas si simpliste qu’il n’y paraît.
Apocalypse

Genre à part entière dans l’histoire du cinéma, on pourrait faire débuter l’apocalypse avec la comédie muette The Last Man on Earth de John G. Blystone en 1924 dans lequel une épidémie tue tous les hommes de plus de 14 ans, rendant ainsi possible un gouvernement du monde entièrement féminin. Détail amusant car le dernier film du genre en date, Light of my Life de Casey Affleck (sorti en salles le 12 août), raconte un monde dans lequel une pandémie aurait tué toute la population féminine cette fois-ci – à l’exception de la fille unique du protagoniste. La boucle est bouclée. L’occasion d’un bilan, d’autant qu’entre-temps, le genre aura été florissant, devenant le reflet des angoisses et des préoccupations de chaque époque.

NON. IL Y A AUSSI DES TRUCS SUBTILS

Difficile de nier que la représentation de l’apocalypse au cinéma a surtout donné lieu à des blockbusters hollywoodiens très chers et très bourrins. Citons par exemple Je suis une légende avec Will Smith en 2007, World War Z en 2013 (qui imagine une invasion zombie), ou encore les éternels rallumages de Terminator et de La Planète des Singes. Pour autant, Hollywood a aussi produit des grosses productions bien plus subtiles qu’elles n’y paraissent, à l’image du très beau Oblivion de Joseph Kosinski en 2013 (avec Tom Cruise), de Les Fils de l’homme d’Alfonso Cuarón en 2006 ou encore de La Route de John Hillcoat (2009), adaptation réussie du roman de Cormac McCarthy.

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Et si l’on regarde au-delà des frontières américaines, et notamment du côté du cinéma asiatique : Bong Joon-Ho (primé à Cannes pour Parasite l’année dernière) avec The Host en 2006 et Snowpiercer en 2013 ; Sang-Ho Yeon avec le très prenant Dernier train pour Busan en 2016 ; et bien sûr Hayao Miyazaki avec ce qui est peut-être l’un des plus beaux films d’animation tous genres confondus, Nausicaä de la Vallée du Vent, sorti en 1984. Comme on le voit, le cinéma d’apocalypse n’est pas que le lieu des explosions dans tous les sens, mais aussi l’occasion d’imaginer l’après-destruction avec des visions sublimes de beauté crépusculaire.

NON. ET LES EUROPÉENS LE PROUVENT ENCORE DAVANTAGE

On serait d’ailleurs tenté de se demander quel film apocalyptique tient la comparaison avec Melancholia de Lars von Trier (2011) ? Peut-être Pluie Noire (1989) de Sh?hei Imamura – qui ressort en salles actuellement – ou Stalker (1979) d’Andreï Tarkovski. En aucun cas des films américains. Les réalisateurs européens (Trier, Tarkovski, Klimov) ont compris que l’apocalypse était moins intéressante en tant que telle qu’en ce qu’elle peut dire de l’état intérieur des personnages. Melancholia, tout autant que Stalker sont des grands films psychologiques, qui traduisent les émotions, les impressions, les refoulements des protagonistes. Dans Stalker justement, la « zone » est le lieu dans lequel les personnages peuvent voir réaliser leurs fantasmes les plus inassouvis. Chez Tarkovski comme chez Lars von Trier, l’apocalypse est vraiment le lieu de la révélation, l’apocalypse en son sens littéral.

Il est fréquent que les protagonistes se réfugient dans ce qui leur importe le plus : la famille, la protection des plus faibles, la solidarité entre les proches, la recherche d’une nouvelle forme de bien commun qui permettrait de « sauver le monde »

NON. ET À CHAQUE ÉPOQUE SA FIN DU MONDE

Dans les années 70 et 80, c’étaient bien évidemment les films de science-fiction américains anticipant une possible invasion extraterrestre qui florissaient : Rencontres du troisième type (1977) et E.T. (1982) de Spielberg, The Thing (1982) de Carpenter, pour ne citer que les meilleurs. Plus largement, c’est la menace d’un conflit nucléaire mondial qui irriguera une bonne partie des productions de films catastrophe depuis l’après-guerre, au gré des montées de tensions entre les États-Unis et l’URSS durant la guerre froide : Threads en 1984, le troisième volet de la série des Mad Max de George Miller en 1985, Akira en 1988, Pluie Noire en 1989… Aujourd’hui, à l’image du succès populaire de Sans un bruit (2018) et de la série The Walking Dead, c’est désormais le film survivaliste qui a les faveurs du public. Ce qui donne une idée de l’urgence. Autant dire que contrairement à la planète, le genre a encore de beaux jours devant lui.

NON. EN PLUS ILS SONT ANTIMODERNES

Que reste-t-il une fois que l’humanité a été décimée ? C’est simple : les seuls principes qui perdurent sont dictés par la logique de survie. Autrement dit, il est assez peu probable que les personnages d’un film catastrophe, entre deux bombes atomiques, se montrent préoccupés par la théorie du genre et par l’écriture inclusive. Au contraire, il est fréquent que les protagonistes se réfugient dans ce qui leur importe le plus : la famille, la protection des plus faibles, la solidarité entre les proches, la recherche d’une nouvelle forme de bien commun qui permettrait de « sauver le monde » de la catastrophe et la remise en question du mode vie qui y a conduit. Le patriarcat y est mis à l’honneur, comme en témoignent les figures de pères dans Les Fils de l’homme (2006), La Route (2009) et tout récemment Light of my Life (2020) qui placent la survie de leur progéniture au-dessus de toute autre préoccupation immédiate…

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NON. ET LE GENRE EST INÉPUISABLE

Le succès rétroactif de Contagion de Soderbergh l’a montré : en période de crise, le public attend du cinéma qu’il reflète ses angoisses de fin du monde, ses peurs existentielles et ses doutes liés à l’avenir. Soderbergh imagine un scénario parfaitement plausible – le virus est transmis par une chauve-souris à un cochon, lui-même mangé par une touriste américaine en Asie du sud-est – et montre, près de dix ans avant, les effets dévastateurs ainsi que les conséquences politiques et économiques d’une pandémie mondiale. En 2009, c’était le 2012 de Roland Emmerich qui exploitait le mythe maya de la fin du monde, censée se produire à la fin de l’année 2012. Un film à gros budget (environ 200 millions de dollars), mais un carton au box-office. Si l’on remonte encore un peu dans le temps, dans les années 90, parallèlement à la prise de conscience du dérèglement climatique et de l’épuisement des ressources terrestres, les films catastrophe prenaient volontiers, déjà, un tournant écolo, à l’image d’Abyss de James Cameron (1989) ou de Waterworld en 1995, signé Kevin Reynolds – deux très grands films en avance sur leur temps et riches d’expérimentations visuelles assez folles.

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