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Emmanuel Macron, un saint-simonien du XXIe siècle

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Publié le

21 octobre 2020

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S’il est réélu, il pourra commémorer en grande pompe le bicentenaire de sa mort. Étonnant d’ailleurs qu’il ne l’ait pas encore panthéonisé. Qui ça ? Son inspirateur. Celui dans les théories fumeuses duquel il inscrit ses pas. Claude-Henri de Rouvroy, plus connu comme comte de Saint-Simon.
Macron

Qui est Emmanuel Macron ? Et dans quelle filiation idéologique s’inscrit-il ? Sur le plan politique, on a parlé de Louis-Philippe, qui, avant lui, avait réuni la bourgeoisie de droite et de gauche en un même bloc central. Plus proches de nous, les figures tutélaires de Mendès France, Rocard, Delors ou Strauss-Kahn ont été évoquées. Ou encore celle de Giscard avec son projet de « société libérale avancée », comprenant l’avortement, le divorce, le regroupement familial ou encore l’aventure européenne. Mais s’il est un courant de pensée auquel se rattache le plus le président actuel, c’est sans nul doute le saint-simonisme.

Telle est la thèse que développe magistralement Frédéric Rouvillois dans un ouvrage bien documenté tout juste publié aux éditions du Cerf sous le titre malicieux et évocateur de Liquidation (à comprendre aussi bien dans le sens d’une société liquide, sans fondations ni consistance, que dans le processus lui-même qui consiste à liquider tout ce qui constitue notre héritage anthropologique et civilisationnel). L’auteur y soutient en effet l’enracinement de la pensée macronienne dans la matrice saint-simonienne, de façon quasi inconsciente tant les fondamentaux du saint-simonisme ont été intégrés et digérés par la société post-moderne dont Macron est le héraut.

Un terme résume à lui seul cette filiation : celui de progressisme dont Macron s’est fait le chantre, en fidèle héritier du saint-simonisme qui voit dans le développement de la science, de la technique, de l’industrie et du commerce la source essentielle de l’émancipation des individus et du progrès humain

Un terme résume à lui seul cette filiation : celui de progressisme dont Macron s’est fait le chantre, en fidèle héritier du saint-simonisme qui voit dans le développement de la science, de la technique, de l’industrie et du commerce la source essentielle de l’émancipation des individus et du progrès humain. « À chacun selon ses capacités, à chaque capacité selon ses œuvres », écrivait Saint-Simon qui ne voulait connaître de distinctions que celles qui découlent du mérite des sachants et des industrieux. Égalité des chances, résume deux siècles plus tard Emmanuel Macron dans une commune détestation de la richesse fondée sur l’héritage. À cet égard, l’auteur évoque judicieusement les liens étroits qui unissent notre président au think tank progressiste Terra Nova qui avait proposé de réformer les droits de succession dans un sens confiscatoire. Une proposition hautement saint-simonienne mais heureusement enterrée…

Dépossession du politique au profit de l’économie, règne des experts, passage du « gouvernement des hommes » à « l’administration des choses » pour reprendre la formule d’Engels, refus de l’héritage et de la famille, promotion du féminisme, déification du travail, fétichisme technologique, religion du progrès, confiance aveugle en l’avenir, dépassement des cadres traditionnels qui structurent la société, abolition des frontières, globalisation financière et intégration européenne, les parallèles sont saisissants entre l’utopie saint-simonienne et l’idéologie qui imprègne la pensée et l’action d’Emmanuel Macron.

Lire aussi : Pourquoi Macron n’est pas un homme de droite

De fait, le comte de Saint-Simon imaginait déjà en 1814 un « Parlement européen » d’experts ; il envisageait également une intégration des États par l’économie, idée prémonitoire de ce que sera en 1952 la Communauté économique du charbon et de l’acier puis l’Union européenne qu’Emmanuel Macron souhaite toujours plus fédérative et intégrée.

Plus surprenant et original, le féminisme, sous la bannière duquel se range Macron – qui a fait de l’égalité des sexes « la grande cause du quinquennat » – s’enracine lui-même dans la pensée de Saint-Amand Bazard et de Prosper Enfantin, héritiers directs de Saint-Simon et continuateurs de la secte de leur maître.

Enfin, on trouve chez Saint-Simon et Macron une même aversion pour la consultation du peuple et le processus démocratique. Dans ses Lettres à un habitant de Genève (1803), le premier brocardait ceux qui veulent « mettre le pouvoir entre les mains des ignorants ». Macron n’entretient-il pas le même mépris à l’égard des leaders populistes et de leurs électeurs ? Énième avatar d’un despotisme éclairé qui prétend faire le bien des gens malgré eux. Le principe même d’une oligarchie déconnectée des aspirations profondes du peuple.

Liquidation. Emmanuel Macron et le saint-simonisme de Frédéric Rouvillois
Éditions du Cerf, 304 p., 20€

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