Le meurtre de trop
L’horrible assassinat de Samuel Paty le 16 octobre a déclenché un torrent de réactions de tous horizons. Chacun y est allé de son mot pour condamner fermement ou soutenir avec ferveur, ne laissant aucune place à l’indifférence. Mais l’action, ou plutôt la réaction la plus surprenante nous vient des féministes 2.0. Ces groupements de femmes généralement acquises à la cause vivrensemblesque ne perdent jamais une occasion de s’opposer à tout : aux filles qui se maquillent, à celles qui s’épilent, au patriarcat (quoi que ça veuille dire), aux SUV en ville et aux charcutiers-traiteurs. Cependant, elles avaient fait preuve d’un assourdissant silence lors de l’affaire Mila.
L’affaire Mila
Mila, on se rappelle, c’est cette jeune femme de 16 ans qui début 2020, lesbienne revendiquée, a eu le tort de se croire dans la France des années 70. Elle a eu l’outrecuidance de commettre un blasphème, non pas contre Jésus, ce qui lui aurait certainement valu d’alléchantes subventions, mais contre le prophète de l’islam, j’ai nommé Mahomet. Elle ne mâche pas ses mots, Mila : « Le Coran il n’y a que de la haine là-dedans, l’islam c’est de la merde ». Et de suggérer qu’Allah s’adonne au vice italien.
Lire aussi : L'hypocrisie des féministes devant l'islam
On aurait pu penser que ces féministes nouvelle génération la soutiendraient sans sourciller. Qu’elles applaudiraient cette liberté de ton, et cette impudence envers une religion pour le coup extrêmement patriarcale. Après tout, comme elles disent, « believe all women » [croyez toutes les femmes]. Mais pas de bol, chère Mila, la liberté d’expression est strictement encadrée, et la tienne frôle la ligne, le mauvais côté de la ligne. Critiquer les religions, c’est génial, mais quand on critique les bonnes religions. Par exemple le christianisme. Hélas, le féminisme 2.0 relève d’une science subtile. Et à l’époque, soutenir Mila revenait à faire le si peu amusant « jeu de l’extrême droite », étant donné que les médias traditionnels se détournaient de son cas avec une indigence forçant l’admiration.
Blasphème à géométrie variable
Ces féministes, que l’on croyait acquises à toutes les causes du mondialisme et du marxisme, se réveillent dans le sang après la mort de Samuel Paty. Soudain, prises d’un courage que l’on ne s’explique que difficilement, ces collectifs font fleurir sur les murs de nos villes des caricatures de Charlie Hebdo sur le prophète Mahomet. « L’idée était de réaffirmer un engagement en faveur de la laïcité, de la liberté d’expression et du droit au blasphème, de se positionner aux cotés des journalistes et du corps enseignant qui va maintenant devoir faire preuve de courage pour enseigner ce droit au blasphème », confie la leader du mouvement « Les Amazones » à Charlie Hebdo. Droit au blasphème qui se trouvait pourtant au cœur de l’affaire Mila.
Ces féministes, que l’on croyait acquises à toutes les causes du mondialisme et du marxisme, se réveillent dans le sang après la mort de Samuel Paty.
Elles jouent cependant d’une certaine chance : ne s’étant pas exposées personnellement, elles ne risquent pas la mort partout où elles se rendent. Contrairement à Mila, qui doit esquiver les couteaux et les poings jusqu’à Malte, où ses vacances ont été un peu chahutées par des jeunes galopins espiègles soucieux de lui rappeler son statut de cible.
La laisse se resserre
Leur silence honteux dans l’affaire Mila se paye aujourd’hui : à ne pas avoir soutenu cette jeune fille quand il en était encore temps, elles font collectivement les frais de cette légèreté. L’activiste Marguerite Stern, ex-Femen aujourd’hui engagée dans les collages impies, recouvre les murs de Paris et Montreuil de postérieurs de Mahomet. Une affiche imprimée, un peu de colle, ça suffit à se faire traiter de facho et à se faire menacer, sans que personne ne songe à lever le petit doigt pour arrêter les auteurs de ces délits.
Lire aussi : Du « droit au blasphème »
Le Collectif féministe « Les Amazones », pourtant dans les clous du système, a d’ailleurs été arrêté pour « collage interdit ». Leur leader, Sofia Antoine, précise même pour Charlie Hebdo qu’il n’y a pourtant jamais eu de problèmes avec leurs collages précédents : « J’ai collé de très nombreuses fois contre les féminicides, y compris sur ce même monument aux morts (« aux femmes assassinées, la patrie indifférente ») et je n’ai jamais été arrêtée pour ça… » Seulement cette fois-ci, selon elle, le policier lui aurait rétorqué : « C’est un délit, vous n’avez pas le droit de critiquer la religion ». Nous n’aurons pas plus d’informations sur ces agents qui les ont retenues sur un prétexte relativement douteux.
Contradiction idéologique ? Action spontanée sans avoir consulté les donneurs d’ordre ? En tous cas, celles qui ont trop longtemps détourné les yeux se retrouvent confronté à une réalité qui ne correspond pas à leur vision du monde. Espérons qu’à partager les idées de Samuel Paty, elles n’en partageront pas le destin.





