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Olivier Marchal : toujours en noir

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Publié le

5 novembre 2020

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Trois ans après Carbone, Olivier Marchal fait son retour mais pas au cinéma. Prévu dans les salles obscures en mai dernier, Bronx est finalement sorti sur Netflix. Pour son sixième film, le créateur de Braquo revient à ce qu’il préfère : les histoires de flics, noires, bien noires.
Copyright Mika Cotellon

Il est touchant, Olivier Marchal : l’ex flic n’a pas oublié son ancienne vie ni ses anciens collègues, et, depuis Gangsters, le réalisateur français ne cesse de parler d’eux, de leurs souffrances et de leur mal-être. Avec ses cernes en accordéon, sa trogne porte encore toutes les cicatrices du passé, de ces blessures récoltées en se confrontant aux abysses de l’âme humaine et il sait mieux que quiconque, comment, chez le flic comme chez le voyou, le bien et le mal joutent toujours. La nuit, seul à son bureau, il couche sur papier leurs histoires, espérant ainsi sauver leurs âmes et éloigner ses démons. Alors il convoque à la fois ses souvenirs et les grands maîtres qu’il admire, puisque son cinéma pullule de références, de Melville à Michael Mann, et qu’il ambitionne, depuis ses débuts, de s’inscrire dans cette lignée en pratiquant du polar qui s’assume : un genre brutal et réaliste. « N’oubliez jamais : tous coupables ! », affirmait l’inspecteur général des services dans Le Cercle Rouge. « Même les policiers ? », demandait Bourvil/Matteï. « Tous les hommes, Monsieur Matteï ». Ses personnages n’échappent pas à ce sombre constat. Que ce soit dans 36 Quai des Orfèvres ou le franchement raté MR73, ses « poulets » évoluent toujours sur une ligne de crête à la frontière morale ténue que les vapeurs de gnoles bon marché et de clope tiède floutent encore davantage. Mal rasés, les cheveux cradingues et le cuir qui grince, ils n’échappent jamais au fatal engrenage, pris en étaux entre une hiérarchie pleutre et des voyous sans honneur.

Du cinéma d’hommes, de ceux mis au ban aujourd’hui car trop blancs et trop virils, et quoi qu’ils soient capables de pleurer, d’aimer « leurs gonzesses » et de crever pour « leurs potes »

Depuis près de vingt ans, Marchal a peaufiné son style et trouvé sa marque de fabrique. Ses commissariats ressemblent à des usines désaffectées, ses flics roulent en gros 4X4  et leur plaques pendouillent à leurs cous. Ils causent de « même bac à sable » et de « finir dans une charrette », ils « montent au braquo » et comptent en « piges ». Que ce soit Anconina, Anglade, Auteuil, Depardieu ou Lanvin, ses comédiens parlent tous le même langage, plus ou moins bien : le Marchal. Du cinéma d’hommes, de ceux mis au ban aujourd’hui car trop blancs et trop virils, et quoi qu’ils soient capables de pleurer, d’aimer « leurs gonzesses » et de crever pour « leurs potes ». Des potes, justement le réalisateur français en a suffisamment pour s’être créé sa bande. On y trouve son ex femme, Catherine Marchal, Francis Renaud, Alain Figlarz ou Patrick Catalifo (le capitaine Jegu de Kerveguen dans Diên Biên Phu, 1992), des comédiens qu’on ne voit rarement ailleurs, mais qui se montrent solides dans tous ses films.

MÊME LE SOLEIL EST SOMBRE

Avec Bronx, Olivier Marchal plonge le spectateur dans les quartiers nord de Marseille. Si le ciel azur et le soleil offrent une tonalité bien plus accueillante qu’à l’accoutumé, le cinéaste annonce dès l’ouverture, avec une tuerie orchestrée par des mafieux corses, que la noirceur ne s’embarrasse ni des frontières ni du climat. Deux rivaux sont en charge de l’enquête, Vronski, un flic de la brigade antigang, et Costa, un chef de groupe de la BRB aux pratiques douteuses. La situation dégénère lorsqu’un témoin-clé est assassiné durant sa garde à vue. En pleine guerre des gangs, Vronski et ses hommes, pour sauver leur peau, seront obligés de faire des choix lourds de conséquences…

Lire aussi : Connery ; Sean, Connery : Hommage au dernier gentleman d’Occident

Cette fois-ci les têtes d’affiches (Gérard Lanvin, sobre truand, et Jean Reno, fadasse patron de brigade) sont relégués au rang de « participation amicales ». Si Marchal bouleverse son casting en réunissant Stanislas Merhar (peu à l’aise), le rappeur Kaaris, l’ex Yamakasi David Belle, Lannick Gautry (très juste) et même Claudia Cardinale en chef mafieuse, son script, lui, ne s’embarrasse pas de nouveautés : trahison et descente en enfer sont de rigueur. Marchal fait du Marchal et s’il soigne ses personnages, son scénario semble, lui, sans conducteur, tout comme sa mise en scène. Sa caméra bouge mais ne sait quoi fixer et si l’on devine rapidement que la spirale emmènera ces flics encore plus loin que d’habitude, les jointures se révèlent aussi grossières que son étalonnage crado et les scènes de fusillade expédiées avec une indigence surprenante. Reste quelques gueules de cinoche, une ambition de noirceur et une grandiloquence assumée dans un cinéma français aseptisé. Marchal a fait mieux, tout n’est pas perdu.

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