L’un des plus prodigieux ensembles de musique baroque venait donner sa version – la plus complète, la plus enjouée – du premier opéra anglais, façonné sur les vers sublimes de William Congreve par un Haendel en pleine maturité (1743). Un concert mémorable, première étape d’une tournée mondiale que John Eliot Gardiner, grand apôtre de l’« historiquement informé », consacrait à ce bijou jamais entré au répertoire. Le travail méritait bien le disque. La baguette du chef est souple et énergique. Son orchestre inonde d’une verve sans répit cette partition, que le sujet mythologique et le propos moraliste situent à mi-chemin entre opéra et oratorio.
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Le chœur est somptueux. Les interprètes rayonnent de santé vocale, exaltant la courbe des notes et la poésie du livret. « Je ne veux rien moins que tout pleinement, à l’excès », chante l’imprudente héroïne. Sa beauté surnaturelle lui a gagné l’amour de Jupiter, mais le maître de l’Olympe ne peut exaucer son vœu démesuré : franchir les limites de sa nature mortelle. Son orgueil partira en fumée. Impossible de résister au charme velouté de Louise Alder (Sémélé), renversante de fraîcheur et de sensibilité. La distribution est idéalement assortie : la basse chaleureuse de Gianluca Buratto (Cadmus/Somnus), le contreténor agile de Carlo Vistoli (Athamas), le contralto puissant et subtil de Lucile Richardot (Junon/Ino) – inoubliable son duo avec la soprano à l’acte II (CD 2 plage 20). Et si le ténor de Hugo Hymas portait avec plus d’autorité le foudre jupitérien, on serait tenté de crier au chef-d’œuvre.





