Tel est le titre d’une des cinq mélodies que Sabine Devieilhe et Alexandre Tharaud puisent dans le vaste catalogue de Fauré. Pour le reste du programme, trois autres compositeurs sont convoqués, qui ont donné ses lettres de noblesse à cet art si français du « poème chanté » : Ravel, Debussy, Poulenc. Moulés sur les vers d’auteurs célèbres ou oubliés, parnassiens ou symbolistes, ces joyaux miniatures épousent le rythme des fluctuations amoureuses. La courbe vocale y atteint des sommets de raffinement. À l’ère du rap et des prosodies barbares, voici un rappel sans concession de ce que signifie faire chanter le verbe des poètes.
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Une rare complicité lie les deux interprètes : même soin des détails, même refus de pathos. Le dialogue entre voix et piano ne saurait être plus vif. D’un côté un soprano léger à l’aigu facile, qui charme par la fraîcheur du timbre, la variété de la palette et l’éclat de la diction. De l’autre, un pianiste qui ne cache pas ses talents de virtuose et qui assume, mêlées au chant subtil et charnel de sa complice, des sonorités brillantes ou anguleuses, parfois crues. Une lecture magnifiée par l’acoustique somptueuse de la Siemensvilla (Berlin), qui néanmoins frôle un danger fatal : anesthésier l’émotion. On songe à cette lucidité un peu troublante qui survient « Après un rêve ». Avis aux fans de crépuscules automnaux : ici la lumière ne cesse de briller. C’est l’été indien des nostalgiques. L’amour est une leçon de galanterie.





