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Mainstream planétaire des sensations brutes

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Publié le

19 novembre 2020

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« L’angoisse est mon véritable métier » – Paul Valery / « Plaisir un peu néronien d’allumer un feu de brousse » – Gide, Voyage au Congo / « Pour écrire comme un révolutionnaire, il faut vivre comme un bourgeois » – Flaubert
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Ce matin, dimanche, j’ai quitté la messe, préférant le défilé live de Balenciaga à l’homélie. Comment en est-on arrivé à préférer le moche au beau ? L’histoire s’est accélérée en même temps que le cœur de l’homme – qui ne bat plus. Il n’y a plus de désir. On décapite. L’œuvre d’art est devenue un continuum mondain. Inflation, prolifération de signes et circulation illimitée. On a encore parfois besoin de l’autre pour libérer son corps. Comme on a besoin de Dieu pour se libérer du néant. Néant pour néant. Ne pas dépasser le nécessaire. On participe gentiment au système qu’on critique. Aucune réalité n’existe hors du trucage. C’est l’assomption de l’artificiel et de la cosmétique. La réalité est d’accepter de devenir putain.

On n’est jamais plus déçu que face à quelque chose qu’on a désiré. Dans Qu’est-ce que la métaphysique, on apprenait que le néant était la condition qui rendait possible la révélation de l’existence, Dasein, être-là. Être tous les jours dégoûté par ce que ce monde valorise. Et le vouloir, encore. Sur écran géant. Dans les pires remix.

Nos grands idéaux sont écrasés. L’esprit devient aliénable, assignable, enchaîné. S’exprimant de plus en plus sur des futilités. Badinant sur l’essentiel. Les tourments sont une distraction.

Je recherche la facilité, la poésie, les bains de mer. Vérité qui reflue sous un ciel éternellement changeant. « Ah maman, la vague m’a battue. Ah, je sais nager », disait Deleuze.

Nos grands idéaux sont écrasés. L’esprit devient aliénable, assignable, enchaîné. S’exprimant de plus en plus sur des futilités. Badinant sur l’essentiel. Les tourments sont une distraction.

N’être jamais nu et ne surtout pas revenir en arrière ; s’élever pour chuter, soleil qui tombe dans la mer sous un crépuscule rosé. L’eau salée est bien meilleure. On se colore et se décolore dans le fracas du rien. Les vagues sont les enfants riches et capricieux de Biarritz.

On fait l’animal pour échapper à l’ignoble. La contradiction comme tissu d’existence. Absorbés par les variations d’intensité. Tranquillement désespérés. Attendant que les atomes se rencontrent.

La vie est faite de matinées, d’heures désertes et cruciales dans une époque de doute et d’émiettement. La réalité sensible se distribue à domicile. L’extérieur n’est plus qu’un réservoir d’images où la valeur est une vertu.

On double le réel par son archive. Rien ne s’effacera. Fabrique de l’irréversible avec l’immédiat. Regard éternel à son téléphone. La mémoire et l’imaginaire, sempiternel essai sur la société Instagram. Il faut cadrer et filtrer pour exister. Corot et Courbet le faisaient très bien. Balenciaga aussi avec des lunettes pour cacher la nuit, des fringues pour se cacher tout court.

Lire aussi : Phénoménologie de la faute et du masque

Rien de plus ennuyeux et vivifiant qu’un paysage. L’été est passé et avec lui la contemplation des nuits et des brouillards. La nature est parfois encore plus effrayante qu’une parka XXXXXL. Encore plus fausse, plus grande, plus sale. Le paysage est ce point de vue absurde d’un guide acheté avec enthousiasme dans une maison de la presse. Alors que le vrai entrain se trouve sur le parking d’une zone industrielle face à la mélancolie des fast-foods.

Tout pue l’hédonisme et la fête des cinq sens. Les monuments historiques sont des panneaux explicatifs, des labels rouges. Les églises sont fermées comme les estaminets. Les restaurants primés-palmés de Michelin à Gault & Millau ne sont que d’immenses bouibouis n’ayant d’acceptable que la propreté des toilettes. Privé de présences, à 21 heures, le présent se retire. Ou l’inverse.

On paie pour faire l’expérience de la déprise de possession. On paie sachant qu’on ne possédera jamais. On paie pour se confronter à son désir.

La poésie n’est plus dans l’assiette, ni l’urbanisation, ni les jardins, mais dans l’angle de vue ridicule du masque. Une paire de tongs photographiée sur un livre. Une nature-morte où l’on ne cache plus les sachets de thé premier prix. On outrepasse les valeurs et le relatif.

Quis sustinebit ? Qui supporterait cela ? Depuis quelques mois déjà, nous mettons en sourdine nos férocités. Doit-on sans cesse se faire expliquer la réalité des choses ? Tout état social exige des petites hallucinations. C’est dans la plus mauvaise photo de chien grimé que se donne à lire le divin.

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