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Sébastien Meurant : « Le Sénat s’est honoré en prenant la défense du Haut-Karabakh »

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Publié le

27 novembre 2020

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Ce mercredi 25 novembre, le Sénat a voté à 305 voix contre 1 une résolution demandant à l’exécutif de reconnaître la République du Haut-Karabakh. Cette terre arménienne a été conquise par l’Azerbaïdjan suite à leur victoire militaire, avec le soutien de la Turquie. Cette reconnaissance serait une première mondiale. Entretien avec Sébastien Meurant, sénateur Les Républicains, qui nous explique la portée concrète et symbolique de cette mesure.
Sénat

L’objectif de la reconnaissance du Haut-Karabakh par la République française est-il purement symbolique, ou a-t-il des conséquences concrètes dans le processus diplomatique ?

Les deux. Il a déjà une incidence concrète dans la mesure où l’Azerbaïdjan a demandé auprès de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe un certain nombre de choses, se plaignant notamment de la démarche du Sénat. Donc concrètement, c’est une preuve que ça fait bouger les choses sur le plan diplomatique. Par contre, ça relève évidemment d’un symbole fort puisque c’est la première fois que se produit cette demande dans une assemblée parlementaire.

Personnellement, j’aurais souhaité autre chose : je voulais qu’on aide militairement les Arméniens du Haut-Karabakh. Il est malheureusement trop tard. J’ai trouvé l’attitude de notre président contradictoire. Il a eu des mots forts, condamnant la Turquie à plusieurs reprises, et je me suis personnellement félicité de ces prises de position contre un expansionnisme islamique et turc qui nous rappelle historiquement beaucoup de choses. Mais il y a malheureusement eu une absence d’actes. Au Sénat, plusieurs questions ont été posées au Ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, et il répondait que la France était neutre car membre du protocole de Minsk et ne pouvant donc pas prendre position pour l’une des deux parties. Là, il y avait un vrai souci dans la mesure où c’était une attaque de l’Azerbaïdjan sur l’Arménie et le Haut-Karabakh, avec le soutien de la Turquie et des éléments terroristes qu’elle finance. Le positionnement de la France a été fort en parole, mais les actes n’ont pas suivi, et c’est ce qui est terrible.

Très clairement, si l’Assemblée nationale ne réagit pas, c’est qu’ils ont perdu le sens de l’histoire

Y a-t-il des chances pour que l’Assemblée nationale vote à son tour la reconnaissance de Haut-Karabakh ?

Je le souhaite de tout cœur. Vous avez pu remarquer le soutien sur tous les bancs de l’hémicycle. Très clairement, si l’Assemblée nationale ne réagit pas, c’est qu’ils ont perdu le sens de l’histoire. Si les députés ont écouté les mots azéris, parlant de chiens et animalisant les Arméniens, et s’ils ne réagissent pas, l’histoire est condamnée à se répéter. Une épuration ethnique va se produire sur ces territoires, et c’est encore une tâche sur l’honneur de l’Occident. Il y a la France, mais derrière tout ça il y a la position de l’Europe et de l’Allemagne particulièrement qui est très condamnable et que je condamne. J’espère qu’au niveau du Sénat, nous serons en capacité d’influencer l’Assemblée nationale. Les jours suivants nous le diront.

Pourquoi ce vote intervient-il plusieurs semaines après la fin des hostilités ? Le Sénat ne pouvait-il pas faire cela en urgence dès le début du conflit ?

Pour plusieurs raisons. Malheureusement, il y a des raisons bassement matérielles : nous sommes en projet de loi de finance rectificatif, et en plein vote du budget dans des conditions qui sont inédites. Aussi, la volonté était d’associer tous les groupes du Sénat, donc ça demandait un peu de temps. Surtout, on espérait que l’appel au cessez-le-feu serait respecté par les parties, ce qui n’a pas été le cas.

Lire aussi : Valérie Boyer : « La France et l’Europe ont lâchement abandonné les Arméniens »

Il y a eu des mots très durs et même des insultes proférés par des officiels azéris, élus et proches du président Ilham Aliyev, à l’égard de la France. Comment jugez-vous la réaction du Quai d’Orsay face à ces propos ?

Ces propos outranciers que je condamne sont le reflet de la faiblesse de la position française et du en même temps, parce que la France avait vendu des armes à l’Azerbaïdjan, et ces armes se sont retournées contre nos amis arméniens. Nous avons une longue histoire d’amitié avec l’Arménie. Il n’est pas question pour moi de vouloir déclarer la guerre à l’Azerbaïdjan, mais néanmoins dans le cas de figure, ce sont eux les agresseurs. Ça reflète la faiblesse de notre pays : Emmanuel Macron et la Quai d‘Orsay sont en perte d’influence. Si nous avions de meilleures relations avec la Russie, nous aurions pu influencer davantage. J’aurais souhaité que l’on fournisse quelques armes modernes à l’Arménie pour qu’elle puisse se défendre, et là les choses auraient été différentes. Je regrette aussi que des drones israéliens aient servi dans cette guerre, bien qu’il y ait des explications géopolitiques à tout cela puisque Israël se fournit en pétrole auprès de l’Azerbaïdjan.

Mais encore une fois, la France a failli en dépit des discours. Désormais, j’espère que la démocratie parlementaire va jouer son rôle ; le Sénat s’est en tout cas honoré en prenant la défense du Haut-Karabakh. Et tous les sénateurs : 305 sur 306 votes exprimés ont soutenu cette résolution qui est claire. Donc que ça ne plaise pas à l’Azerbaïdjan, c’est une chose. Le problème sur le terrain, c’est que des personnes sont massacrées et vont subir une épuration ethnique comme l’Arménie en a subi, comme l’Europe en a subi dans l’histoire il n’y a pas si longtemps.

Propos recueillis par Louis Lecomte et Rémi Carlu

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