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Espagne : des officiers retraités au secours de la monarchie

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Publié le

18 décembre 2020

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Le 5 décembre dernier, deux cent soixante et onze officiers en retraite des Forces armées ont signé un manifeste adressé au roi Felipe VI. Ils accusent le gouvernement socialiste Pedro Sanchez de fragiliser la monarchie espagnole par son zèle pro-républicain. Le gouvernement s’est empressé de répondre.
Felipe VI

Quatre-vingt-quatre ans après le déclenchement de la guerre civile qui a opposé franquistes et républicains durant trois ans et fait des centaines de milliers de morts de part et d’autre, l’Espagne va-t-elle revivre le scénario du pronunciamiento de 1936 ? C’est la question qui agite depuis peu la coalition de gauche au pouvoir.

Le 5 décembre, deux cent soixante et onze officiers militaires en retraite des Forces armées ont signé un manifeste, adressé au roi Felipe VI, dans lequel ils accusent le gouvernement de créer « un risque grave pour l’unité de l’Espagne et à l’ordre constitutionnel » et de tenter d’imposer la République au détriment de l’institution royale. Derrière cette « rébellion », qui a fortement agacé le Premier ministre Pedro Sanchez, le général divisionnaire à la retraite Juan Chicharro, qui n’a toujours pas digéré l’exhumation des restes du Caudillo en octobre 2019 et la possible dissolution dont pourrait faire l’objet Fondation Francisco Franco qu’il préside.

Selon eux, le  gouvernement « cultive un sentiment anti-espagnol, humilie ses symboles, attaque la monarchie et n’empêche pas les opposants de brûler des effigies du roi Felipe VI lors de manifestations »

Les hauts-gradés sont en colère et le font savoir. Selon eux, le  gouvernement « cultive un sentiment anti-espagnol, humilie ses symboles, attaque la monarchie et n’empêche pas les opposants de brûler des effigies du roi Felipe VI lors de manifestations ». Les militaires affirment partager les mêmes préoccupations que « leurs collègues de la XIXe Promotion de l’armée de l’Air et du XXIIIe de l’Académie Générale Militaire de l’armée de Terre » qui ont semé l’émoi après qu’une conversation WhatsApp très virulente à l’encontre du gouvernement et des Catalans a fuité, préconisant de « tuer [ceux qui avaient voté pour la gauche et les séparatistes, ndlr] 26 millions de personnes, enfants compris ».

« Il est inadmissible que le gouvernement actuel laisse se dérouler des manifestations d’indépendantistes en toute impunité et laisse entendre qu’il va amnistier les putschistes séditieux de 2017 ou des terroristes de l’ETA basque, poursuivent-ils. Nous maintenons notre serment de garantir  la souveraineté et l’indépendance de l’Espagne et défendre son intégrité territoriale et l’ordre constitutionnel, en donnant nos vies si nécessaire ». La menace est à peine voilée de la part de ces officiers qui en profitent pour réitérer leur fidélité au souverain Bourbon, pointant du doigt ce gouvernement qui « veut imposer une pensée unique dans tout le royaume ».

Lire aussi : Espagne : la gauche vacille, Podemos s’écroule

 « Ces personnes ne représentent pas l’armée de l’Espagne du XXIe siècle. Je regrette que lesprit de Franco habite encore ces gens, mais cela me paraît grotesque ». Interrogé sur Telecinco, le Premier ministre Sanchez a livré ses sentiments sur ce manifeste et dénoncé cette minorité qui s’agite dans l’anti-chambre de la monarchie. « Mais le plus grave n’est pas cette lettre, qui ne représente pas l’armée, mais plutôt ces politiciens qui légitiment ces discours, ajoute-t-il. La présidente de la Communauté de Madrid [Isabel Ayuso, ndlr] a déclaré qu’elle soutenait ce courrier. Cela montre à quel point cette pensée est légitimée. Il y a un discours de haine totalement irréel qui est propagé par certains partis politiques et relayés dans les médias qui affirment que nous allons mettre en place un régime bolivarien. Ils distillent la peur chez nos concitoyens alors quil n’y a pas une once de réalité dans cette hypothèse. Ce gouvernement défend la Constitution du premier au dernier article », s’est défendu le Premier ministre sur le plateau de télévision avant de préciser qu’il avait saisi la justice contre les officiers à la retraite.

Du côté de l’opposition, les réactions ont été contradictoires. Le président du Parti Populaire, Pablo Casado, a condamné ce manifeste et cette conversation absolument « regrettable et intolérable » alors que  le dirigeant de Vox, Santiago Abascal, a déclaré qu’il « ne tomberait pas dans le piège du PSOE » et qu’il partageait « l’inquiétude » exprimée par les militaires.

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