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Mon style, c’est l’Opinel

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21 décembre 2020

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« Nous entrons en couteau dans le fruit des villages » – Saint-Pol-Roux / « Un monde qui se fait sauter lui-même ne permet plus qu’on en fasse le portrait » – Hermann Broch / « La joie où nous met tout ce qui approche de la mort » – Pouchkine
SLM

Noël approche avec sa solitude et une allégeance qui s’est transformée en dérision. Les choses médiocres même nous semblent révélatrices. La liberté du crime résume toutes les libertés. Le couteau reste donc le cadeau idéal – offrez des Opinel. L’arme blanche passe du quotidien au létal et obtient la plus sale actualité dans les églises et les salles de classe.

La liberté de conscience n’a jamais été aussi menacée et se règle dans un corps-à-corps minimaliste qui rend le sang visible. Plus de distance. De la connerie pure. La liberté d’expression, personne n’y croit plus depuis longtemps. On ne fait que monnayer la catastrophe. Le besoin d’idéal (un rêve, un cheval) est encore là. Le sentiment d’humiliation et de vengeance impossible à rassasier.

Les solutions de plus en plus aléatoires, la violence et le sens du spectacle sont de mise. Le manque d’équilibre et l’affolement général font choisir la cruauté. La libido lui est directement connectée. Un infini au service de Guy Debord.

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C’est toujours la même histoire, on veut sauver le monde et on finit par dire « ta gueule » à sa mère qui fait la vaisselle et « fils de pute » à un prof qui espère encore une vie meilleure pour ses élèves. Le vandalisme a des airs de régression infantile – j’irai faire caca sur vos gueules.

Le bon se fait baiser par ceux qui veulent une vie en état d’ivresse. Coûte que coûte. Des bagnoles, de la coke, un paradis avec des putes. Un subterfuge qui pue le suicide en sac à dos. Voici les nouveaux supprimés de la société. Inutiles. L’humanité sans dieu a choisi le sexe et le meurtre. Rien ne peut nous sauver. Les sensibilités se heurtent à tous les discours.

Et si la mort était le grand plaisir de 2020 ? On est dans la rage et la contrition. La détresse produit désormais les actes et les paroles. La crise a transformé les secrets en banalité. Il n’y a plus de jour, il n’y a que l’éternité, le mouvement perpétuel. Ici c’est nul. Ailleurs ça ne peut être que mieux.

L’ambition vraie se situera dans la transcendance. La peinture du jugement dernier ressemble à un ciel moralement vide. Le toxique vibre dans le risque sans horizon

Quand on ne peut pas conquérir, on accomplit les choses par effraction. Profanation et adulation de la marchandise. Le faux a sa réplique, celle de chacun : tout se vaut et tout doit disparaître. Le simili cuir est presque devenu aussi beau que le vrai.

Le couteau se trouve face aux mains vides. Elles le sont depuis trop longtemps. Le nouveau règne se fera meurtrier. La fausse fidélité créera ses justifications. L’argent a tout uniformisé mais la richesse ne suffira plus. On vous a pourtant prévenu. L’ambition vraie se situera dans la transcendance. La peinture du jugement dernier ressemble à un ciel moralement vide. Le toxique vibre dans le risque sans horizon.

On voulait pourtant que vous restiez sagement à nos côtés, dans l’immédiat, accessibles. On ne voulait pas que vous brisiez le pacte avec le corps social. On voulait que vous vous confrontiez aussi avec le désespoir, l’impossible, la sainteté. Tout est là et vous n’avez rien vu. En tranchant dans le vif, vous n’avez pas réussi à écorcher le mensonge.

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