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Sélectron : le flop films 2020

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Publié le

2 janvier 2021

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Si le virus pangolin tronçonna une bonne partie de la programmation cinématographique 2020, il laissa néanmoins quelques bouses dont on se serait bien passées : voici le sélectron des pires films de 2020.

Le prince oublié

De Michel Hazanavicius avec Omar Sy, Bérénice Bejo et François Damiens

Après son biografilm réussi sur Jean-Luc Godard (Le Redoutable, 2017), Michel Hazanavicius s’attaque au conte pour enfant. Sofia, 8 ans, vit seule avec son père. Tous les soirs, il lui invente une histoire pour l’endormir. Ses récits extraordinaires prennent vie dans un monde imaginaire où l’héroïne est toujours la princesse Sofia, et son père, le Prince courageux. Mais trois ans plus tard, quand Sofia entre au collège, elle n’a plus besoin de ces histoires. Le Prince oublié est un film qu’on aurait aimé aimer. Un film populaire familial avec ses références pour chaque âge, son inventivité, sa féerie… Malheureusement, le film se révèle en carton-pâte comme ce qui lui tient de décor, se démène dans sa panoplie bon marché du Faubourg Montmartre pour ne distiller ni charme ni poésie, et n’offrir à aucun semblant de merveilleux. Un comble pour un conte.

L’État sauvage

De David Perrault avec Alice Isaaz, Kevin Janssens et Déborah François

États-Unis, 1861, la guerre de Sécession fait rage. Une famille de colons français décide de fuir le Missouri où elle vit depuis vingt ans. Edmond, Madeleine et leurs trois filles doivent traverser tout le pays pour prendre le premier bateau qui les ramènera en France. Victor, ancien mercenaire au comportement mystérieux, est chargé de veiller à la sécurité du voyage… Allons droit au but, ce western français est une daube, un étron XXL même. Du western, il ne reste pas grand-chose. Une belle photographie plus proche du baroque spaghetti que du classique fordien, une Alice Isaaz (Mademoiselle de Joncquières) splendide dans son manteau pourpre perdu dans ces grands espaces enneigés… et puis c’est tout. Du français, le réalisateur coche tout le catalogue de la doxa progressiste. Les hommes, tous blancs, sont des violeurs ou des lâches, la seule femme douteuse est une catho réac, l’unique amour valide est lesbien et le salut passera par l’ex-esclave auto-affranchie. Sur la forme, ce n’est guère mieux. Des trous scénaristiques gros comme un cratère, un découpage à la tronçonneuse et une caméra fine comme un bazooka. À réserver aux amateurs de trips féministo-vaudous bas de gamme.

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Mulan

De Niki Caro avec Liu Yifei, Donnie Yen et Gong Li

Après Le Roi Lion, Le Livre de la jungle ou encore La Belle et le clochard, Disney continue sa (rentable) stratégie de reproduire en films tous leurs succès passés de l’animation. Mulan qui devait au départ sortir en salles au mois de mars, après avoir été reporté, débarque finalement sur Disney +. C’est toujours ça que nos enfants ne verront pas, sauf si vous avez un abonnement à la plateforme de streaming dont nous pouvons vous conseiller fortement de le résilier fissa (on vous refourguera The Mandalorian sous le manteau). On ne va pas tortiller du clavier, ce Mulan est une grosse merde. Ils ont tout grand-remplacé. L’idéologie supplante le rêve, le « genre » se substitue au sexe, le parcours initiatique devient un quizz intersectionnel racisé non-genré ; quant à Mushu, le drôlissime dragon, il est tout simplement éjecté du film. Ni épique, ni poétique, ce Mulan se révèle aussi beau et profond qu’un discours de Caroline de Haas. Il n’existe ni racines, ni identité et ni sexualité, ne reste plus que des spectres qui s’agitent dans le vide : l’utopie du XXIe siècle.

ADN

De Maïwenn avec Maïwenn et… Maïwenn

N’y voyez surtout pas là un film autobiographique. Elle refuse ce terme « réducteur et inadéquat » tout en avouant que « le personnage de mon grand-père ressemble au mien […], tout comme mon personnage et le film d’ailleurs » Tout comme le personnage de son père, breton et vietnamien, et tout aussi affreux si l’on en croit ses témoignages. Le personnage de sa mère ressemble encore à sa mère qui serait aussi violente et névrosée que celle du film. Ce qu’elle préfère, c’est parler d’elle, quitte à prendre le spectateur en otage de ses névroses. Après tout, puisqu’il est là, autant qu’il serve ! ADN s’ouvre sur un rassemblement de famille. Émir, le patriarche algérien, que sa famille entoure pour son anniversaire, a mauvaise mine, il est atteint d’Alzheimer. Parmi ses petits-enfants, Neige/Maïwenn est sur tous les plans. Divorcée et mère de trois enfants, elle déteste ses parents, eux-mêmes divorcés et affreusement toxiques. C’est son grand-père qui l’a élevée. Il est son pilier.

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Une fois cela posé, la mise en scène patine, les dialogues sonnent faux et l’on regarde déjà sa montre autant que la toile. Heureusement pour nous, Émir meurt et Maïwenn réajuste un peu la mire, s’oubliant le temps de quelques scènes, esquissant même une chorale familiale stimulante. Pourtant, une fois le grand-père sous terre, Maïwenn revient à ce qu’elle préfère : parler d’elle. Et l’on s’emmerde à nouveau. Maintenant Neige souffre, alors elle part en quête d’elle-même. Elle se rêve en Algérienne mais son test ADN ne confirme pas ses envies. Elle rompt avec sa mère et son affreux père qui vote Marine Le Pen, arrête de bouffer et s’isole. Sous couvert de vraies questions comme le déracinement et la transmission, l’actrice, plus narcisse que jamais, enchaîne les séquences à la Martine : Maïwenn traverse Paris en scooter, Maïwenn à l’hôpital, Maïwenn découvre l’Algérie… La réalisatrice se garde bien d’offrir un autre point de vue. Tout ce qui existe autour ne sert que de faire-valoir et elle travaille chacun de ses plans en vue de s’offrir une ambiance faussement chill. « J’ai voulu faire un film CONTRE le racisme et POUR les immigrés », a-t-elle l’audace d’affirmer. Au risque de vous divulgâcher, Maïwenn semble bien proposer une solution afin d’assumer de tels vœux, une solution qui rejoint pleinement les propositions de Renaud Camus : la remigration. Décidément, tout fout le camp !

Bronx

De Olivier Marchal avec Stanislas Merhar, Lannick Gautry et Kaaris

Avec Bronx, Olivier Marchal plonge le spectateur dans les quartiers Nord de Marseille. Si le ciel azur et le soleil offrent une tonalité bien plus accueillante qu’à l’accoutumé, le cinéaste annonce dès l’ouverture, avec une tuerie orchestrée par des mafieux corses, que la noirceur ne s’embarrasse ni des frontières ni du climat. Deux rivaux sont en charge de l’enquête, Vronski, un flic de la brigade antigang, et Costa, un chef de groupe de la BRB aux pratiques douteuses. La situation dégénère lorsqu’un témoin-clé est assassiné durant sa garde à vue. En pleine guerre des gangs, Vronski et ses hommes, pour sauver leur peau, seront obligés de faire des choix lourds de conséquences…

Cette fois-ci, les têtes d’affiches (Gérard Lanvin, sobre truand, et Jean Reno, fadasse patron de brigade) sont reléguées au rang de « participation amicale ». Si Marchal bouleverse son casting en réunissant Stanislas Merhar (peu à l’aise), le rappeur Kaaris, l’ex Yamakasi David Belle, Lannick Gautry (très juste) et même Claudia Cardinale en chef mafieuse, son script, lui, ne s’embarrasse pas de nouveautés : trahison et descente en enfer sont de rigueur. Marchal fait du Marchal et s’il soigne ses personnages, son scénario semble, lui, sans conducteur, tout comme sa mise en scène. Sa caméra bouge mais ne sait quoi fixer et si l’on devine rapidement que la spirale emmènera ces flics encore plus loin que d’habitude, les jointures se révèlent aussi grossières que son étalonnage crado et les scènes de fusillade expédiées avec une indigence surprenante. Reste quelques gueules de cinoche, une ambition de noirceur et une grandiloquence assumée dans un cinéma français aseptisé. Marchal a fait mieux, tout n’est pas perdu.

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