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Macron 2022 : Êtes-vous plus français que lui ?

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Publié le

4 février 2021

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Le bruit a beau courir avec insistance, parti on ne sait d’où, lancé on ne sait par qui, qu’Emmanuel Macron pourrait ne pas solliciter un second mandat, le chef de l’État donne tous les signes qu’il est déjà en campagne pour 2022. Et qu’il entend bien imposer ses thématiques.
macron

Ne dites pas à Emmanuel Macron qu’il a changé, son orgueil, qui est immense, ne lui permettra pas de l’avouer. Ne dites pas non plus qu’il a les yeux rivés sur les études d’opinion, celles qui détaillent les aspirations des Français, il ne le reconnaîtra pas plus. Tout au plus Macron évolue-t-il tout en restant le même, comme le font tous les corps naturels, à l’image, d’ailleurs, des Français.

La pensée macronienne est pratique. Entre le « en même temps » et le « et de droite, et de gauche », il y a place pour tout. Pour tout et son contraire. Dans son parcours politique aussi. Il ne peut donc y avoir de Macron nouveau, puisqu’en Macron, depuis toujours, coexistent tous les Macron que l’on peut imaginer. Dont celui qui est déjà en train de préempter les thématiques qui pourraient être celles d’Arnaud Montebourg, s’il se décidait à se lancer dans la bataille, et celles qui sont portées… par Marine Le Pen.

Le terroir contre le nomadisme !

Le long entretien que le chef de l’État a accordé à L’Express à la veille de Noël est tout à fait fascinant. D’abord, on comprend ce qu’il dit, ce qui change avantageusement de ses interventions télévisées. Ensuite, s’il ne nous était dit que celui qui s’exprime est le même que le télévangéliste mondialiste que nous avons élu en 2017, on croirait lire tantôt du Bruno Mégret dans le texte, tantôt du Henri Pourrat, tout en se demandant si François Mitterrand – l’homme de lettres plus que le chef d’État – n’avait pas raison le jour où il a nous a promis que, croyant aux forces de l’esprit, il ne nous quitterait pas.

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Qu’on se le dise : Macron a compris la France. On écrirait presque, mais il pourrait juger cela offensant tant cela implique de trahisons à venir : il nous a compris. Il a compris (« ce que je sens très profondément ») que ce que veulent les Français, c’est « prendre leur destin en main », « reprendre possession de leur existence, de leur Nation ». Qu’ils ont l’impression, et qu’ils ont raison de l’avoir, que la mondialisation s’est opérée à leurs dépens. La faute à qui ? À « l’élite économique [qui] s’est mondialisée », qui « s’est nomadisée », qui « est venue de nulle part » ! Y compris les employés de la banque Rothschild ? Serait-on tenté de demander, mais nous n’étions pas les intervieweurs.

Le Macron qui parle, c’est celui qui est – serait – passé par le Mouvement républicain et citoyen (MRC) de Jean- Pierre Chevènement, celui qui a – aurait – passé tant de vacances, enfant, chez ses grands-parents, à Bagnères-de-Bigorre, dans les Hautes-Pyrénées, et en a gardé un rapport charnel avec la vraie France, celle des « provinces », mot qu’il préfère à l’expression de « France périphérique », qu’il n’aime pas. Écoutez Macron chanter le terroir, tel Mitterrand à propos de la Charente : « Ces terres pyrénéennes peuvent être dures mais elles sont marquées par cet ancrage très profond et ce rapport tellurique au pays qui dépasse tout ».

Il ne peut donc y avoir de Macron nouveau, puisqu’en Macron, depuis toujours, coexistent tous les Macron que l’on peut imaginer

Marine Le Pen, si elle se trouve au second tour face à lui, doit s’y préparer. La dernière fois, elle avait tenté de venir sur son terrain, l’économie, et elle s’y était perdue. Cette fois, c’est lui qui vient sur le sien, du moins sur celui sur lequel elle est crédible, et, pour le moment, il est bon. Très bon. Évoquant la nécessité de la « transcendance ». Plaidant pour un « patriotisme » qui n’apporte « pas seulement l’attachement à des valeurs », mais « un attachement charnel à des textes, des poèmes, une histoire, des paysages ». Fascinant on vous disait…

Inaction, dispersion !

Alors lui qui n’en avait, ces dernières années, lors de chacune de ses interventions, que pour la « souveraineté européenne », plaide pour la souveraineté de la France ! Dans un cadre européen, certes, mais à condition qu’elle devienne ce que d’aucuns appelleraient une Europe-puissance – il parle d’« autonomie stratégique européenne » –, pas une « machine qui nous oppresse ». Et il est convaincu que la France peut renouer avec son destin glorieux grâce… aux « patriotes [qui] sont de plus en plus nombreux » parmi les entrepreneurs, tous ces « patriotes et européens » qui « sont portés par la volonté de créer, d’entreprendre, de prendre pour notre pays et notre continent des risques pour bâtir un avenir commun » !

On sait bien qu’une présidentielle se gagne sur un projet, pas sur un bilan, mais on sait aussi qu’elle peut se perdre sur ce bilan. Ou sur ce qu’on a découvert de son action antérieure, comme l’affaire de la cession de la branche Énergie d’Alstom à l’américain General Electric, dont Arnaud Montebourg, qui connaît le dossier sur le bout des doigts, pourrait bien être tenté de faire un sujet central de la présidentielle, à la manière des « coups » politico-éditoriaux que Philippe de Villiers a si bien réalisés.

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Chez ses concurrents, déclarés ou non, on planche, on affûte les arguments, mais on est presque tous d’accord pour dire, comme ce proche de Marine Le Pen : « Il ne va pas être facile à prendre, tant il a parfaitement senti, comme cela avait été le cas en 2017, quel est l’état d’esprit des Français. Il est capable de faire rêver même les Gilets jaunes ! » Mais le même de tempérer aussitôt son inquiétude : « Sauf sur un point : l’ensauvagement de la société. Sur la délinquance et la criminalité, il est incapable de s’extraire d’un discours qui ne prend plus. Il a la trouille et en plus, il n’a trouvé personne. Darmanin n’a pas fait illusion trois jours ».

Sur ce plan, Macron peut en effet prôner l’autorité, dénoncer la « violence de rue parfois inouïe », s’indigner que la société soit devenue purement « victimaire et émotionnelle », il ne fait, en disant cela, que requérir contre lui-même, contre sa propre inaction et contre son propre comportement tout au long de ses trois ans et demi de mandat jalonnés d’hommages, de propos compassionnels, de coups de fil attristés aux proches des victimes, d’appels à la « résilience », attitude qui vaudrait peut-être, en réel temps de guerre, pour ceux de l’arrière (« pourvu qu’ils tiennent »), mais pas pour ceux qui sont désormais possiblement en première ligne : nous tous !

Emmanuel Macron n’a pas changé, il a « appris », reconnaît-il. Il aurait ainsi appris, comme s’il était besoin d’être à l’Élysée pour découvrir ça, que « les responsables [doivent] mêler l’action, la cohérence et l’explication ». L’action, c’est pour tout de suite et maintenant, ou il faut d’abord le réélire pour qu’il y songe ?  

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