Ce devait être le bras armé de la présidence Macron contre le séparatisme islamiste et la menace terroriste. Annoncé lors du discours des Mureaux en octobre dernier suite à l’attaque contre les anciens locaux de Charlie Hebdo, le projet de loi contre le séparatisme a depuis fait du chemin, non sans soulever de nombreuses questions. Refus de nommer l’islamisme, absence de la question migratoire, menace pour la liberté d’enseignement de l’Église ou encore mise sous le boisseau de la liberté éducative : autant d’éléments qui, fruits d’un amalgame généralisé, faisaient craindre un changement de direction du texte, comme sa nouvelle dénomination – projet de loi confortant les principes de la République – pouvait d’ailleurs le laissait entendre.
Ces craintes s’étaient trouvées confirmées dès le travail en commission, où les Églises chrétiennes avaient été prises pour cible. Le président de ladite commission François de Rugy avait expliqué que « ce n’est pas nouveau que les religions veuillent prendre la main sur la vie des gens à travers l’école, les clubs sportifs, tout un tas d’organisations. Ça a existé à d’autres époques, en France massivement avec la religion catholique. On pouvait dire, c’est du berceau à la tombe.». Il avait par ailleurs dénoncé une influence étrangère : « Si je ne me trompe, les évêques sont nommés par le pape et par le nonce, qui n’est généralement pas français ». Animée par la même peur de l’amalgame, Marlène Schiappa avait déclaré à propos de l’amendement punissant les professionnels de santé qui établissent un certificat de virginité que « de plus en plus de familles qui sont influencées par des courants “évangélistes” venant des États-Unis demandent, comme aux États-Unis, des certificats de virginité ». Un mensonge, confondant au passage de manière grossière évangéliques et évangélistes. Gérald Darmanin répète lui dès qu’il le peut que « nous ne pouvons plus discuter avec des gens qui refusent d’écrire sur un papier que la loi de la République est supérieure à la loi de Dieu », gloubi-boulga politique qui témoigne d’une incompréhension inquiétante du fait religieux.
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Les débats à l’Assemblée depuis le début de semaine dernière confirment cette pente dangereuse : le séparatisme catholique serait-il la véritable menace pesant sur la République française ? C’est en tout cas ce que semblent penser certains députés n’ayant pas hésité les comparaisons entre catholicisme et islamisme. Pour le député LFI Eric Coquerel, le voile islamique équivaut au voile du mariage chrétien : « Saviez-vous le fait que le voile d’une mariée chrétienne signifie qu’il y a une soumission de la femme à son époux ? Exactement comme les religieuses ! Relisez les textes ! Est-ce qu’au nom de cette revendication, vous allez demander dorénavant que les mariages religieux ne se fassent plus de la même manière ? » Député LREM et rapporteur général du texte, Florent Boudié a lui osé un autre parallèle hasardeux entre port du voile islamique pour les mineurs et première communion chrétienne : « Lisons [l’article de Famille Chrétienne] ensemble : « la première communion concerne fondamentalement deux personnes : l’enfant et Jésus. Ce n’est pas une démarche à sens unique, c’est une rencontre. Et malgré les apparences, celui qui prend l’initiative n’est pas l’enfant, ni ses parents, c’est Dieu lui-même. » Nous pouvons par conséquent nous dire que dans les religions, la question du consentement de l’enfant mineur, la question des pressions, des traditions et des habitudes familiales, elle existe. »
De ces sorties plus inquiétantes les unes que les autres, l’explication avait été donnée préalablement dans nos colonnes par l’évêque de Fréjus-Toulon Mgr Rey : nous vivons dans un « contexte de très grande inculture : l’élite politique oublie les racines judéo-chrétiennes de notre société et parle du religieux en général alors que l’on sait très bien que les manières de penser les relations Église/État, la place de la liberté et de la raison diffèrent très largement entre christianisme et islam ».
Dernière trouvaille en date des représentants du peuple français, censés légiférer contre le séparatisme islamiste : introduire dans le texte une mention à l’avortement, ce qui est sans rapport aucun avec le texte annoncé initialement et qui s’appelle dans le jargon un « cavalier législatif »
Dernière trouvaille en date des représentants du peuple français, censés légiférer contre le séparatisme islamiste : introduire dans le texte une mention à l’avortement, ce qui est sans rapport aucun avec le texte annoncé initialement et qui s’appelle dans le jargon un « cavalier législatif ». Par l’amendement 44 porté par une vingtaine de députés LREM et voté lundi soir à 85 voix sur 87, les députés ont voté une suspension de tout avantage fiscal pour les organismes ayant été condamnés pour délit d’entrave à l’IVG. Pour les porteurs de l’amendement, face à la « remise en cause de ce droit fondamental », il était nécessaire de réaffirmer le « délit d’entrave à l’IVG […] à l’occasion d’un texte visant à conforter les principes de la République. C’est pourquoi cet amendement propose de l’ajouter à la liste des infractions incompatibles avec le bénéfice d’une dépense fiscale. » Outrepassant les travaux de la commission, le rapporteur Éric Poulliat (LREM) s’y est déclaré favorable : « La commission spéciale a donné un avis défavorable sur cet amendement. Toutefois, et même s’il est très rare que je m’autorise à émettre un avis à titre personnel, je tiens à dire que j’y suis favorable par principe. » Gérald Darmanin s’est contenté de « suivre l’avis du rapporteur », avalisant de facto le vote. Zéro abstention et deux votes contre : les députés LR et RN avaient piscine.
Rarement la question de l’avortement sera revenue aussi fréquemment sur la table durant un quinquennat, et cette obsession abortive des parlementaires a de quoi interroger. Le projet de loi bioéthique tel que voté en seconde lecture par l’Assemblée nationale entend consacrer un droit de recours à l’IMG à 9 mois pour cause de détresse psychosociale. Vidé de sa substance par le Sénat, le texte sera réécrit et voté définitivement par les députés en troisième lecture. La semaine prochaine, la proposition de loi portée par Albane Gaillot (EDS) proposant d’allonger le délai de recours à l’IVG de 12 à 14 semaines sera examinée en deuxième lecture par l’Assemblée, après avoir été écartée par le Sénat mi-janvier via la procédure de question préalable. Enfin, dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale, les députés ont adopté à titre expérimental la possibilité pour les sages-femmes de pratiquer des IVG instrumentales. IVG, nouveau point Godwin de la classe politique française ?





