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Nabe, l’arrière-garde suisse

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Publié le

4 mars 2021

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Parce que la pop culture, malgré ses joyaux, est avant tout une sous-culture de masse, il ne faudrait pas oublier de prendre du recul et de la gifler tous les mois. L’Incorrect tient à votre hygiène mentale, voici la rubrique Antipop.
Nabee

Nabe sort son nouveau pavé, Les Porcs 2, auto-financé et auto-édité dans le silence assourdissant des médias. On aimerait souligner l’effort… mais Nabe, l’exilé volontaire en Suisse (ce pays de ploucs financiers), qui se permet régulièrement de déverser sur la France son ire ultra-mondaine de métèque parvenu, de dégobillant pamphlétaire, de déserteur baffré aux confitures, ne le mérite peut-être plus. Automate en roue libre, crécelle de mirador, Nabe c’est la petite voix discordante qui essaye tant bien que mal de caracoler en tête de vos souvenirs – à défaut des ventes. Il fait chauffer l’eau de son bain à force de cramoisir d’abandon à Lausanne, il se hérisse comme Iznogoud, il prend des selfies de cul avec sa poule pour nous prouver qu’il est heureux. Instagrammeur avant Instagram, Conversano avant Conversano, Nabe met en scène son quotidien de suppôt de lui-même myope, il a envie d’exister à tout prix, il s’agite dans sa grenouillère lie-de-vin, il fulmine, il pérore, il tempête dans son habituelle métrique bloyenne-pour-les-nuls et qui ne fait plus lever aucun sourcil – si ce n’est peut-être dans son entourage de midinettes et de flamberges molles.

La vérité sur Vincent Reynouard, franchement, qui ça intéresse ?

Dans Les Porcs 2, il entend bien tirer à vue sur tout ce qui bouge, « dire la vérité ». La vérité est sûrement bonne à dire, mais dommage : ici, elle ne s’applique qu’à une chapelle minuscule et sinistre, celle des « révisos » et autres fours à merde de la dissidosphère qu’il fréquenta assidûment pendant des années – probablement au nom de la littérature. La vérité sur Vincent Reynouard ou sur Salim Laïbi, franchement, qui ça intéresse ? Nabe, apparemment, puisqu’il dégoise presque sans fin sur ces lugubres personnages seulement connus par les soraliens de la première heure – et sur plus de 1 000 pages. La vérité sur les cloportes peut-elle produire de la littérature ?

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À force de cracher dans la soupe Nabe s’est dissous dans son propre potage, il ne reste de lui qu’un rictus, de sa littérature peut-être que le Régal des Vermines – sans doute son unique livre authentique et qui ne s’inscrive pas dans une poussive et maléfique posture d’artiste-girouette, d’impétrant à double-fond. Les Porcs 2 ménage certes quelques beaux instants, quelques anecdotes drolatiques, mais c’est peu pour quelqu’un qui se rêve dans la continuité de Céline, c’est peu pour quelqu’un qui voudrait laisser un héritage littéraire un peu plus conséquent qu’une compilation de ragots ramassés dans les coursives d’Égalité & Réconciliation. Avec ce dernier opus foutraque on est dans la chronique mondaine, dans l’égo-trip en pilotage automatique. « Je n’ai pas d’égo », se défend Nabe, c’est peut-être justement le problème : comme tous les gosses pas finis, congelés dans leur adolescence, il confond égo et œuvre, verbe et verbiage, « je » et entre-soi.

Ni réac, ni punk, ni rien

C’est toute la tragédie des écrivains qui n’ont rien à dire, qui n’ont pour eux que leurs silhouettes moches, que leurs bouquets de postillons, que le rimmel de leur style qui dégouline à grands traits sur leurs gros journaux pas intimes de grapho-boursouflés. Nabe n’est pas un réactionnaire, ni même un conservateur, et encore moins le punk encravaté qu’il a voulu nous vendre sur les plateaux de télévision. C’est un égo souffrant de la taille d’une planète inséré dans un corps de flageolet, avec toutes les irritations que l’opération peut entraîner. On peut tous les jours contempler l’étendue du dégât : omniprésent et hyperactif sur les réseaux sociaux comme sur son propre site, il classe patiemment toutes les miettes de citation et d’occurrences que sa petite personne peut laisser dans les médias, il relève, il souligne, il biffe et consigne le moindre tweet qui signale son nom. Triste fonctionnaire de lui-même, pathétique archiviste de ses propres traces de frein, enlisé complaisant dans la vacharde terre suisse. Nabe l’auto-immolé, l’auto-panthéonisé, dont tout le génie semble s’être échappé par une faille béante, nous tend ces monuments éventés où il vomit cycliquement sa glossolalie inepte – et il voudrait qu’on appelle ça des livres.

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