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Eugénie Bastié, au nom des idées

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Publié le

11 mars 2021

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Après deux essais sur les ravages du néo-féminisme, la journaliste du Figaro livre avec La Guerre des idées (Robert Laffont) une grande enquête sur les différents courants intellectuels qui animent la France.
@Lincorrect

Avec La Guerre des idées (Robert Laffont), Eugénie Bastié change de style. Après un premier essai remarqué, Adieu Mademoiselle (Le Cerf, 2016), dans lequel la journaliste pourfendait avec l’enthousiasme d’un jeune mousquetaire les mauvais rêves des hystéro-féministes, elle proposait deux ans plus tard avec Le Porc Émissaire (Le Cerf, 2018) la plus fine analyse du mouvement #MeToo, doublée d’un éloge de la virilité à ragaillardir un eunuque. C’est la Gascogne qui coule dans ses veines. Pas question de rester planquée dans un bureau, même au Figaro. Elle aime monter en première ligne, Eugénie, ferrailler en infériorité, se faire bombarder de yaourts par des connasses à cheveux bleus, tomber parfois mais triompher souvent. Dans sa ligne de mire ? Les déconstructeurs. Sur Twitter, sur un plateau télé, dans une conférence-débat ou dans les pages de son quotidien, elle affine sa lame, questionne les autres intellectuels et enquête sur ces nouveaux purificateurs.

La Guerre des idées se lit comme une longue enquête journalistique, celles qui se font trop rares aujourd’hui, parfaitement charpentée et avec une qualité souvent portée disparue, du style

Son nouveau livre, c’est tout ça et un peu plus même. Avec l’humilité des grands, elle troque son statut d’essayiste pour celui de journaliste et part à la rencontre de ses aînés, de droite comme Chantal Delsol, anciennement de gauche comme Régis Debray ou Alain Finkielkraut, encore de gauche comme l’historien Patrick Boucheron, et d’autres comme Michel Onfray ou Christophe Guilluy qui ne savent plus trop dans quelle étagère se ranger. Les idées, c’est ce qui l’anime. À l’époque d’Hanouna et des youtubeurs qui dégueulassent tout, même ce qu’ils ne comprendront jamais, Eugénie croit en notre époque. Une époque misérable qui sanctifie les cons et admire la laideur, et pourtant nous raconte-t-elle, il se passe quelque chose. Elle nous invite à prendre un peu de hauteur, analysant de son regard vif et de sa plume précise la mécanique des idées qui ne cesse de muter depuis vingt ans.

On la savait brillante, on la découvre aussi pédagogue. Elle n’écrit pas pour elle, mais pour les autres, sans pour autant renoncer à l’exigence, le défaut des conservateurs, explique-t-elle. La Guerre des idées se lit comme une longue enquête journalistique, celles qui se font trop rares aujourd’hui, parfaitement charpentée et avec une qualité souvent portée disparue, du style. Eugénie en a, ce qui lui permet de croquer délicieusement en introduction de ses rencontres le portrait de ses interlocuteurs : en quelques mots incisifs pour Raphaël Enthoven qui (s’) aime « parler fort », surtout dans un restaurant huppé, ou avec admiration et tendresse pour Régis Debray.

Lire aussi : Eugénie Bastié : la cadette de Gascogne

Entrecoupant son livre d’encadrés bienvenus, la jeune journaliste ne laisse rien de côté : islamo-gauchisme, wokisme, indigénisme et autres saloperies en -isme, Eugénie analyse, dissèque et déconstruit, scalpant au passage l’affreux Badiou qui rêvera jusqu’à sa mort de tronçonner des têtes, ou les rejetons de Michel Foucault et Pierre Bourdieu qui font bander les campus ricains : Geoffroy de Lagasnerie et Édouard Louis. Jamais déclarative, sa Guerre des Idées se révèle aussi documentée qu’argumentée. Elle n’assène pas mais démontre, tend son micro et met en miroir le renouveau conservateur et ce qu’il reste de la gauche : « L’analyse des discours adverses (…) faute d’en produire un ». Et si elle conclut son bel ouvrage par un touchant hommage à son « ami » le regretté Sir Roger Scruton, c’est peut-être parce qu’elle partage avec l’écrivain et philosophe britannique aux « chaussettes trouées » la passion pour la France de Péguy et de Chateaubriand, ce vieux pays où l’on peut peut-être encore débattre face à face, au nom des idées.

La Guerre des idées. Enquête au cœur de l’intelligentsia française d’Eugénie Bastié
Robert Laffont, 312 p., 19€

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