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Sciences Po Grenoble : l’islamo-gauchisme dévoilé

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Publié le

12 mars 2021

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Début février, Frédérique Vidal provoque un tollé en réclamant une enquête sur l’islamo-gauchisme dans l’université française. Un mois plus tard, cet islamo-gauchisme est démontré magistralement par l’affaire Sciences Po Grenoble. Récit.
Grenoble

Souvenez-vous. Dimanche 14 février, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche Frédérique Vidal avait choqué les belles âmes : « Moi, je pense que l’islamo-gauchisme gangrène la société dans son ensemble et que l’université n’est pas imperméable et fait partie de la société. » Et elle poursuit : « Ce qu’on observe à l’université, c’est que des gens peuvent utiliser leurs titres et l’aura qu’ils ont. Ils sont minoritaires et certains le font pour porter des idées radicales ou des idées militantes de l’islamo-gauchisme en regardant toujours tout par le prisme de leur volonté de diviser, de fracturer, de désigner l’ennemi, etc… ». Acquiesçant lorsque Jean-Pierre Elkabbach parlait d’alliance entre Mao Zedong et l’Ayatollah Khomeini, elle annonçait triomphante la commande au CNRS d’une « enquête sur l’ensemble des courants de recherche sur ces sujets dans l’université de manière à ce qu’on puisse distinguer de ce qui relève de la recherche académique de ce qui relève justement du militantisme et de l’opinion »

L’islamo-gauchisme, une invention complotiste

Quel tollé n’avait-elle pas provoqué ! Toute la gauche française ou presque participait d’un seul homme à la levée générale de boucliers. Elle est accusée tout à la fois de menacer les libertés universitaires, et de détourner les regards de la misère étudiante, de la médiocrité des locaux et de la parole libérée sur les agressions sexuelles. Surtout, par son maccarthysme, elle ferait le jeu de l’extrême droite et donc de l’islamophobie. La Conférence des présidents d’université réagit avec « stupeur » et dénonce « des arguties de café du commerce ». Dans un communiqué, les syndicats CGT, FSU et SUD de la recherche et de l’enseignement supérieur s’allient pour condamner les propos d’un ministre dont ils jugent qu’elle a « franchi la ligne rouge » et appellent à son renvoi car « elle a perdu toute crédibilité auprès de la communauté. » « Non seulement, la ministre stigmatise des collègues et leurs travaux de recherche en les désignant à la vindicte publique à l’aide d’un vocabulaire emprunté à l’extrême droite mais, dans le même élan, elle porte un coup sévère aux libertés académiques en demandant au CNRS de procéder à une enquête comme s’il s’agissait d’une affaire de basse police. »

Lire aussi : Grenoble : « Universités, quartiers ; l’islamo-gauchisme est devenu majoritaire et dangereux »

Comme il est de coutume dans ce genre de situations, 600 universitaires et chercheurs signent une tribune dans Le Monde pour s’insurger « contre l’indignité de ce qu’il faut bien ­qualifier de chasse aux sorcières ». Ils comparent le ministre à « la Hongrie d’Orban, le Brésil de Bolsonaro ou la Pologne de Duda [où] les études postcoloniales et décoloniales, les travaux portant sur les discriminations raciales, les études de genre et l’intersectionnalité sont précisément ciblés ». En conclusion, le texte réclame sa démission : « Frédérique Vidal se saisit du thème complotiste ‘islamo-gauchisme’ et nous désigne coupables de pourrir l’université. Elle veut diligenter une enquête, menace de nous diviser et de nous punir, veut faire régner le soupçon et la peur, et bafouer nos libertés académiques. Nous estimons une telle ministre indigne de nous représenter et nous demandons, avec force, sa démission. » Parmi les signataires de la tribune, l’économiste Thomas Piketty, membre de l’équipe de campagne de Benoît Hamon ; le sociologue Éric Fassin, spécialiste des questions de race et de genre que nous avions épinglé dans notre dossier sur les Dhimmis ; l’historien Patrick Boucheron, appelant à l’autoflagellation nationale dans son Histoire mondiale de la France.

Condamnation au nom de la liberté

Quelle ironie que de condamner l’utilisation d’un mot au nom de la liberté académique ! Du reste, pourquoi donc s’inquiétaient-ils à ce point d’une enquête s’ils n’avaient rien à se reprocher ? Les scientifiques ne sont-ils pas mus par la quête de la vérité ? « Ce serait absurde de ne pas vouloir étudier un fait social. Si c’est une illusion, il faut étudier l’illusion et regarder si cela en est une. Pour ma part je le vois comme un fait social indubitable » déclarait à juste titre le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer pour soutenir sa collègue. C’est que les universitaires signataires ont vu une chose fort juste, en accusant le ministre « d’ânonner  le répertoire de l’extrême droite » : pour une fois, la droite emportait la bataille conceptuelle et sémantique en mettant sur l’agenda politique national l’un de ces thèmes importants. Que le gouvernement reprenne le thème et le vocable – avec sa charge négative, négativité habituellement propre aux termes pour qualifier la droite – ne pouvait qu’être insupportable à la gauche militante.

La critique de l’islam est un racisme, non pas une opinion mais un délit, ne relevant non plus du débat intellectuel mais de la procédure judiciaire

Moins d’un mois après les déclarations de madame Vidal, l’islamo-gauchisme qui gangrène effectivement l’université française a été concrètement exemplifié par l’affaire Sciences Po Grenoble – après que Pierre-André Taguieff en ait fait la magistrale démonstration dans Marianne. Deux professeurs ont été pris à parti par des étudiants qui ont affiché leur nom dans l’établissement avec la mention « Des fascistes dans nos amphis. L’islamophobie tue. » L’action est relayée sur les réseaux sociaux par l’UNEF Grenoble. L’affaire avait débuté quelques mois plus tôt : le professeur Klaus Kinzler avait été taxé d’islamophobe pour avoir questionné la mise au même plan de l’islamophobie, de l’antisémitisme et de racisme. La directrice du laboratoire de recherche de l’école PACTE, qui dépend du CNRS, Anne-Laure Amilhat Szary (qui a signé la pétition susmentionnée) rétorque alors dans un communiqué du 7 décembre que « nier, au nom d’une opinion personnelle, la validité des résultats scientifiques d’une collègue et de tout le champ auquel elle appartient, constitue une forme de harcèlement et une atteinte morale violente. » En clair, questionner le concept d’islamophobie, c’est être islamophobe, en plus d’harceleur (d’un homme sur une femme dans le cas précis, donc, osons, harceleur sexuel ?)

Dénonciation et lynchage

Une autre affaire surgit fin février avec un second professeur, Vincent Tournier, qui avait soutenu Klaus Kinzler dans l’affaire précédente. L’Union Syndicale demande à ce que le cours « Islam et musulmans dans la France contemporaine » lui soit retiré, sous peine que son approche de l’islam, critique, est jugée diffamatoire : « Des propos islamophobes y étaient dispensés comme scientifiques. » Dans un mail, le professeur se justifie : « Je ne nie pas que mon cours comporte une approche critique de l’islamisme et même de certains aspects de l’islam dans sa configuration actuelle. Mais le problème n’est pas dans les problèmes de définition : il est dans l’usage des étiquettes qui, aujourd’hui, on le sait, peuvent tuer. Que des étudiants puissent, dans le contexte actuel, quelques semaines seulement après l’affaire Paty, se permettre ce genre de stigmatisation a quelque chose d’odieux et de méprisable quand on sait les conséquences épouvantables que cela peut avoir via les réseaux sociaux. » Quelques jours plus tard, les noms des deux professeurs sont affichés à la vue de tous.

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Face au lynchage public, on eut pu espérer une réaction de leurs collègues, et plus largement du corps universitaire français. Mais pas de tribune dans Le Monde cette fois, ni rien du tout. Silence radio, si ce n’est la courageuse Frédérique Vidal qui remonte au créneau pour rappeler que « traiter quelqu’un d’islamophobe peut tuer » et juger « totalement intolérable que nous vivions une telle violence ». Où sont passés les signataires de la tribune, les Piketty, Fassin et autres Boucheron ; leur défense des libertés universitaires ; leurs leçons de bons sentiments ? Par la voix de sa directrice Sabine Saurugger, Sciences Po Grenoble réagit après trois jours d’un silence étourdissant en renvoyant dos à dos professeurs et placardeurs. Si elle « condamne très clairement » les affiches, elle n’en considère pas moins du professeur « qu’il y a un ton qui est extrêmement problématique dans ses propos ». Un communiqué qui se suffit à lui-même, et qui en dit assez sur l’état de soumission morale et intellectuelle qui gangrène l’intelligentsia universitaire.

Les témoignages de Klaus Kinzler n’ont depuis fait qu’apporter de multiples illustrations sur la réalité de l’islamo-gauchisme : « Une majorité d’enseignants-chercheurs n’a pas le courage de dire que je suis un démocrate […] et me hait maintenant ». « Dans un mail, une collègue dit que ce qu’on fait les étudiants vis-à-vis de moi en mettant ma vie en danger, ça n’est pas plus grave que mon conservatisme moral. » Le constat est sans appel : la gauche militante interdit au sein même de l’université toute esquisse d’une critique de l’islam au nom de son antiracisme – d’où l’importance de la question initiale posée par Kinzler sur la différence entre islamophobie, antiracisme et antisémitisme. La critique de l’islam est un racisme, non pas une opinion mais un délit, ne relevant non plus du débat intellectuel mais de la procédure judiciaire. Ainsi est ouvertement fait le jeu à l’islamisme radical en participant activement à la normalisation de son discours. L’affaire Paty paraît bien loin.

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