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Les budgets genrés, dernière lubie verte

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Publié le

16 mars 2021

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Les mairies de Lyon et de Rennes ont annoncé que leur budget respectif, voté à la fin du mois, sera pensé pour financer de la même manière femmes et hommes. Derrière cette dernière lubie verte se cache le vieux fond totalitaire de la gauche, qui n’a de cesse de vouloir remodeler la complexité du réel à sa guise.
Doucet

C’est la dernière trouvaille des écologistes – qui décidément n’ont d’écologistes que le nom –, après le Tour de France, les sapins de Noël et les repas sans viande. Grégory Doucet et Nathalie Appéré, maires respectifs de Lyon et Rennes, ont annoncé qu’ils allaient établir pour l’exercice à venir un budget genré. En clair, chaque ligne du budget respectera l’égalité entre les hommes et les femmes afin que les deux sexes soient financés de la même manière par la municipalité. Si le principe était déjà appliqué par les mairies de Brest pour la politique culturelle depuis 2017 ou par celle de Montreuil pour les sports et la jeunesse depuis 2019, ce sera une première en France pour des budgets complets de grandes villes.

La ville bretonne a défendu sa mesure par la voix de l’adjointe aux finances, Nadège Noisette : « La première étape est de travailler sur les aides aux associations en mettant en place des indicateurs sur le nombre d’hommes et de femmes visés par ces subventions. [L’objectif est de] mieux identifier la part de la dépense publique sur l’égalité et la manière dont telle ou telle action bénéficie assez inégalement aux hommes ou aux femmes. Il ne s’agit pas de conditionner l’aide budgétaire, mais d’avoir une mesure de l’impact de la dépense sur les différentes catégories. » Pourtant, sauf à avoir des budgets extensibles, il paraît assez clair que l’argent sera retiré quelque part pour être envoyé ailleurs, à savoir, de quelque manière que ce soit, des hommes vers les femmes.

Les organisations internationales poussent, Marlène Schiappa jubile

La mairie lyonnaise a embrayé le pas il y a quelques jours, et la première adjointe Audrey Hénocque en a profité pour détailler à LCI la manière dont les 700 millions d’euros de budget allaient être répartis : « Nous allons utiliser la méthode « tricatégorielle ». Nous regarderons quelles dépenses sont neutres, par exemple l’entretien de la mairie, faisant en sorte qu’elles soient le moins nombreuses possibles. Nous regarderons ensuite quelles dépenses sont faites pour rétablir l’égalité femmes-hommes : elles sont rares, il s’agit par exemple de la création d’un centre de soutien aux femmes victimes de violences conjugales. Enfin, le reste du budget est censé être « genrable », donc il faudra analyser si les usagers de l’équipement ou du service sont plutôt des hommes ou des femmes. » Pour chacun des domaines genrables, une mesure homme/femme donc, qui permettra de mener les politiques d’égalité nécessaires.

« On peut analyser qui visite les expositions, et si les hommes sont moins nombreux les encourager à aller au musée. Il faut aussi faire attention à exposer autant d’artistes femmes que d’artistes hommes. » 

Audrey Hénocque, première adjointe de Lyon

Apparu à la fin des années 1990 dans les rapports de l’Organisation des Nations unies, le gender budgeting est défendu avec prosélytisme par l’ensemble des organisations internationales, de la Banque mondiale du Développement au Fonds monétaire international (FMI) en passant par la Commission européenne et le Conseil de l’Europe. D’après un rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), près de la moitié des pays membre pratiquaient le budget genré dès 2017, à savoir l’Autriche, la Belgique, la Finlande, l’Islande, Israël, le Japon, la Corée du Sud, le Mexique, les Pays-Bas, la Norvège, l’Espagne et la Suède. Sur Twitter, le Ministre délégué chargé de la Citoyenneté Marlène Schiappa s’est félicitée de cette décision, et a rappelé qu’elle avait elle-même promu en 2017 le budget genré au niveau national. Une expérimentation a depuis été lancée dans le secteur agricole, afin de flécher le budget pour inciter les femmes à se lancer dans la profession.

Vieux fond totalitaire de la gauche

Les cibles principales du budget genré ? Tous les lieux et activités où les hommes sont réputés être surreprésentés. Les cours de récréation posent ainsi problème : si rien n’est planifié, les garçons s’approprient tout l’espace central pour taper le ballon. « On sait d’expérience que ce sont plutôt les garçons qui vont aller jouer et que les filles vont se retrouver dans les périphéries, à discuter ou s’asseoir par terre sans activité » avait ainsi déclaré madame Hénocque. Il faut donc, pour sa collègue Florence Delaunay, « repenser les cours pour qu’il y ait moins de goudron, plus de végétation » afin d’organiser d’autres activités, tel le jardinage. Les financements des clubs sportifs seront repensés pour ne plus favoriser les sports collectifs masculins ; clubs de gymnastique et d’équitation verront de ce fait leurs dotations rééquilibrées pour encourager le sport féminin. Équipes masculines et féminines seront pareillement financées, à commencer par celles de l’Olympique lyonnais. De même, les skateparks et city stades sont réputés profiter principalement au sexe fort, et seront de ce fait repensés pour encourager les filles à pratiquer du sport en plein air – quitte à leur réserver des créneaux ou des espaces ? Dernière cible prioritaire, le milieu de la culture : « On peut analyser qui visite les expositions, et si les hommes sont moins nombreux les encourager à aller au musée. Il faut aussi faire attention à exposer autant d’artistes femmes que d’artistes hommes. » De quoi ravir Alice Coffin.

Lire aussi : Jean-François Guihard : « Le lobby anti-viande se cache derrière les Verts »

Le budget genré est la dernière déclinaison du féminisme, toujours en quête d’un nouvel aliment pour nourrir sa dynamique interne. Idéalement, la dernière trouvaille se veut toujours plus radicale, afin de donner les atours de la normalité à la revendication précédente, qu’il faudrait dès lors concéder politiquement. Sur le fond, le budget genré est la preuve d’une volonté féministe très claire de reconstruction du monde par le rejet de tout ordre naturel, de tout construit historico-culturel et de tout ordre spontané. La complexité des relations sociales doit être effacée d’un seul trait, pour reconstruire ex nihilo, à coup de rationalisations et de millions, un monde jugé plus juste, égalitaire et inclusif. Formidable témoignage d’un vieux fond totalitaire de la gauche, qui toujours perdure.

Le budget genré, à la fois patriarcal et LGBTphobe ?

De ces initiatives, une double ironie cependant. D’abord, pour visibiliser au maximum les femmes, elles réassignent celles-ci dans les construits sociaux qui sont simultanément dénoncés. Ainsi, financer la gymnastique et l’équitation, c’est ironiquement réaffirmer l’idée jugée patriarcale qu’il existerait des activités plus spécifiques à la gente féminine. Loin de participer à l’émancipation des femmes, le budget genré avalise certains « déterminismes » et s’appuie sur eux pour visibiliser les femmes dans l’espace social. C’est comme si, pour lutter contre le manspreading dans le métro, on peignait des sièges en rose pour les réserver aux femmes. C’est de l’assignation de genre pure et dure, d’après la définition développée par les sociologues Béatrice Damian-Gaillard, Sandy Montañola et Aurélie Olivesi : « Action d’assigner consiste à attribuer à une personne une place, une fonction, un rôle, et plus particulièrement, attendre qu’elle le performe en se conformant aux attentes sociales construites autour des identités de genre, selon qu’elle est perçue comme étant un homme ou une femme. »

Ensuite, la reconnaissance de deux genres – hommes et femmes – devraient scandaliser toutes les associations LGBTQIA+ de France et de Navarre, alors même que Facebook en recensait 52. Techniquement, la genderfluidity et les problématiques de genre en général empêchent d’ailleurs de dire a priori qui est homme et qui est femme, puisque le genre est délié de toute nature physique pour n’être que plus que volonté, potentiellement changeante. C’est donc pure violence que de décréter homme ou femme la personne qui enchaîne les flips sur son skate ou marque un but.

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