La guerre civile des idées a commencé. La guerre doit être un truc entre un événement pur qui ressemble à la mort et l’attente. Une attente sans fin. Les rétrogrades se réclament tous du progressisme. Mais aucune cause ne justifie la censure. La vie est du côté de la délivrance. On veut du symbole, on nous propose la technologie et la peur. On se fait réchauffer et remplacer. Il y a ceux qui combattent pour l’écologie et ceux qui luttent contre l’immigration. L’apocalypse sera bronzée, disait Baudrillard. À travers la vitesse, on a aboli l’obstacle. La satisfaction est immédiate.
Le solipsisme est partout. Proust aime Odette par fantasme esthétique et crée une jalousie de chaos. Finalement, il aime pour s’aimer. Les émotions ne se voient qu’à distance et avec beaucoup de vide autour. Et c’est valable jusqu’à la peinture. Alors on finit suicidé par spéculation.
Les séparations révéleront la face cachée des choses. Le dolorisme est généralisé. On est en excès. Faites des fils pour vous racheter et vous libérer de la corruption.
Le fétiche est transformé en réel. Le ciboire n’est plus qu’un ciboire. Le sperme du pendu fermente. Les fleurs du mal puent le gaz. Le corps est une âme en peine. Les baisers ne tranchent plus la langue. La solitude pousse au chien. « L’humanité commence de l’autre côté du désespoir », disait Sartre. Au-delà de l’analphabétisme de l’image, de l’obsession du sens, du presque absolu jugement au premier degré, la disparition du symbolique. Et tout le monde s’en fout un peu devant Netflix.
Plaignons-nous, ce sera toujours plus supportable. Comme l’idée de quitter quelqu’un à tout instant.
Sommes-nous encore ceux qui surmontent tout, les vrais chrétiens ? Il n’y a plus de bête à délivrer chez nous. Nos âmes sont habituées. Lohengrin disparaît derrière son cygne.
L’irrémédiable entre nous et le reste du monde est consommé. Le péché est triste. La vertu aussi. La pulsion ne trouve plus de forme. Continuons à dormir en changeant parfois de sommeil.
On s’intoxique avec tout et on fera le tri après. C’est le chaos. C’est Darwin. Il n’y a plus de mot d’ordre. On ne touche plus le moment où la matière devenait la vie (n’était-ce pas la définition du sexe de Céline ?) On transcende ou on fuit. On manque de mots et on finit avec l’allure code social. La libération de tout a mis au jour autant de misère que de jubilation. Le leurre et la vérité la plus outrancière. De l’adoration et de la sécrétion. Une profonde statue en rien. On maquille, pensant résoudre la contradiction entre la misère plate de la réalité et l’absolu qu’on voudrait enfin voir apparaître. C’est merveilleux d’enluminer le rien. De poser du double vitrage. Le sérieux devient un jeu.
Dans l’entreprise de connerie de grande envergure, on est pragmatique et volontairement asservi. Les autres finiront bien par chauffer mon sang-froid. Le meurtre est partout, du langage au regard. Tout est bâtard. Qui sait peut-être qu’un jour la vie arrivera même à nous débarrasser du corps ? On savait pourtant que la seule manière de défense était l’attaque.
Tous au bord de la tricherie. Nos blessures narcissiques. Nos étreintes banales. Nos tabous et nos contrefaçons.
On vide le monde de toutes ses vues ne sachant plus d’où viendra l’appel. Le désarroi n’est jamais loin de l’étonnement. La connaissance nous sauve un peu de la tristesse sans remède et de la faille majeure. La religion est le sentiment poignant de cette misère alentour.
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La voix intérieure est de plus en plus mauvaise, impraticable comme la gnose. On n’écoute que ce qu’on est capable de pouvoir entendre. On nous demandait de fabriquer une réalité. Au-delà de la rivalité, et des verdicts incessants, des stimulations inutiles, des différences qui grincent. Bien que rien de ce qui soit visible n’échappe à l’enjeu. Les dieux exigeaient des sacrifices que nous ne pouvons plus fournir. L’ennui est une anémie. La résignation d’exister nous tient. On nous déleste de la nécessité d’avoir un destin. Quelqu’un doit bien aller quelque part à ma place. Le dépaysement est timide, on se replie.
Plaignons-nous, ce sera toujours plus supportable. Comme l’idée de quitter quelqu’un à tout instant.
L’horreur et l’aversion sont sacrées. La corruption est active et on adore souiller son petit moi désenchanté et hésitant. Le quotidien est devenu l’ultime puissance de dissolution, l’enchantement du commentaire, la vérité du rapport. L’intimité fabrique sa propre liturgie. C’est la fin de la liberté. C’est la fin des accidents. On finira tous avec le derrière gercé.





