Intéressant, l’entretien que nous a accordé Marine Le Pen. Par ce qu’elle dit mais aussi par ce qu’elle se refuse à dire, pour nous qui croyons encore, ringards que nous sommes, à la pertinence du bon vieux clivage droite/gauche et estimons que le seul combat qui vaille, celui pour la civilisation, s’inscrit dans ce cadre. Notre directeur de la rédaction, Jacques de Guillebon, a eu beau insister, la présidente du Rassemblement national n’a pas démordu de sa ligne : en soi, l’islam n’est pas un problème ; sa présence de plus en plus pesante sur le territoire français n’est pas un problème ; d’ailleurs, ce n’est qu’une conviction religieuse, qui, comme telle, relève de la sphère privée, à l’égale de toutes les convictions religieuses, quelles qu’elles soient.
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Jacques de Guillebon a été gentil. Il aurait pu lui faire remarquer qu’à sa prise de fonctions, le président de la République française devient aussi :
• premier et unique chanoine honoraire de l’archibasilique du Latran ;
• co-prince d’Andorre, avec l’évêque d’Urgel, en Espagne ;
• proto-chanoine de la basilique Notre-Dame de Cléry et de la cathédrale d’Embrun ;
• chanoine honoraire des cathédrales de Saint-Jean-de-Maurienne, Saint-Julien-du-Mans, Saint-Maurice-d’Angers, Saint-Jean-de-Lyon, Saint-Étienne-de-Cahors et Saint-Étienne-de-Chalons, et des églises Saint-Hilaire-de-Poitiers, Saint-Martin-de-Tours et Saint-Germain-des-Prés, à Paris,
mais pas vice-recteur de l’université al-Azhar du Caire, et que tout cela signifie peut-être que la France, fût-elle une République laïque, s’inscrit dans une continuité spirituelle. Il aurait pu lui dire également qu’une différence majeure entre l’islam et le judaïsme, par exemple, est que l’une a pour ambition de convertir et de régenter selon ses lois l’ensemble de l’humanité, l’autre pas. Il aurait pu lui dire cela et bien d’autres choses dans un débat mais il ne s’agissait que d’un entretien, et tel n’était pas son rôle.
Soutien critique
Quatre cinquièmes de quinquennat après son calamiteux débat de l’entre-deux-tours de 2017 qui l’avait, disait-on, discréditée à jamais, voilà Marine Le Pen aux portes du pouvoir. Tous les sondages lui accordent un score faramineux en cas de second tour face à Emmanuel Macron : 53 % pour lui, 47 % pour elle selon les études d’opinion menées par Harris Interactive et par l’Ifop. Avec la marge d’erreur, ils sont à 50/50 à un peu plus d’un an du scrutin. Entre l’automne 1980 et le printemps 1981, François Mitterrand a remonté bien plus que ça. Il n’avait pas six points de retard sur le président sortant mais entre le double et le triple ! Et il a remporté le match retour.
Ce que nous attendons du prochain chef de l’État, c’est que, quelle que soit la bannière sous laquelle il aura été élu, il mène une politique de droite. Profondément, viscéralement de droite, comme cela n’a pas été le cas depuis… ?
En 2022, son accession à l’Élysée peut se jouer sur un rien. Sur le basculement de Wallis et Futuna ou sur celui de Saint-Pierre-et-Miquelon. Ce n’est pas nous qui lui ôterons les voix qui pourraient lui faire défaut si les électeurs venaient à la porter au second tour de l’élection présidentielle. Cela ne nous interdit pas de lui apporter un soutien critique. Et constructif.
Ce que nous attendons
Ce que nous attendons d’un prochain chef de l’État, ce n’est pas qu’il gère la décadence, mais qu’il en inverse le processus. Est-il besoin de détailler ? Nous le ferons si besoin. Nous avons cru comprendre que le projet présidentiel de Marine Le Pen pour 2022 était en cours d’élaboration. Supprimer du site du Rassemblement national les « 144 engagements présidentiels pour 2017 », ou du moins les transférer dans une rubrique « archives », serait-il trop demander ? De toute façon, c’est un service que Marine Le Pen se rendrait à elle-même, lui épargnant bien des questions gênantes, tant il est déjà en grande partie obsolète.
Ce que nous attendons du prochain chef de l’État, c’est que, quelle que soit la bannière sous laquelle il aura été élu, il mène une politique de droite. Profondément, viscéralement de droite, comme cela n’a pas été le cas depuis… ? Depuis tellement longtemps que nous-mêmes en avons perdu le souvenir. Une politique de droite, pour faire simple et court, ce serait que l’essentiel des moyens de l’État soit consacré à ses fonctions régaliennes. Que l’État, pour reprendre la formule de Georges Pompidou, arrête « d’emmerder les Français ». Que les « forces vives » de la nation puissent prospérer en paix. Qu’il soit mis fin à l’inflation législative et réglementaire, et même, soyons fous, que la décrue soit engagée par la réduction substantielle des différents codes.
Une politique de droite, ce serait aussi le rétablissement de la primauté du politique. Sur l’administration, bien sûr, qui se doit d’appliquer les ordres et non de trouver toujours le moyen de les contrecarrer, mais aussi et peut-être d’abord sur les multiples « sages », ceux de la rue de Montpensier comme ceux de la place du Palais-Royal, dont les champs d’intervention doivent être sérieusement réduits. Nous avons bien compris que, pour Marine Le Pen, il n’y a que « le peuple » qui compte. Nous savons que ce n’est pas, en l’état de l’opinion publique, ce que réclame prioritairement ledit peuple. Mais nous savons aussi que c’est à ces conditions que le peuple français retrouvera sa liberté, sa sécurité et sa prospérité. Et que c’est cela qu’aimerait entendre une fraction non négligeable du peuple, pourtant abandonnée de tous, connue autrefois sous le nom de « peuple de droite ». Le moment est venu de lui parler. C’est ce qu’elle commence à faire en s’exprimant dans nos colonnes. Qu’elle en soit remerciée.





