Le SCAF n’est pas un simple avion de combat mais un système de systèmes qui devra connecter plusieurs types de vecteurs aériens (drones, ravitaillement, transport, commandement et contrôle, renseignement mais aussi satellites). Il répond à une anticipation des exigences opérationnelles de demain probablement marquées par des conflits symétriques de haute intensité. Les programmes comme le SCAF, le MGCS (Main Ground Combat System – chars de combat) ou le MAWS (Maritime Airborne Warfare System – patrouille maritime) emportent donc des enjeux stratégiques, opérationnels et industriels particulièrement lourds pour la France, qu’elle voudrait voir intégrés par l’ensemble de l’Europe. Mais ici elle bute contre Berlin et le fort courant atlantiste de l’UE.
Dans la mesure où seule la France a la capacité de développer un aéronef de combat en toute autonomie, il s’agit là d’une véritable tentative de ponction industrielle qui aboutirait in fine au renforcement de l’Allemagne au détriment des opérateurs français
Les programmes internationaux nécessitent des partages industriels, qui dans le cas du SCAF s’avèrent de plus en plus désavantageux pour la France. Berlin voudrait développer son propre prototype via Airbus, parallèlement à Dassault, pourtant maître d’œuvre naturel. En outre, pour des raisons de propriétés intellectuelles propres à l’Allemagne, l’industrie française devrait partager ses savoirs-faire technologiques via une nouvelle répartition des programmes de développement et une collaboration égalitaire sur l’ensemble des briques industrielles du projet. Dans la mesure où seule la France a la capacité de développer un aéronef de combat en toute autonomie, il s’agit là d’une véritable tentative de ponction industrielle qui aboutirait in fine au renforcement de l’Allemagne au détriment des opérateurs français.
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Berlin est connu pour son manque de fiabilité en tant que partenaire industriel. Les exemples sont nombreux: outre le MCGS, on peut citer la renégociation du partage industriel de l’A400M, le contournement des accords Schwerin (satellites optroniques d’OHB) ou encore le rachat en 2019, sans réaction officielle de Bercy, de l’entreprise stratégique Nexeya (liaisons de données) par Hensoldt. Récemment encore, le 13 mars, Berlin torpillait le programme MAWS en achetant cinq avions américains de patrouille maritime Poséidon P-8A. L’Allemagne indique clairement qu’entre une défense européenne menée par la France et une vassalité atlantique, elle choisira toujours la seconde. Cependant ce n’est pas tant l’Allemagne qui est à blâmer que les élites politiques françaises qui persistent à croire au mirage du « couple franco-allemand ». Un mirage qui empêche depuis des années la France et d’affirmer, sa position de force militaro-industrielle en Europe.





