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Shunsuke Kikuchi, le Morricone japonais, vient de s’éteindre

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29 avril 2021

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Le Japonais Shunsuke Kikuchi, compositeur des musiques de « Dragon Ball Z », de « Goldorak » ou encore de « Albator 84 », est décédé le 24 avril dernier. Cinéphile et mélomane, il laisse derrière lui une œuvre qui aura marqué les passionnés de mangas des années 80-90.
Dragon Ball Z

Si vous êtes nés dans les années 80, vous avez déjà forcément entendu la musique de Shunsuke Kikuchi. Cuivres plaintifs, trémolos de cordes et envolées au lyrisme superlatif, la musique de Kikuchi empruntait autant au cinéma italien qu’à l’école de la Toei et du tokusatsu – ces séries de superhéros japonais pour lesquelles il signa ses premières bandes son. Dès les années 60, cet originaire de la préfecture d’Aomori, région au nord de l’île connue pour sa météo rude et ses légendes populaires encore vivaces, se fait la main sur des séries culte comme Kamen Rider ou Gamera, où il impose déjà son style avec un mélange unique d’ambition symphonique et de funk crépusculaire.

Cinéphile tout autant que mélomane exigeant, il contribua largement à donner à l’animation japonaise – et en particulier au shonen – cette coloration ultra-dramatique, parfois désespérée, qui contribua sans doute à faire de nous des enfants traumatisés. Il est probable que sans lui, les combats de Dragon Ball Z ou les virées spatiales d’Albator eussent-été beaucoup moins épiques : si les gosses que nous étions se souviennent aussi bien des empoignades sans fin de Son Goku et de Vegeta, c’est d’abord grâce à la musique omniprésente de Kikuchi, parfaite pour illustrer les scènes d’action dilatées et outrancières des blockbusters de l’animation télévisée.

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Le style Kikuchi, ce sont des sections de cordes tressautantes et syncopées, des nappes de guitare et de basse virevoltantes qui rappellent son indécrottable passion pour le funk, le tout mélangé à des violons plaintifs et à une utilisation toujours inventive de percussions exotiques comme le vibraslap (un de ses nombreux emprunts à Morricone). Parmi ses faits d’armes reconnus, il faudra compter sur des génériques aussi inoubliables que celui d’Albator 84 ou de Goldorak, alliant toujours héroïsme fatal et mode mineur, dessinant par l’harmonie les contours du héros japonais des années 70-80 : un héros dont le destin ne saura être que tragique.

Kikuchi n’en oublie pas pour autant là d’où il vient et il a su incorporer à ses compositions tout un héritage traditionnel, notamment le enka, cette forme particulièrement mélancolique de la chanson d’amour, basé sur un système pentatonique où les inflexions folkloriques de l’ère Meiji épousent superbement les formes du blues. A ce titre, son chef d’œuvre sera probablement la chanson Urami Bushi (« Je chante la haine »), composé pour la divine Meiko Kaji, star du cinéma bis japonais, et qui servira de générique à l’œuvre-étalon du « film de prison de femmes », La Femme Scorpion. Tarantino ne s’y trompera pas en ré-utilisant ce thème bouleversant pour Kill Bill, son hommage au cinéma asiatique. Avec la disparition de Kikuchi, c’est tout un savoir-faire de la musique de film qui s’éteint, une musique à la fois savante et populaire qui a été pour beaucoup la bande-son de nos années collège.

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