Dans Contre la résilience, Thierry Ribault s’appuie sur les penseurs de l’École de Francfort pour attaquer le concept de « résilience ». Méticuleusement, Ribault analyse la résilience comme un système de pensée participant à l’assujettissement des peuples. Issu de la science, ce terme désignait à l’origine la capacité d’un matériau « à absorber de l’énergie sous l’effet d’une déformation ou d’un choc ». Désormais, il s’agit d’un mot managérial employé après chaque attentat, épidémie ou désastre industriel. En enjoignant les masses à être « résilientes », à sortir plus fortes de la crise en faisant montre d’« agilité » ou d’« adaptabilité », nos gouvernants gestionnaires entérinent l’inéluctabilité des catastrophes sans en penser les causes. Or la résilience n’a rien d’évident dans les faits : le deuil ou la maladie laissent bien plus d’individus amoindris que renforcés. La rhétorique résiliente sous-tend donc insidieusement une morale du surhomme, à la fois eugéniste et darwiniste.
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Reste une question : que faire si un désastre survient ? Prisonnier d’une pensée anti-institutionnelle, l’auteur ne répond que par une vague allusion incantatoire : les citoyens doivent se réapproprier le droit d’avoir peur pour recouvrer leur liberté. Or l’émancipation des structures étatiques constitue-t-elle un gage de sortie de crise ? Rien n’est moins sûr : seuls des États forts et volontaristes sont parvenus à faire le choix du « vivre sans le virus » plutôt que celui du « survivre avec ».
Par ailleurs, l’aversion légitime de Ribault pour le scientisme oblitère une évidence : la peste noire n’est pas née d’une session nucléaire. L’homme a donc vocation à affronter des catastrophes naturelles dont il n’est pas toujours la cause, ce que l’auteur semble oublier. Enfin, Ribault accuse injustement le christianisme de participer au triomphe de la logique résiliente. Or si la résilience constitue un crible eugéniste célébrant une espèce de surhomme, la compassion chrétienne vise à réparer le monde par l’amour du prochain : celui qui se relève après l’épreuve mais aussi celui qui ne se relève pas. Surprenant donc qu’un contempteur de l’eugénisme s’en prenne si virulemment à l’Église qui, seule contre l’époque, défend le droit à la vie des plus faibles – soit les moins résilients.

L’Échappée, 368 p., 22 €





