Prise dans la spirale infernale d’une campagne électorale tournant au fiasco, Audrey Pulvar se croit habile à manier les deux armes préférées des candidats en perdition, la provocation et le clivage. Il lui faut d’abord provoquer pour exister et se repositionner au centre des débats médiatiques. Mais il lui faut aussi cliver, afin de chercher à mobiliser les franges les plus radicales d’un électorat socialiste en lambeaux. Audrey Pulvar espère à l’évidence parvenir à attirer, autour de propos extrémistes, les « va-t-en-guerre » du wokisme, de l’indigénisme et de l’intersectionnalité.
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Le visage émacié, les traits creusés, les yeux globuleux de fatigue, presque livide, Audrey Pulvar s’est donc lancée dans une violente diatribe anti-policière. Elle a mêlé jusqu’à l’outrance faits divers sordides et luttes politiques. Les événements dramatiques du métro Charonne ont été mis au même plan qu’une altercation tournant mal en bas d’un immeuble. L’appel à manifester lancé le 6 mai 2021 par les policiers a été dénoncé comme « glaçant ». La tirade s’avérait d’autant plus ridicule qu’Audrey Pulvar, candidate du Parti socialiste, accusait ici un rassemblement de soutien aux forces de l’ordre auquel ont participé les leaders de ce même Parti socialiste et notamment Anne Hidalgo, dont Audrey Pulvar se trouve par ailleurs l’adjointe au maire en charge à Paris des questions agricoles.
Voici donc désormais la campagne d’Audrey Pulvar officiellement placée sous le patronage tutélaire d’Adama Traoré. Qu’Audrey Pulvar en soit réduite à devenir l’otage de cette figure démontre l’ampleur du naufrage intellectuel et moral de cette femme qui, ne lui en déplaise et quels que soient ses propos actuels, incarne nettement plus une nouvelle bourgeoisie façon WASP que la passionaria des banlieues. Chacun a de plus parfaitement compris que le petit jeu des plaintes croisées entre elle et Gérald Darmanin relève de la pure stratégie de communication. Ce tango judiciaire enlace un ministre de l’Intérieur en grande difficulté, cherchant à flatter la police, et une candidate totalement à la dérive, agitant les bras en d’étranges moulinets médiatiques pour ne pas sombrer.
Madame @AudreyPulvar, vous avez refusé de vous rendre à la manifestation de soutien aux policiers que vous jugez "glaçante".
— Pierre Liscia (@PierreLiscia) May 22, 2021
Moi ce qui me "glace", c'est votre haine de la #police que vous exaltez pour vous faire applaudir par le comité Adama et l'extrême-gauche indigéniste. ?? pic.twitter.com/HNh75Ae4Ux
Il est cependant permis de s’interroger, au-delà des tactiques politiciennes, sur les raisons profondes qui ont pu pousser Audrey Pulvar à un tel choix. Certes, il existe en région parisienne un électorat présumé sensible aux thématiques anti-policières. Audrey Pulvar, la France Insoumise, voire même les Verts, se le disputent. Un faible écart sépare les listes de gauche dans les sondages. Dès lors, la pêche aux voix tourne à la rage. Finir en tête de la gauche au premier tour permet de pouvoir prétendre conduire l’union au second, dans un scrutin encore incertain. À droite, Valérie Pécresse, présidente actuelle de la région, se trouve en effet confrontée à une campagne difficile, prise en étau entre le Rassemblement national et La République en Marche. Mais, outre cet aspect strictement électoraliste, il se dessine aussi dans les dernières élucubrations d’Audrey Pulvar l’histoire d’une gauche socialiste ravagée par ses démons. Comment exister quand on a toujours confondu liberté et laxisme, dans une société qui réclame aujourd’hui haut et fort un retour de l’ordre et de la sécurité ? Comment attirer l’électeur lorsque l’on a systématiquement mélangé antiracisme et permissivité migratoire, dans un pays désormais très inquiet pour son identité ? Comment accepter, alors que l’on porte le narcissisme intellectuel en bandoulière, de se voir reprocher de s’être trompé politiquement si lourdement et si longtemps ?
À tout cela, Audrey Pulvar propose une solution. À gauche, les théories sociétales hallucinées de la « cancel culture » doivent désormais tenir lieu d’unique vérité sociale, le racialisme servir d’universalisme et la victimisation remplacer la justice. Aussi, après avoir rêvé de réunions réduisant les blancs au silence, Audrey Pulvar, avec sa logorrhée douteuse sur les violences policières systémiques, n’hésite pas maintenant à cautionner ouvertement les délires de ceux qui portent la haine du flic en étendard. Glaçante démagogie sous le ciel d’Île-de-France !





