Les chevaliers de « l’Empire invisible » ont-ils infiltré le Brésil du président Jair Bolsonaro ? Depuis le 21 avril dernier, c’est la question que se posent certains médias locaux. Lors d’une manifestation pro-gouvernementale organisée dans un quartier de la périphérie de Porto Alegre, un homme cagoulé et habillé à la manière du Ku Klux Klan a pris publiquement la parole devant une petite assistance. La scène a été filmée et commentée sur les réseaux sociaux de ce pays profondément marqué par l’esclavage. Ce n’est pas la première fois que l’on évoque des liens supposés entre le dirigeant brésilien et ce mouvement raciste, antisémite, anticatholique et anticommuniste fondé au XIXème siècle dans le sud des États-Unis.
Homem vestido de Ku Klux Klan hoje em Porto Alegre falando que "vai acabar com o comunismo" e um boneco enforcado atrás. Esses são os homens de bem do bolsonarismo. Essa corja racista nojenta tem que acabar!!!!! pic.twitter.com/Jd6gV4jKwL
— O correr da vida quer coragem (@OOorrer) April 21, 2021
« Que sommes-nous venus faire ici aujourd’hui, mes amis ? ». Avant même d’obtenir la réponse de son auditoire, habillé de l’attirail complet du parfait petit klaniste, l’homme renchérit immédiatement : « Nous sommes venus pour mettre fin au communisme ! ». Les applaudissements ne sont pas à la hauteur de l’orateur qui insiste pour que les participants, certains drapés des couleurs nationales, fassent échos à ses propos. La vidéo, qui a été partagée sur les réseaux sociaux et vue des milliers de fois, a fait réagir les autorités locales qui ont lancé une enquête afin d’identifier ce mystérieux personnage. Pour le Mouvement unifié noir ou le collectif Vidas Negras Importam (« La vie des noirs compte »), la messe est dite : le KKK a infiltré le mouvement bolsonariste, jugé par ses détracteurs comme étant sensible aux thèses raciales propagées par cette organisation. Ayant eu pignon sur rue durant toute la première moitié du XXème siècle, les klans ont longtemps joué les « faiseurs de rois » de shérifs, de conseillers municipaux, de gouverneurs et mêmes de présidents aux États-Unis.
Lors des présidentielles de 2018, le soutien affiché de David Duke à Bolsonaro n’était pas passé inaperçu. « C’est un candidat très fort et c’est un nationaliste » avait expliqué cet ancien grand sorcier du Klan dans sa propre émission quotidienne. « C’est un descendant totalement européen. Il ressemble à n’importe quel homme blanc aux USA, au Portugal, en Espagne ou en Allemagne et en France. Et il parle du désastre démographique qui existe au Brésil et de l’énorme criminalité qui existe là-bas, par exemple dans les quartiers noirs de Rio de Janeiro » ajoutait-il, lui qui reste l’une des plus grandes figures de l’Alt Right, cette droite alternative américaine qui milite pour le suprémacisme blanc. Le président brésilien s’était désolidarisé de ces déclarations avec une certaine ironie : « Je rejette tout type de soutien venant de groupes suprémacistes mais je suggère que, par souci de cohérence, ils soutiennent mon adversaire le candidat du parti de gauche, qui cultive l’idée de ségrégation de la société ». Ce qui n’a pas empêché David Duke de qualifier le dirigeant « d’incroyable Bolsonaro qui se bat contre la dégradation de la famille et la déconstruction de l’hétéronormativité ».
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Membre du collectif Vidas Negras Importam, le sociologue Gilvandro Antunes s’est indigné d’une vidéo « révoltante non seulement parce que cet homme justifie le racisme, mais aussi parce que nous constatons qu’il porte aux vêtements du Ku Klux Klan et qu’il semble avoir reçu le soutien politique et idéologique des participants ».
La question raciale est un sujet sensible au Brésil, dans une société attachée au multiracialisme, et plus encore depuis l’élection de Jair Bolsonaro, accusé de minimiser le rôle et les effets de l’esclavage, aboli en 1889. La conseillère Reginete Bispo du Parti des travailleurs (PT) a rappelé que « le racisme était un crime indescriptible », et que la participation d’un supposé membre de cette « organisation suprémaciste macabre » était un « acte très grave ».
« Communistes, gays, juifs, musulmans, noirs, anti-fascistes, trafiquants de drogue, pédophiles anarchistes. Nous vous observons et nous vous traquons » peut-on y lire. De quoi nourrir tous les fantasmes.
Ce n’est pas la première fois que des rumeurs font état de la présence du Ku Klux Klan dans le pays des palmiers. À Niterói, des affiches similaires à celles placardées par le Klan aux États-Unis ont fait dernièrement leur apparition sur la place Caminho Niemeyer, signées par un mystérieux groupe appelé « Soldats et chevaliers des Klans unis d’Amérique du Nord et du Brésil ». « Communistes, gays, juifs, musulmans, noirs, anti-fascistes, trafiquants de drogue, pédophiles anarchistes. Nous vous observons et nous vous traquons » peut-on y lire. De quoi nourrir tous les fantasmes. Récemment, c’est la mascotte pro-vaccin « Zé Gotinha » qui a cristallisé les passions avec un costume stylisé mais ressemblant à celui d’un chevalier du Klan. La polémique est finalement retombée et a été tournée en dérision sur les réseaux sociaux avec l’acronyme brésilien équivalent de notre LOL : « KKK ».





