Présidente de la région Île-de-France, LR qui s’était désolidarisée du parti pour former son mouvement Libres !, Valérie Pécresse est de retour pour les régionales. Et pour séduire plus largement, elle n’a pas hésité à changer ses convictions et ses alliés d’autrefois.
En avril, Valérie Pécresse affirmait être, dans une interview au Figaro, une « femme de droite ». Parmi ses objectifs prioritaires, la sécurité qu’elle dit prendre « à bras-le-corps ». Habile stratégie auprès d’électeurs qui ont plus que jamais besoin d’être rassurés, alors que chaque jour survient un fait divers sordide, et que la police se fait attaquer. Ce 1er juin, toujours dans Le Figaro, elle s’est de nouveau présentée sous un jour très sécuritaire : recrutement d’agents dans les transports et dans les écoles, renforcement des effectifs de polices municipales, achat d’équipements en tout genre (drones, armes), création d’une agence régionale des travaux d’intérêt général, intelligence artificielle et reconnaissance faciale. Plus que jamais, Valérie Pécresse suit les mouvements (inquiets) de l’opinion pour ratisser largement à droite.
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Mais au-delà des mots et des postures, qu’en est-il dans les faits ? Les personnalités présentes sur sa liste sont loin de garantir à Valérie Pécresse l’image « de droite » qu’elle essaye de se donner. Thibaut de Montbrial, avocat spécialiste des questions sécuritaires, est l’unique fil qui relie sa liste aux valeurs de droite – et il est situé bien loin dans la liste. À l’opposé, Bruno Beschizza et Frédéric Péchenard occupent tous deux la première place, respectivement en Seine-Saint-Denis et à Paris. Et surtout, la liste a été débarrassée des vieilles alliances de droite pour s’ouvrir à des sensibilités politiques très diverses.
Un florilège de « sensibilités variées »
Si elle est en tête des sondages avec 32% d’après Ipsos/Sopra Steria pour Radio France, il semblerait qu’elle ait choisi de nouveaux petits camarades de jeu par rapport à 2015. La liste est soigneusement composée de « gens qui ne se réduisent pas à être de droite » d’après les mots de Frédéric Péchenard : Macron-compatible, LGBT et islamo-friendly, toutes les cases sont en effet cochées par Mme Pécresse.
Prenons le cas de Bruno Beschizza. Ancien officier de police, il avait mis en cause ses collègues lors de l’affaire Théo en 2017, au mépris de la présomption d’innocence. Belle façon pour lui de s’attirer les éloges de la presse bien-pensante. Maire d’Aulnay-Sous-Bois depuis 2014, il entretient des liens assez confus avec les islamistes locaux : rappelons qu’il a prêté en 2015 le gymnase municipal pour une soirée spéciale où plusieurs prédicateurs salafistes se sont exprimés, dont Nader Abou Anas et Mehdi Bouzi. Celui-ci étant qualifié d’adepte de discours « prodjihadistes » par la préfecture de Seine-Saint-Denis. « Ce n’est pas à moi d’être un censeur au niveau des idées », s’était défendu Bruno Beschizza. En 2017, il offre à l’Union des associations musulmanes de Seine-Saint-Denis la tête de Nadia Hamour, proche de Précresse qui avait qualifié la burqa de « symbole de l’oppression de la femme ». En 2018, il attribue un bail emphytéotique à une association musulmane sulfureuse qui veut créer une école privée musulmane hors contrat dans les locaux d’une ancienne école publique. Joli démonstration de résistance.
« Elle dit qu’il n’y aura pas de fusion avec LREM au deuxième tour, mais je pense qu’ils sont déjà dans la place »
Nicolas Tardy-Joubert (VIA)
En ce qui concerne les « minorités sexuelles », Pécresse s’est entourée de Catherine Michaud : en 10e position pour la capitale, ce n’est autre que la présidente de GayLib, le mouvement de droite qui milite « en faveur de l’égalité des droits LGBT », et patronne à Paris du Mouvement radical (ex-Parti radical), bien entendu progressiste et libertaire.
Il lui fallait aussi Yann Wehrling, issu du Modem et ancien secrétaire national des Verts. Il avait pris part à la Gay Pride en 2005, et avait été nommé personnellement par Emmanuel Macron en tant qu’ambassadeur délégué sur les questions environnementales en 2018. Fait également partie de sa liste Delphine Bürkli, la tout aussi politiquement indécise maire du IXe arrondissement de Paris qui avait signé une tribune de soutien au chef de l’État avec des élus de droite et du centre dans le JDD en 2019. Frédéric Valletoux, lui aussi présent sur la liste, avait signé la tribune. Rappelons que Valérie Pécresse affirmait sur LCI en mai : « Je n’aurai pas d’alliance avec LREM ». Qu’importe le sens des mots : au-delà des discours, la nouvelle orientation est indéniable.
La droite ? Trop has-been !
Mieux encore, Pécresse en a profité pour se débarrasser des vieux alliés encombrants. En 2015, Les Républicains, VIA-la voie du peuple (ex-Parti chrétien démocrate) et le Mouvement conservateur (ex-Sens commun) avaient signé une tribune dans Valeurs actuelles pour exprimer publiquement leur soutien à madame Pécresse. « Fondamentalement attachés au bien commun, à la famille, au dynamisme de notre région Île-de-France, à une société apaisée, au respect des droits de l’enfant, à l’attention des plus fragiles, nous avons fait le choix de nous engager aux côtés de Valérie Pécresse ». Elle avait effectivement bataillé dur pour réunir sur sa liste toute une série de candidats conservateurs. Citons Nicolas Tardy-Joubert (VIA), président de la Marche pour la vie et conseiller régional d’Île-de-France, ou encore Caroline Carmantrand, élue régionale et présidente de la Commission des familles. Après la victoire de la droite aux régionales, le vice-président du PCD Franck Margain (dans la liste également) se félicitait dans une tribune au HuffPost du rôle de son parti : « La victoire s’est jouée à 1%, 60 000 voix. Autrement dit, sans les voix des chrétiens-démocrates et de leurs proches, les partisans de La Manif pour tous, le PS aurait conservé le pouvoir ».
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Mais aujourd’hui, ni VIA, ni Sens commun n’ont été conviés à la fête, et tous le déplorent. C’est le cas de Caroline Carmantrand qui n’a pas souhaité nous répondre, mais qui a exprimé son regret sur Twitter : « Valérie Pécresse m’a informée que je ne figurerai pas sur la liste aux élections régionales (…). Les subtils, savants (et parfois incompréhensibles il faut le dire) jeux d’équilibre politiques en ont décidé ainsi. (…). Je regrette cette décision et ce qu’elle préfigure (…) Réduire de la sorte la présence des élus conservateurs dans la nouvelle équipe est un triste indicateur des positionnements politiques à venir ».
Même constat pour Nicolas Tardy-Joubert qui a répondu à L’Incorrect : « Ce que je vois, c’est qu’il n’y a plus du tout d’alliance avec le PCD. Nous avions proposé 18 candidats aux couleurs de VIA à Valérie Pécresse : aucun n’a été validé ». Et d’ajouter, sur le déport idéologique de la candidate : « Elle dit qu’il n’y aura pas de fusion avec LREM au deuxième tour, mais je pense qu’ils sont déjà dans la place ».
De droite à gauche, Pécresse hésite encore
Valérie Pécresse met un point d’honneur à déconstruire son image, qu’elle juge désuète. En 2019 déjà, elle publiait son livre Et c’est cela qui changea tout, sorte de profession de foi attestant pour le lecteur qu’elle n’est pas, qu’elle n’a jamais été conservatrice : « Je n’ai jamais mis de serre-tête de ma vie ! » Est-ce-ce ainsi qu’elle juge ceux qui l’ont soutenue et placée en tête de l’Île-de-France il y a six ans ? Depuis, « écologie », « féminisme », et « vivre-ensemble » sont devenus les slogans de l’époque. Valérie s’est empressée de les faire siens.
« Il y a un changement radical d’approche, je pense que Valérie Pécresse doit parier sur l’élection d’Emmanuel Macron aux présidentielles de 2022 et se positionner pour un poste Macron-compatible ».
Nicolas Tardy-Joubert (VIA)
Tout ceci n’est pas une surprise : elle a déjà, par le passé, témoigné de son aptitude à changer d’avis quand il le fallait. En 2012, elle s’opposait au mariage pour tous et, avec Nicolas Sarkozy, souhaitait « démarier » les couples homosexuels. Un an plus tard, elle affirmait finalement avoir « changé d’avis parce que tout simplement j’ai réfléchi ».
Cette fois, Valérie Pécresse a réfléchi en avance, et prépare même un coup d’après Nicolas Tardy-Joubert : « Il y a un changement radical d’approche, je pense que Valérie Pécresse doit parier sur l’élection d’Emmanuel Macron aux présidentielles de 2022 et se positionner pour un poste Macron-compatible ». Nous voilà bien prévenus.





