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Notre correspondant en Israël : « Même les plus optimistes, ne donnent aucune longévité à cette coalition »

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Publié le

4 juin 2021

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Une coalition historique vient de se former en Israël. Elle rassemble les « anti-bibi » : ceux qui veulent écarter Benjamin Netanyahu du pouvoir. Allant de l’extrême gauche à l’extrême droite, en passant par les pro-LGBT et les islamistes, sa réussite même en cas de victoire est plus qu’incertaine. C’est ce que nous explique notre correspondant sur place. Entretien.

Une coalition historique, allant de la gauche à l’extrême droite, vient de voir le jour en Israël pour renverser Benjamin Netanyahu. Ce coup politique est-il une surprise en Israël, et comment cette nouvelle a-t-elle été accueillie ? 

Cela faisait un moment que le camp des « anti-bibi » essayait de se coaliser. On savait que des efforts étaient faits de tous côtés pour tenter de réunir les 61 sièges nécessaires sur les 120 de la Knesset. La vraie surprise vient du retournement du candidat sioniste religieux Naftali Bennett qui, lui, avait signé un papier devant ses électeurs promettant de ne jamais rejoindre son ami Yaïr Lapid (leader du parti centriste Yesh Atid).  

Cette coalition est donc le résultat d’étroites négociations qui aboutissent à un système de rotation pour le Premier ministre, qui sera dans un premier temps Bennett puis Lapid. C’est ce qui a convaincu le leader de la Nouvelle Droite, ancien proche de Netanyahu, d’y prendre part. En prenant cette place, Bennett a trahi une grande partie de son électorat, ce qui risque de créer une grande instabilité.  

Justement, que pensez-vous de cette nouvelle coalition pour le moins hétéroclite ? Difficile d’imaginer qu’une telle coalition puisse enfin donner une stabilité gouvernementale à Israël. 

Comme vous l’avez vu, cette coalition va de l’extrême droite à l’extrême gauche, avec des religieux, des anti-religieux, des pro-LGBT, des anti-LGBT, un parti d’extrême-droite et un parti arabe. S’ils sont intelligents, ils s’accorderont sur certains dossiers consensuels : l’absence de budget depuis deux ans, la question de la délinquance et du danger dans le secteur arabe. Mais pour le reste, le désaccord est complet : du débat sur l’annexion de la Cisjordanie à l’influence du monde religieux sur la sphère civile (notamment sur le droit de la famille). 

Lire aussi : Israël : « Il est impossible d’affirmer que l’escalade ne va pas se poursuivre »

Cette coalition est également très fragile et menacée par divers éléments, comme la perspective d’une nouvelle guerre contre le Hamas. Le parti de Mansour Abbas (Raam), proche des frères musulmans, ne s’alignerait pas sur la politique israélienne qui va à l’encontre du groupe palestinien. Il serait alors d’office éjecté de la coalition et celle-ci ne serait plus majoritaire.  

Même les plus optimistes quant à une validation par la Knesset, ne lui donnent aucune longévité. 

Le parti arabe Raam peut-t-il néanmoins exercer une quelconque influence au sein de la coalition ? 

Raam dépend des Frères musulmans, c’est donc une organisation idéologique. Cependant, il a gagné en poids politique, faisant de la délinquance dans les villages arabes sont fonds de commerce. Certains villages arabes sont désertés par la police israélienne, les laissant en proie à la violence et la délinquance : des crimes d’honneur, des familles qui se transforment en mafia, des règlements de compte en plein jour, etc. Mansour Abbas exercera donc une influence au sein de la coalition en tant que président de la commission chargée de traiter ces dossiers, qui ne sont pas idéologiques, sans lien avec l’islamisme. De toutes façons, il a devant lui des partis qui prennent très au sérieux les questions religieuse et idéologique, face auxquels il ne fait absolument pas le poids.  

Qui est Naftali Bennett, à la tête de cette coalition ? 

C’est un homme d’affaires, il rentre en politique après avoir vendu sa première startup ce qui lui assure une assise financière pérenne. Il devient conseiller de Netanyahu, puis le parangon des colons juifs de Cisjordanie. Il a donc cette double casquette israélien-startup-nation et israélien-colon. En s’alliant à Yaïr Lapid qui, lui, a une casquette de centriste laïque, et à un parti arabe, il déçoit une grande partie de son électorat qui se sent trahi.  

Quid de Benjamin Netanyahu : pourquoi une pareille alliance contre sa personne ? Que va-t-il faire désormais ? 

Son avenir est incertain. Il a organisé des primaires internes express récemment ce qui montre qu’il souhaite rester à la tête du Likoud s’il n’est plus premier ministre. Il deviendrait chef de l‘opposition et s’évertuerait à torpiller méticuleusement le gouvernement issu de la nouvelle coalition. C’est une bête politique avant tout, il n’arrêtera pas.  

Un jour il est capable de déclarer que tous les arabes sont des terroristes et le lendemain de leur octroyer une place dans son gouvernement car il a besoin de leurs voix

Par ailleurs, il cherche depuis longtemps à faire voter une loi qui lui garantirait une certaine immunité parlementaire. Mais cette loi ne plaît pas à tout le monde et requiert une coalition très forte, d’au moins 70% des voix. Ce qu’il ne peut garantir. Netanyahu n’a réussi à former aucune des quatre dernières coalitions. Même s’il ne le montre pas, il est sur la phase descendante. De plus en cas de victoire des « anti-bibi », il serait jugé pour les litiges dans lesquels il est impliqué.  

Quel bilan tirer des douze années sans interruption de Benjamin Netanyahu à la tête du gouvernement ? 

En termes positifs, l’économie israélienne, même si le déficit s’est accentué avec le covid, Israël vient de rentrer dans le classement des vingt pays les plus riches en PIB par habitant. La gestion des dossiers sécuritaires avec l’Iran peut aussi être mentionnée. Il a réussi à faire de l’Iran une vraie question internationale. Il a fait en sorte que Trump sorte du traité sur le nucléaire iranien, même si cela n’a pas empêché l’Iran de continuer à enrichir son uranium.  

Pour ce qui est des aspects négatifs, il a complètement polarisé et personnalisé la politique israélienne. Par exemple, si Netanyahu n’était pas là, la majorité de l’assemblée serait à droite. Il a la réputation d’être un monstre politique, qui est capable de tout, qui ne tient pas ses promesses, qui trahit ses amis. Un jour il est capable de déclarer que tous les arabes sont des terroristes et le lendemain de leur octroyer une place dans son gouvernement car il a besoin de leurs voix. Il est prêt à toutes les compromissions pour se maintenir au pouvoir. Cette stratégie a fini par se retourner contre lui, puisque la nouvelle coalition de Bennett et Lapid n’aurait pu se faire sans le soutien du parti arabe. De même, il a perdu Naftali Bennett, ancien jeune loup du Likoud, qui le connaît trop bien pour lui accorder à nouveau sa confiance. 

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