Skip to content

Le gifleur Damien T, chevalier Gilet jaune

Par

Publié le

11 juin 2021

Partage

Damien Tarel, mieux connu sous le doux sobriquet du « gifleur », est passé en comparution immédiate ce jeudi 10 juin. Détenu depuis trois jours, il s’était illustré à Tain-l’Hermitage en giflant le président Emmanuel Macron.
damien

Le jugement qui a eu lieu au palais de justice de Valence était l’occasion d’en apprendre davantage sur ce curieux personnage masqué – Covid oblige – de 28 ans, aux cheveux longs et au t-shirt kaki, sans antécédent et dont la prestation a fait le tour du monde. Féru d’histoire médiévale, Damien T., chômeur de son état, a tout le temps de se consacrer à sa passion au sein de l’association « des chevaliers de la table carrée » qu’il a créée. Il fréquente aussi l’association des « arts martiaux historiques européens », qui donnent à cet incompris la possibilité de se mettre dans la peau de ses personnages favoris, inspirés des récits de Chrétien de Troyes et des aventures du roi Arthur, en participant à des jeux de rôle thématique.

L’accusé revient brièvement sur son parcours scolaire et détaille les difficultés qui l’empêcheront de poursuivre dans le supérieur. Dyslexique et dysorthographique, il est rapidement diagnostiqué à « haut potentiel intellectuel ». En privé, il doit encaisser le décès de son père, abandonne ses études en thanatopraxie, puis enchaîne les intérims jusqu’à il y a deux ans où il décide de tout arrêter pour s’adonner entièrement à sa passion. Fasciné par l’histoire de France et celle du Moyen Âge en particulier, Damien est très attaché aux valeurs défendues par les chevaliers, qu’il admire et imite fréquemment lors de ses représentations amatrices.

Mi-chevalier mi-gilet-jaune, le jeune homme avoue avoir agi sans réfléchir, comme provoqué par la venue du président vers lui

La question de ses orientations politiques a fait débat. La gauche accuse l’extrême-droite en invoquant les paroles prononcées au moment du passage à l’acte : « Montjoie Saint-Denis ! », paroles interprétées comme symbole d’allégeance au Roy. Finalement, quand bien même l’homme penche à droite, le cri de ralliement n’aurait pour écho que son inconditionnel attachement à une époque révolue. Fier de cet héritage historique et des valeurs qu’il défend, Damien Tarel se définit avant tout comme patriote et fait le lien entre son geste et le mouvement des Gilets jaunes, par qui il s’est par ailleurs « senti investi ». Un acte symbolique donc, pensé comme réponse au gouvernement, alors que le mouvement a été « repoussé violemment par Emmanuel Macron et son ministre de l’époque ».

Mi-chevalier mi-gilet-jaune, le jeune homme avoue avoir agi sans réfléchir, comme provoqué par la venue du président vers lui : « C’est la surprise de le voir arriver vers moi. Je suis plutôt jeune, c’est la cible de sa campagne. Ça m’a surpris, qu’il vienne directement sur moi, quand j’ai vu son regard sympathique et menteur, qui voulait faire de moi un potentiel électeur, j’ai été rempli de dégoût […] J’aurais eu du mal à rentrer chez moi la tête haute même disant : “J’ai serré la main d’Emmanuel Macron”, un président qui incarne la déchéance de ce pays ». L’homme a suivi son intuition, mais confirme à la juge ne pas être un impulsif, avant d’ajouter que « la réflexion est un processus lent ». La raison n’a pas su freiner le mouvement profond.

Lire aussi : Une gifle pour les gouverner tous

Damien se revendique des valeurs de la chevalerie : « En tant que chevalier, on abhorre le mensonge, et je n’ai vu que du mensonge dans sa campagne ». Un assesseur l’interroge sur le statut qu’il aurait probablement eu à l’époque : « Vous vous mettez sur un piédestal, vous critiquez la démocratie, mais à l’époque des chevaliers, vous auriez été un manant, un serf, sans doute un vilain ». Pas désappointé et bien droit dans ses guenilles, Damien ne se laisse pas atteindre : « La chevalerie est une voie, qui se suit, pas un titre ». Sûr de lui, il avance même : « Je doute que si j’avais convoqué Emmanuel Macron à un duel au lever du soleil, il aurait répondu ».

Certains éléments ont tout de même retenu l’attention du public, comme le fait que le jeune homme ait offert un exemplaire de Mein Kampf à son ami, ou bien qu’il ait fait circuler, « pour rire » précise-t-il, une photo de lui imitant Hitler. Après avoir fait quelques recherches sur les chambres à gaz sur des sites illégaux, il affirme ne pas être révisionniste, mais revendique « le droit de se poser des questions » et paraît surpris lorsque la juge lui demande de s’expliquer davantage : « Pardon, je ne suis pas sûr de comprendre. Vous suggérez que je suis un nazi ? ». Profil typique de l’individu qui, désappointé par la vie politique et opposé à la marche du temps, ramasse un peu tout ce qu’il trouve sur les internets, pour le meilleur et pour le pire.

Damien Tadel a été condamné à 18 mois d’emprisonnement dont 14 avec sursis. Il a été emmené au poste immédiatement après le procès.

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest