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La présidente du Collectif Némésis agressée dans le métro

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Publié le

14 juin 2021

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Le dimanche 13 juin, Alice Cordier, présidente du Collectif féministe Némésis, a été agressée verbalement et filmée par un homme dans le métro. La jeune femme revient sur les conséquences du militantisme sur son quotidien.
ALICECORDIER

Dimanche 13 juin, vous avez été victime d’une agression verbale dans le métro. Que s’est-il passé ?

Il était 20h et je faisais un changement à La Motte Picquet Grenelle pour rentrer chez moi. Écoutant un entretien de Sonia Mabrouk, j’étais très concentrée mais j’ai quand même remarqué qu’un homme s’excitait à côté de moi. Au début, je pensais qu’il faisait la manche mais en fait il m’a suivie pendant dix minutes. Une fois dans l’escalator, il s’est mis devant moi, a activé le mode selfie sur son smartphone et disait : « Regardez c’est Alice de Némésis, c’est la honte ». Il m’insultait et clamait que je devais avoir honte. Après avoir retiré mes écouteurs, je lui ai dit plusieurs fois d’arrêter et que je porterais plainte s’il continuait. Voyant la sécurité RATP qui se tenait en haut des escalators, cet homme a fui très rapidement.

Selon vous, son but était-il de diffuser la vidéo sur les réseaux sociaux ?

Oui. En revanche, je ne sais pas s’il a actionné le mode « live ». Je n’ai pas trouvé la vidéo et personne ne me l’a envoyée. Normalement, quand ces gens-là veulent narguer leur victime, ils envoient les vidéos. En tout cas, sa motivation était bien de m’intimider et de m’insulter pendant cinq bonnes minutes.

Quel est le profil de cet agresseur ?

C’était un homme d’origine africaine, tout petit, avec des dreadlocks. Au début, jusqu’à ce qu’il sorte son smartphone, je pensais que c’était un sans-abri. C’était un homme insolent mais pas si courageux car il a fui dès qu’il a vu la sécurité.

Je veux aller jusqu’au bout et montrer que même si le militantisme a des conséquences négatives sur le quotidien, il ne faut pas se taire 

Comptez-vous porter plainte ?  

Je ne sais pas encore. Je n’ai pas eu l’occasion de filmer et je n’ai pas vu la vidéo circuler sur les réseaux sociaux. J’espère que la RATP pourra récupérer les images de la caméra mais je suis réaliste : comme je n’ai pas son identité, ce sera une plainte sans suite. Plusieurs personnes, en entendant mes cris, ont dit qu’elles pouvaient témoigner s’il y avait besoin.

Vous gagnez en visibilité. Craignez-vous que ce genre de situation se reproduise ?

Oui forcément. J’ai dû déménager à cause du nombre de menaces que je recevais. Cela fait partie de mon quotidien. C’est difficile à vivre car quelqu’un peut me suivre sans que je m’en rende compte. Des gens plus perfides que l’agresseur d’hier soir peuvent savoir où j’habite et s’en prendre à mes proches. Ce type de situation arrivant souvent, j’hésite à passer un permis scooter pour ne plus avoir à prendre les transports.

Lire aussi : Némésis : Femmes des années 2020

Depuis quand vous sentez-vous en insécurité ?

Il y a vraiment eu un avant/après le passage sur TPMP avec Brelux. Sa communauté est puissante et violente à mon encontre. J’ai reçu 5 000 menaces de mort et de viol sur les réseaux sociaux, principalement sur Instagram. Ce ne sont pas tant les menaces de mort qui m’effraient, mais la quantité de ces messages.

Les conséquences de votre expédition médiatique pour votre sécurité vous poussent-elles à questionner votre engagement militant ?

Je veux aller jusqu’au bout et montrer que même si le militantisme a des conséquences négatives sur le quotidien, il ne faut pas se taire ! Plus on aura des figures qui assument, plus nos idées et nos combats se démocratiseront. On le voit aussi avec l’affaire Mila qui est d’une violence inouïe : j’espère que l’issue ne sera pas dramatique. Il ne faut pas baisser les bras et continuer à dénoncer les problèmes récurrents avec certaines communautés qui d’ailleurs n’acceptent pas la critique. Il paraît qu’on est censé cohabiter ensemble ; ce serait bien que certaines communautés appliquent les mêmes règles et aient une approche civilisée des relations hommes-femmes.

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