L’idée de l’étude serait d’inciter les Français à prendre conscience des dommages de l’alcool par un renforcement de la loi Evin, une campagne publicitaire et une éducation à la santé du grand public. Pensez-vous que les Français puissent réellement intégrer ces mesures comme ce fut le cas du tabac ?
On ne peut pas du tout comparer l’alcool au tabac pour la simple et bonne raison que ce n’est pas le même mode de consommation. On ne fume pas une cigarette de la même façon qu’on boit un verre de vin. Ne pas boire plus de deux verres de vin par jour est le discours tenu par les élus de la vigne et du vin. Tout ceux avec qui j’ai discuté depuis que le rapport est sorti sont d’accord pour dire qu’il ne s’agit pas de la même chose : le plaisir, le partage ne sont pas les mêmes, ni le rapport à la culture, à la tradition, à l’histoire. Les Français y sont donc très attachés et je connais beaucoup de gens qui n’étant pas des consommateurs de vin considèrent tout de même que c’est l’image de la France.
Ces incitations ne feraient-elles pas réellement diminuer la consommation d’alcool, selon vous ?
Une diminution de la qualité certainement, mais pas de la quantité. Il faut imaginer les trafics illégaux parallèles qui se mettront en place, si l’on pousse l’idée jusqu’au bout. Pensons à la prohibition des années 20 aux États-Unis. Hormis pour Al Capone et autres gangsters qui ont mis en place des trafics illicites, ça n’a eu aucun effet bénéfique. Les personnes les plus aisées, elles, continuaient à boire du champagne, du bordeaux, du bourgogne et du vin de qualité alors que les populations les plus simples s’enivraient au vin frelaté, sans en limiter la quantité. Pour en revenir au tabac, les professionnels de santé ne cessent de dire que sa consommation a baissé en France, ce qui est relativement vrai mais ils se fondent sur la consommation de tabac acheté dans les réseaux traditionnels. Ils occultent totalement le tabac de contrebande et celui acheté dans les pays frontaliers. Il va se passer exactement la même chose si l’on augmente les taxes sur les produits alcoolisés.
Ce serait naïf de penser que les Français vont boire moins. Cette mise en place d’augmentation des prix du marché va avoir énormément d’effets pervers
En résumé, cela va créer une rupture entre les gens de classe élevée et les modestes. Les foyers les plus élevés vont continuer à consommer les vins de leurs choix alors que les autres devront revoir leur consommation à la baisse. Ce serait naïf de penser que les Français vont boire moins. Cette mise en place d’augmentation des prix du marché va avoir énormément d’effets pervers.
Cela signerait-il la mort économique de tous les acteurs de la production et de la vente d’alcool ?
La hausse du prix sera inévitable. Tout cela n’est qu’une façon déguisée de dire que le prix de vente de l’alcool va augmenter. Je rappelle qu’en France, après l’aéronautique, le vin est le deuxième créateur de richesse au niveau commercial, car il y a aussi l’aspect touristique à prendre en compte. L’œnotourisme en France représente plusieurs millions de chiffres d’affaire. En France, le vin c’est quasiment six cent mille emplois, et je ne parle même pas des emplois indirects. Que va-t-il se passer ? Cette filière, déjà fragilisée par la crise sanitaire qui a engendré un effondrement des ventes de vin, va être mise en péril à nouveau.
Un autre effet pervers à long terme est la conséquence sur les bars et restaurants. J’en parlais avec un responsable national qui me disait que les Français, pendant ces sept mois, ont pris l’habitude de commander sur internet : l’une des seules choses qui incite encore les Français à venir consommer au restaurant, c’est la composition des vins et des accords nez et vin. Si l’on augmente le prix des vins ce sera encore une raison de ne pas aller au restaurant. Ça se fera une fois de plus en dépit de la qualité, car qui de mieux qu’un caviste, qu’un sommelier ou qu’un professionnel pour recommander le vin ?
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Il y a déjà depuis quelques années des produits de substitution comme les cocktails/bières sans alcool qui se vendent de plus en plus, sans parler du « dry January » importé du Royaume-Uni. Qu’en pensez-vous ?
Aujourd’hui les Français sont à 1,6 verre de vin par jour : les Français n’ont jamais aussi peu bu d’alcool depuis les 40 dernières années et cela n’a de cesse de continuer à baisser. Le « dry January » peut être un bon pari pour se tester, voir où on en est avec sa consommation personnelle d’alcool. C’est une bonne idée à partir du moment où cela reste facultatif dans le sens où nous sommes dans un pays où les libertés individuelles sont quand même respectées. Donc imposer à quelqu’un de ne pas boire, de ne pas manger de viande ou de légumes est absurde. Nous sommes encore maître de nos propres corps et pouvons en disposer comme nous l’entendons. On veut tendre vers le progressisme mais on brime et limite les libertés individuelles. Il vaut mieux tenir le discours suivant qui est celui des élus de la vigne et du vin : buvons moins, mais mieux. Je ne remets absolument pas en cause la sincérité du travail des chercheurs de l’Inserm qui sont des gens sérieux et sont des professionnels de santé, mais on ne prend pas assez en compte cet aspect factuel et le pire de tout est que ce rapport s’est fait sans la concertation de la filière viticole.





