Inventeur du concept de « catastrophisme éclairé », convoqué à tort selon lui à l’occasion de cette épidémie, Jean-Pierre Dupuy tient ici le journal de bord des neuf premiers mois d’une crise dont l’issue à cette heure semble encore incertaine. Sorte de pamphlet retourné, puisque la colère palpable de Dupuy prend appui sur la raison et se refuse à toute forme d’insulte – en quoi elle s’avère plus dévastatrice que les récriminations d’enfants gâtés habituelles de ceux auxquels Dupuy donne, tour à tour, une leçon de mathématique, une leçon de philosophie, et une leçon de politique, les renvoyant implacablement à leur incompréhension dramatique du Bien commun, montrant aussi comment ils radotent leurs syllogismes pervers à contretemps et en roue libre dans la plus parfaite ignorance des réalités scientifiques ou même des bases élémentaires de la logique.
Plus profondément, Dupuy pose la question essentielle de la morale et de la vie politique, rejoignant par là le constat girardien d’une théorie du bouc-émissaire nous condamnant à régresser dans la barbarie
En cela, Dupuy se livre à un véritable jeu de massacre et son ouvrage, non exempt cependant de quelques rares touches de mauvaise foi, doit être lu comme une machine à détruire les sophismes imposés par nombre d’intellectuels, tels que l’inénarrable Comte- Sponville, ou encore de médecins malhonnêtes qui par stratégie, ou pris d’une terreur inconsciente devant le surgissement d’un événement, ont empoisonné la réflexion plutôt que de l’élever.
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Plus profondément, Dupuy pose la question essentielle de la morale et de la vie politique, rejoignant par là le constat girardien d’une théorie du bouc-émissaire nous condamnant à régresser dans la barbarie, cette barbarie qui exclut l’intelligence, le raffinement des raisonnements compliqués et qui nous laisse absolument désarmés devant un avenir sombre que nous demeurons incapables de voir, sacrifiant aux mânes des faux dieux plutôt que d’apprendre à nous servir d’un télescope – comme l’ont fait et le feront toujours les vrais chrétiens. La leçon que nous enseigne Dupuy, qui nous renvoie cette fois-ci au « catastrophisme éclairé », leçon pascalienne s’il en est, c’est que tous ceux qui auront prétendu ne pas céder à l’esprit du temps, l’auront précipité, qu’ils s’en seront fait les propagateurs les plus acharnés parce que les plus dupes. « Même pas peur de la mort », disent-ils ! Eh bien, ils devraient…

Seuil, 264 p., 20 €





