Pouvez-vous nous expliquer l’objectif de cette lettre ouverte ?
En tant que militants, adhérents et élus Les Républicains, notre objectif était de réagir au fait que Renaud Muselier ait voulu prendre sur sa liste des membres d’En Marche en région PACA, et qu’il n’y ait eu aucune réaction de la part de Christian Jacob. Au sein de la Commission nationale d’investiture LR, seules cinq personnes ont voté contre son investiture ! En plus de la PACA, nous nous sommes rendu compte qu’il y a beaucoup d’endroits où la stratégie est semblable, et menée consciemment par notre parti qui nomme çà et là des personnes En Marche.
D’une certaine manière, la stratégie semble être de transformer LR en Agir, et donc d’aider Emmanuel Macron
Nous avons donc cette impression que l’enracinement politique à droite n’est pas représenté au sein de LR, ce qui nous mettra demain dans une position extrêmement délicate si nous voulons défendre nos positions et créer une réelle alternance à Emmanuel Macron. D’une certaine manière, la stratégie semble être de transformer LR en Agir, et donc d’aider Emmanuel Macron. De fait, à la suite de cette lettre, nous avons découvert beaucoup d’endroits où il y a eu des investitures de candidat Agir, notamment dans le département de Christian Jacob. C’est là où il y a une différence entre d’un côté les cadres, qui cherchent à renouveler leurs mandats, et nous les élus locaux, les responsables de fédérations ou les conseillers nationaux, qui sommes engagés en politiques contre la gauche.
Vous dénoncez des alliances contre nature pour les régionales. Comment jugez-vous la stratégie et le comportement des uns et des autres au sein du parti ?
Nous trouvons cela déplorable, d’autant plus que ce n’est pas complètement assumé. Nous avons encore eu, hier, un post de LR qui incite à voter LREM pour éviter la faillite de la France. Il y a réellement tromperie sur la marchandise : on ne peut pas faire croire aux gens qu’ils votent à droite alors qu’ils vont voter pour Macron. Nous souhaitons donc lancer un avertissement public : si l’on persiste ainsi, nous risquons d’avaliser sa stratégie de recomposition. Notre mouvement politique n’en a pas pris conscience, et c’est dramatique : nous avons l’impression qu’on ne se rend pas compte qu’Emmanuel Macron est de gauche ! Nous considérons que ce serait la même chose de mettre des gens du PS sur nos listes que des gens LREM. Il n’y a qu’à voir la politique migratoire actuelle, mais aussi le niveau des dépenses publiques, l’école ou la politique familiale : Emmanuel Macron n’a pas changé la politique de François Hollande.
Le problème des LR n’est-il pas ses divisions internes, et surtout son refus d’outrepasser le « cordon sanitaire » pour travailler à une union des droites, notamment avec le RN ?
Si l’on reste accroché à l’idée de cordon sanitaire, nous avons déjà perdu la bataille intellectuelle. La question est : qu’est-ce que l’on veut pour le pays ? Je pense que malheureusement, la droite n’a pas encore fait l’inventaire de Nicolas Sarkozy. S’il n’était pas pris dans ses procès, beaucoup souhaiteraient encore qu’il revienne. J’ai été sarkozyste, et il faut reconnaître ce qu’il a fait, comme pour la réforme des retraites par exemple. Mais tant que nous ne nous demandons pas pourquoi la droite a perdu, nous raisonnerons avec le logiciel de la gauche.
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Il faut en premier lieu se mettre d’accord sur un vrai programme, avec une ligne et des actes clairs. Nous sommes LR et considérons qu’il y a une voie pour re-muscler le parti et apporter des propositions cohérentes, sans forcément rejoindre le RN. Mais nous ne voulons pas non plus que l’on nous pense comme partisans d’alliances avec le RN, ce que nous n’avons pas souhaité. Il y a donc deux schémas possibles : soit laisser faire Emmanuel Macron, créant ainsi une sorte de bloc central du centre-gauche ; soit reconstituer un clivage droite-gauche. Il faut retrouver notre identité politique, et reformer une force politique importante. C’est à nous de peser dès le premier tour, et de voir ensuite à l’entre-deux-tours comment les choses se passent. Les partisans LR attendent avant tout une alternance pour la France, et la lettre a d’ailleurs suscité beaucoup de réactions positives : beaucoup de personnes nous ont appelé, et en trois semaines nous avons obtenu près de 5000 signataires.
Vous dites qu’un « soutien à Emmanuel Macron n’est pas une option pour 2022 » alors même que la tentation existe chez certains au sein du parti. Sur quel point de sa politique la droite doit-elle proposer un projet alternatif ?
Sur tous les points. Je pense que la droite a oublié d’être la représentante de la liberté individuelle et de défendre les Français contre les dérives d’un État bureaucratique et autoritaire. Avec Sarkozy, beaucoup de gens se sont détournés de la droite institutionnelle, mais le problème s’est aggravé avec Hollande, puis Macron. La droite doit donc se préoccuper de la question migratoire, avoir pour réelle ambition de réformer l’État et baisser le pourcentage de la dépense publique, ce qui pourrait passer par les 35 heures et la fin de la culture de l’assistanat. Il faut aussi aborder l’école et la politique familiale. Et puis bien sûr, il y a la sécurité, et tous les sujets bioéthiques et de mœurs. Les Français attendent de la cohérence.





