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Pourquoi les gentils sont-ils de gauche ?

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Publié le

24 juin 2021

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La banalisation grandissante des idées de droite effraie la gauche, sur le point de perdre son monopole de la gentillesse. Reste à voir si cet élargissement du débat d’opinion paiera politiquement. Article tiré de l’Incotidien.
LIBÉ

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Il est permis de douter. Il est permis de s’interroger sur son engagement, sur sa foi, sur la nature même du combat que l’on mène, à son humble niveau. Sommes-nous du bon côté ? Avons-nous choisi le bon camp ? L’opinion a été tellement hystérisée et silotée par les réseaux qu’il ne reste plus beaucoup de place pour les atermoiements, pour les probités du doute. La rumeur du monde est devenue bloc, il suffit de tendre l’oreille pour s’en assurer : maintenant que chaque citoyen est devenu producteur d’information, de signifiant, il n’y a plus que de l’opinion, la moindre information est déjà chargée en particules, en gravité conscientisée, en gauche ou en droite. C’est pourquoi la scénarisation officielle du politique entend désormais monter du doigt la « droitisation » de certains médias, le monopole glissant de CNews et la prochaine acquisition d’Europe 1 par Bolloré. C’est tout le train-train des fantasmes habituels du gauchiste qui se remet en branle : face aux bruits de bottes, on résiste. Les chroniqueurs et les humoristes lèvent le poing et serrent les fesses bravement. Libération et son générateur de unes grotesques évoque « la bande FN » et croit déceler dans ce vent qui tourne les courants annonciateurs de la peste brune. Quel sera notre Reichstag ?

En fait, la gauche est tout simplement surprise de ne plus avoir le monopole sur la presse, sur les idées. De n’être plus la seule à mettre des pièces quotidiennement dans la machine idéologique. De n’être plus forcément désignée comme le camp du bien. Peut-être même qu’elle commence à douter elle-aussi, c’est tout ce que nous lui souhaitons. Est-ce que les chroniqueurs de Yann Barthès ne sont pas eux-mêmes assaillis par la honte lorsqu’il doivent déployer chaque soir leur catalogue de clichés progressistes et creux ?  Oui, les générations se sont succédé, oui, évacuant lentement les scories mythologiques du socialisme. Mitterrand pour beaucoup n’est plus qu’une momie maléfique qu’il convient de laisser pourrir à l’ombre de l’histoire. Le sang de la France s’est régénéré, on est sorti de la sidération progressiste. Suprême offense pour les gauchistes et les tenants du bon goût, on ose même « se dire fier d’être réactionnaire ». Le plafond de verre va-t-il se briser ? En fait, pour la première fois depuis longtemps, les bien-pensants ont peur d’être démasqués. La Covid a fait tomber pas mal de masques, les collabos ont été surpris la main dans le sac, les langues se sont déliées.

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Accélérateur de particules, accélérateur de temps, la crise sanitaire a peut-être eu le mérite de faire tomber les dernières poches d’auto-censure. La gauche n’a plus le monopole du bien. Ses dérives totalitaires, soviétiques, son progressisme hystérique, sa solubilité totale et quasi-assumée dans les outrances délétère du néo-capital, son déni du réel ne font plus recette. Le monde est peut-être enfin prêt à croire que les gentils ne sont pas de gauche. Que les gentils ne sont pas ces transsexuels à piercings qui vocifèrent dans les marches des fiertés, ni ces défenseurs des droits de l’homme qui collectionnent les toquantes de luxe, ni ces chanteurs de variété à voix de chèvre qui osent faire rimer « beauté » avec « diversité ». La scénarisation du politique a été trop loin, le curseur s’est tellement déplacé à gauche que la machine s’est détraquée. Alors on peut se réjouir effectivement que la pensée réactionnaire se soit enfin désinhibée, que les jeunes ne soient plus unanimement voués aux valeurs arc-en ciel quotidiennement vomies par les institutions captieuses de la Vème République. 

Mais attention : ne pas oublier qu’au-delà des sujets clivants, de cet évènementiel des idéologies qui s’est substitué au temps politique pour occuper nos petits théâtres d’opinion, il y a toujours ces vieux leviers à actionner, il y a toujours la machine étatique, lointaine, souterraine, qui veille au grain. Éric Zemmour et Pascal Praud ont leur petit café du commerce quotidien, ils font le buzz, ils contribuent à donner un certain tempo à l’actualité et à son commentaire permanent. Très bien. Mais pour qui parlent-ils ? La libération des opinions de droite peut-elle vraiment servir une droite authentique et radicale, ou au contraire lui voler son temps de parole, la paralyser en la surjouant quotidiennement dans des talk-shows froufrouteux ? Qui, au bout du compte, profitera de cet élargissement du débat d’opinion, alors que la vie démocratique, elle, est en train de se réduire drastiquement ? La République bananière de Macronie risque bien de s’imposer encore l’année prochaine, de consolider son pouvoir sur ce clivage soigneusement mis en scène à travers les médias dominants.

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