Bien avant l’Angleterre, Philippe II fut le monarque d’un empire mondial. Il domine l’Amérique espagnole, depuis que Cortès a débarqué au Mexique. Il ouvre l’Asie à la conquête avec la prise de Manille en 1571. Sur le continent, il règne sur les différents royaumes et principautés d’Espagne (Aragon, Castille), les Pays-Bas et une partie de l’Italie. Cet ensemble disparate est sous la menace des Ottomans en Méditerranée. Soliman le magnifique veut s’emparer de Malte et les pirates algériens mènent des razzias dans le sud de l’Espagne. La victoire de Lépante met un frein à l’expansion ottomane. À l’intérieur, Philippe II doit affronter le schisme religieux. Le protestantisme a cessé d’être une bizarrerie allemande et se répand aux Pays-Bas, en Flandres et même en Espagne. Le Duc d’Albe (barbe en pointe, regard de vipère) se charge de la rééducation des huguenots : les iconoclastes sont décapités, les hérétiques brûlés. Philippe II est un catholique en treillis de combat. Quelque peu énervé par les Sarrasins, il force les Arabes ibériques (appelés morisques) à s’intégrer. Parler arabe est désormais interdit, les prénoms devront être choisis dans le calendrier chrétien. Du Zemmour avant Zemmour !
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Dans les années 1580 débute le crépuscule. Philippe va se confronter à l’Angleterre qui depuis le sacre d’Elisabeth Ière affiche une vocation maritime aux dépens de l’Espagne. Les pirates anglais perturbent le commerce entre l’Espagne et les Pays-Bas et révèlent la faiblesse de l’Empire, si vaste qu’il paraît indéfendable. En 1588, la terrible déroute de l’« invincible Armada » met un terme au Siècle d’or. Désormais, le redoutable chevalier hispanique fait rigoler toute l’Europe. L’auteur de cette biographie, Francis Dupau, n’est pas universitaire et c’est heureux : avocat de profession, il dresse un portrait vivant de Philippe II sans assommer le lecteur de références inutiles. Le monde de Philippe II était simple : il y avait le vrai et le faux, le catholicisme et l’islam, la force et la soumission. On y pratiquait l’amalgame sans souci, c’était l’Espagne d’après la Reconquista, pas celle d’après la Movida.

Perrin, 480 p., 25 €





