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Brejnev, le dictateur aimable

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Publié le

29 mars 2021

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Dans son Brejnev, l’Antihéros, André Kozovoï nous brosse le portrait de « l’homme aux sourcils broussailleux » qui n’a que peu inspiré les historiens malgré une vie trépidante.
Brejnev

« Comment peut-il y avoir de culte de la personnalité sans personnalité ? » est une boutade qui circulait à Moscou après l’accession de Brejnev en octobre 1964 au pouvoir suprême. En dépit de ses 18 ans au pouvoir, le Gensek (Premier secrétaire) a peu inspiré les historiens : trop séducteur, trop consensuel, trop absent. Or c’est cette carrure d’antihéros, nous dit son biographe Andrei Kozovoï, qui explique sa longévité. Brejnev commence sa carrière d’apparatchik stalinien dans les années trente. Il participe à la Seconde Guerre mondiale comme officier politique.

Pas de quoi casser trois pattes à un canard. L’envolée arrive dans les années cinquante : nommé responsable du projet spatial soviétique, Brejnev est l’un des hommes de confiance de Khrouchtchev. Leonid est habile, il sait désamorcer les conflits et endure en stoïcien les colères de son patron. Humilié par Nikita qui le traite de « chef des imbéciles », il finit par organiser la destitution du vieux leader. La crise alimentaire qui sévit alors en URSS est le coup de boutoir qui envoie Khrouchtchev à la retraite. Parmi les conspirateurs, Brejnev est le plus fade, il inspire donc confiance. Flanqué de Kossyguine qui devient chef du gouvernement, Brejnev utilise la scène internationale pour se dégager de cette direction collégiale.

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La première période est flamboyante (jusqu’en 1974) : Brejnev promet à son peuple paix et prospérité. Pour cela, il doit aplanir les tensions avec l’Amérique. Il réalise la détente avec Nixon, divise les Occidentaux en se rapprochant de l’Allemagne et de la France. Mais l’affaire du Watergate change la donne et Brejnev perd progressivement ses appuis à l’Ouest (Willy Brandt, Pompidou). La catastrophique opération « Tempête 333 » (invasion de L’Afghanistan) confirme l’isolement de l’URSS. Il ne reste au Kremlin que sa silhouette fantomatique qui se traîne dans le parfum de corruption des fins de régime.

Pour couvrir son déficit budgétaire, la Russie vend 30 millions de tonnes d’or. Le supplice n’en finit plus. Le 10 novembre 1982 est une délivrance, Brejnev s’éteint dans son sommeil. C’est le début de la curée dans la famille : pour Andropov, il est urgent de tuer le père. Andreï Kozovoï dresse un portrait sans concession de l’apparatchik aux gros sourcils : incapable de réformer son pays car incapable de se confronter aux épreuves, Brejnev fut l’incarnation du déclin russe. Un apparatchik semblable à ceux qui nous gouvernent aujourd’hui…

Brejnev, l’antihéros d’Andreï Kozovoï
Perrin, 400 p., 24€

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