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Partout, les saints : Sainte Rafqa

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Publié le

31 août 2021

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Sainte Rafqa porte le prénom de sa mère, celle qui l’a élevée et qui lui a transmis l’amour de Dieu. Mais celle qui l’accompagne toute sa vie est sa Mère céleste, la Sainte Vierge. Elle l’a rejointe dans la Grâce, après avoir dédié sa vie à supporter un peu les blessures de son divin fils.
Rafqa

Boutrossieh naît en juin 1832, dans une modeste famille libanaise. Son prénom aux consonances exotiques se traduit simplement par « Pierrette » dans la langue de Molière. Famille modeste, nous disions donc, mais très pieuse. Sa maman, Rafqa, l’emmène devant un petit autel de fortune prier sa Mère Céleste dès que la jeune fille ouvre les yeux le matin. Mieux que la routine Chocapics + yaourt.

Sa pieuse maman part un peu trop vite au ciel. La petite Boutrossieh se retrouve à devoir tenir une maison et un père éploré. Comme à peu près tous les mardis au Liban, c’est la guerre pour une raison rigoureusement incompréhensible. Le budget de la maison se réduit comme peau de chagrin, et après avoir perdu sa femme, le brave père doit se résoudre à laisser partir sa fille comme servante dans une maison de gros bourges de Damas. Ces chrétiens maronites la traitent bien, et Boutrossieh se révèle si dévouée, douce et vertueuse qu’elle repartira chez elle quatre ans plus tard avec un trousseau complet. Soit une petite fortune en vêtements, linges de maison et autres fanfreluches de gonzesses, indispensables pour se marier. Demandez à mamie, elle vous expliquera.

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Pendant ce temps, papa s’est remarié. La belle-mère adopte tout de suite la charmante petite, qui de surcroît a oublié d’être moche. La jeune adolescente devient vite une turbo bombe qui fait baver tout le voisinage. Les daronnes du coin commencent à se crêper le chignon pour savoir lequel de leurs fils épousera cette beauté à la dot conséquente. Mais le projet de Boutrossieh ne colle pas avec la vie maritale. Déjà, elle est si pieuse qu’elle entraîne sa ligue de copines à une attitude pudique envers ses prétendants.

Par sa détermination que cache un visage angélique, elle parvient à convaincre papa de la laisser filer au couvent. Déso les rageux, Dieu avait choisi la plus jolie. Elle entre alors en tant que domestique dans le couvent des Mariamettes le temps de son apprentissage. Son père tente de la convaincre de revenir, mais elle s’y refuse. Elle prononce ses vœux en 1862, et compte bien s’y tenir.

Boutrossieh, ce n’est pas qu’un physique : elle apprend les maths, la calligraphie, et l’arabe classique. Le Père supérieur s’inquiète parfois : qu’est-ce qu’elle peut bien fiche de son temps libre ? Elle disparaît quelques heures par jour, pas moyen de savoir ce qu’elle glande. On le rassure : elle part discrètement en ville donner de son temps pour les personnes âgées et les plus pauvres. Ce qui ne l’empêche pas de fonder une école de jeunes filles, où les demoiselles ont l’impression qu’un ange leur fait cours. Comme on est toujours au Liban, une nouvelle guerre fait rage. Les Druzes, une des minorités religieuses les plus expérimentales au monde, massacrent des chrétiens. Boutrossieh arrive à planquer un môme dans ses fringues pour lui sauver la vie. Les aléas des guerres ne permettent pas à sa communauté religieuse de tenir : il faut chercher une place ailleurs. Boutrossieh en appelle à sa Mère Celeste, qui lui répond dans une vision. Elle ira sur commande divine au couvent Saint-Simon d’Aito. Comme Dieu se trompe rarement (jamais), ce fut son couvent définitif. D’ailleurs, elle y prononce ses vœux solennels, et choisit à cette occasion le nom de sa maman chérie, Rafqa, alors occupée à lui préparer un siège VIP au ciel.

Pour alléger un peu les épaules du Patron, elle lui demande de prendre part aux souffrances de son divin fils. Exaucée : une vive douleur la prend dans l’œil

Rafqa ex-Boutrossieh trouve cependant sa vie de privations, de sommeil sur des dalles en pierre et de prières beaucoup trop douce. Elle enclenche le mode hardcore : pour alléger un peu les épaules du Patron, elle lui demande de prendre part aux souffrances de son divin fils. Exaucée : une vive douleur la prend dans l’œil. Elle sera non-soignée par un médecin américain, qui lui enlèvera la cornée au lieu de lui enlever la douleur. Sans anesthésie.

La douleur se répand à l’autre œil, et elle perd définitivement la vue en 1899. On lui diagnostique une tuberculose osseuse, et rien qu’au nom, on pige qu’aujourd’hui, on aurait euthanasié tout ça pour libérer un lit d’hosto. Mais Rafqa supporte tout ceci avec gratitude et dans la joie de partager ce qu’elle appelle la sixième blessure du Christ : celle que lui a fait le poids de la Croix sur l’épaule. Elle ira rejoindre Dieu le 23 mars 1914, après quinze années de douleurs. On rapporte que sa tombe répandait une lumière d’une beauté indescriptible plusieurs nuits d’affilée. Peut-être pour que tous voient celle qui ne voyait plus.

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