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Éric Ciotti, la demi-molle

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Publié le

9 septembre 2021

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Dans quelques semaines, Les Républicains choisiront un nouveau champion pour la bataille présidentielle. Député des Alpes-Maritimes, Éric Ciotti sera le seul à représenter l’aile droite du parti. Ses prises de position témoignent pourtant de contradictions évidentes, et d’une tiédeur caractéristique.
Ciotti

« Le seul candidat qui peut gagner cette élection, […] c’est le candidat de la droite républicaine et je ne pense pas qu’Éric Zemmour pourrait gagner ce match ». Voilà le constat du député LR Éric Ciotti au lancement de cette année présidentielle, et alors que la candidature du polémiste fait peu de doute. Sur le plan des idées pourtant, Ciotti concède : « J’ai de l’amitié pour Éric Zemmour, il a du courage, il a des convictions et des idées que très souvent je partage », au point qu’il voterait pour lui si le jouteur de CNews se qualifiait au second tour face à Emmanuel Macron.

Sans en discuter le fond, ces prises de position en disent beaucoup sur la stratégie politique d’Éric Ciotti : alors que Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau ont décidé de ne pas se présenter à la primaire, le monsieur Sécurité de LR a le champ libre pour incarner l’aile droite du parti, la même qui avait choisi François Fillon en 2017. De quoi embarrasser ses camarades avec ses déclarations, mais s’attirer les sympathies de la base militante, historiquement plus à droite que les notables. De quoi aussi, à moyen terme, se tailler plus encore le costume sécuritaire pour pouvoir prétendre au ministère de l’Intérieur une fois la droite revenue au pouvoir – comme Philippe Juvin avec le ministère de la Santé.

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Pourtant, cette image droitière d’Éric Ciotti mérité d’être questionnée, car le Niçois est l’incarnation de cette droite qui se pense de droite parce qu’elle est ferme sur les questions d’ordre et de sécurité, alors qu’être de droite suppose un rapport au monde qui va bien au-delà de ces seules problématiques. Or, dès qu’il sort du champ régalien, Ciotti est as de la nuance et prince de la contradiction. Comprenez, il ne faudrait pas trop brusquer ses petits camarades et l’opinion dominante.

Du tango civilisationnel : un pas devant, deux pas derrière

Depuis son élection en tant que député des Alpes-Maritimes en 2007, Éric Ciotti est très actif à l’Assemblée nationale et sur les réseaux sociaux. Ses prises de position très régulières oscillent globalement en fonction de l’air du temps, et manquent franchement d’une ligne claire.

Par exemple, en 2013, il participait au mouvement de la Manif pour tous contre le projet de loi sur le mariage homosexuel, craignant des « changements considérables dans notre société ». Une fois la loi adoptée, il opérait un magnifique volte-face, qui n’est pas sans rappeler le « j’ai réfléchi » de Valérie Pécresse : « Sur le mariage pour tous, je n’aurais peut-être pas la même attitude aujourd’hui. Aujourd’hui je le dis clairement, je pense que ce texte est dans le droit et qu’on ne doit pas revenir dessus ». Il ne s’agirait pas en effet d’offenser le courant à la mode. Et tant pis pour le courage en politique, d’un homme qui se revendique du gaullisme mais qui semble ne pas croire en la volonté en l’histoire : dès que la gauche a voté un « progrès », la droite n’a plus rien à faire.

Vacillant entre quelques intuitions conservatrices et la pensée républicaine de gauche, il multiplie les prises de position pour draguer les premiers tout en envoyant des signaux d’acceptabilité au second

Toujours sur ces thématiques sociétales, il a multiplié les déclarations anti-PMA courageuses : « Un enfant sans père me gêne car c’est contraire à ce que fait la nature » ; « [La PMA] est un pas vers la marchandisation des enfants ». Pourtant, lors du vote final sur le projet de loi bioéthique, Éric Ciotti s’est abstenu. Ses électeurs sont donc prévenus quand la prochaine majorité progressiste votera la GPA ou l’euthanasie.

De là, Éric Ciotti a beau jeu de réclamer l’inscription des racines judéo-chrétiennes de la France dans la constitution. Quand cet héritage civilisationnel s’incarne pratiquement sur une question législative, il est peureux, ou absent, ou lâche. Un coup par ci, un coup par-là : à juste titre, ses détracteurs lui reprochent ses contradictions, et notamment sa volonté d’ajouter la laïcité à la devise de la République – « Liberté, égalité, fraternité, laïcité ». Cette volonté d’une pure neutralité de l’État est en contradiction avec sa volonté d’inscrire les racines chrétiennes dans la Constitution, puisque l’intérêt de pareille inscription serait d’offrir une piste d’interprétation du droit différente du canal actuel.

En tout et pour tout, le projet civilisationnel d’Éric Ciotti est mouvant, et pas insensible à l’avis majoritaire. Du politiquement correct, voire même du laisser-aller envers le progressisme, mélangé à des idées courantes de la droite conservatrice : cette frivolité en dit beaucoup sur l’ambivalence et le caractère très politique du personnage.

Positionnement politique : un peu d’audace, mais pas trop quand même

Il en va de même pour ses positionnements politiques : Ciotti est capable de bien des retournements pour ménager sa place.

Pendant les régionales en PACA, il a d’abord déclaré qu’il ne voterait pas pour le candidat de son parti, Renaud Muselier, parce qu’il était soutenu par LREM : « Renaud Muselier a bien conclu un accord en bonne et due forme avec le pouvoir macronien ». Un acte politiquement très fort, qui aurait pu permettre à l’aile droite de LR d’engager un vrai rapport de force, et ce d’autant plus que le candidat RN Thierry Mariani est un transfuge des Républicains. Mais après avoir voté blanc au premier tour, il se ravise et vote finalement Muselier au second tour, qui s’est félicité sur BFMTV que le député ait « retrouvé la raison ». Ciotti aurait-il décidé de se ranger dans le camp majoritaire qui avait de fortes chances de l’emporter pour être du côté des gagnants ?

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Ses rapports avec le RN sont de fait empreints d’un manque criant d’audace. Depuis toujours, il a été l’apôtre du « barrage républicain ». En 2018, au micro de France Inter, il déclarait que « ceux qui sont tentés [par un rapprochement avec le RN] n’auront plus de place dans notre famille politique », jugeant les idées lepénistes trop extrêmes. Trois ans plus tard, il estimait pourtant que « ce qui nous [les LR] différencie globalement du Rassemblement national, c’est notre capacité à gouverner », déclaration qui implique que la seule vraie différence entre LR et RN ne serait plus d’ordre idéologique. Belle capacité d’adaptation du discours : une fois que les idées de MLP ont obtenu l’approbation d’une bonne partie des Français, il fallait bien faire un petit coucou à ses électeurs après avoir traité leur championne de tous les noms.

Il faut encore mettre en parallèle ses positions anti-RN à ses déclarations sur Éric Zemmour. Pour quelqu’un qui incitait à faire barrage au RN en laissant entendre que leurs idées étaient trop « extrêmes », voter Zemmour n’est pas tout à fait logique, car le polémiste affiche des positions ouvertement plus à droite que MLP, en voie de normalisation. Ses critiques à l’égard du RN font surtout sourire alors que ses mesures pour 2022 ressemblent aux propositions de Marine Le Pen. Il souhaite, comme elle, supprimer le droit du sol, avec un système de contrôle de l’immigration que lui-même définit comme « autoritaire ». La « lutte contre le communautarisme » est aussi l’un de leurs points communs. Pourquoi alors entretenir une opposition factice ?

En tout et pour tout, Éric Ciotti est tout à fait représentatif de l’état de la droite française, et plus particulièrement de son aile droite : vacillant entre quelques intuitions conservatrices et la pensée républicaine de gauche, il multiplie les prises de position pour draguer les premiers tout en envoyant des signaux d’acceptabilité au second. Avec Sarkozy, l’on a vu le résultat une fois au pouvoir.

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