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Tout le monde, il est de droite

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Publié le

3 septembre 2021

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Chez les Républicains, c’est à qui sera plus à droite que l’autre. Vous pensiez que c’était Wauquiez ? Erreur ! C’est Pécresse. À moins que ce ne soit Bertrand. Ou bien alors Emmanuel Macron ? Il est des électeurs de droite pour le croire. Petit problème : le mot de droite est en train de devenir un mot-valise. Alors, on cherche toujours, et un projet, et un candidat qui soit véritablement de droite.
droite

La bonne nouvelle, c’est que le temps est enfin révolu où nul, dans la classe politique française, n’osait se déclarer ouvertement de droite, de crainte de subir les foudres du terrorisme intellectuel de la gauche marxiste qui avait vite fait de vous renvoyer aux « années les plus sombres de notre histoire », celles où le maréchal Pétain présidait aux destinées de la France. Les rares qui avaient l’imprudence de se dire de droite étaient aussitôt catalogués à l’extrême droite, synonyme de bannissement à l’île du Diable, donc de mort sociale.

Désormais, hormis ceux sur lesquels on comptait pour défendre les idées de droite mais qui estiment que le clivage droite/gauche n’existe plus, ayant été remplacé par un clivage entre « patriotes » et « mondialistes », tout le monde il est de droite ! Même Xavier Bertrand, qui se définit comme « le candidat de la droite républicaine » (le candidat de la droite monarchiste est prié de prendre contact avec nous au plus vite). Et même, plus fort encore, Valérie Pécresse !

À part peut-être, Madame Pécresse

Dans un entretien au Point, la présidente du conseil régional d’Île-de-France, confirmant être candidate à la présidence de la République, affirme être « au barycentre des trois droites que décrivait René Rémond » – tel que ! – et proclame : « Les valeurs de la droite sont devenues centrales dans la société. Il serait donc paradoxal qu’elles ne soient pas incarnées par quelqu’un sincèrement de droite, qui ne pratique pas la godille politique », c’est-à-dire, naturellement, elle ! On en déduira donc que, contrairement à ce qu’on avait compris à l’époque, si elle a quitté Les Républicains en 2019, ce n’est pas parce que LR, sous la direction de Laurent Wauquiez, était devenu trop à droite.

Lire aussi : Zemmour, le feuilleton de l’été (1/2)

Et vas-y, dans ce même entretien, que je cite Fernand Braudel ; vas-y que je me réfère à l’Identité malheureuse d’Alain Finkielkraut, et même au sociologue Mathieu Bock-Côté ; et vas-y que je revendique, pour me distinguer de Xavier Bertrand, de Michel Barnier – on l’avait oublié celui-là – et de Laurent Wauquiez, « une forme de radicalité […] dans les réformes à accomplir » ! Et de se dire, en une formule destinée à lui donner de l’épaisseur, mais qui risque de se retourner contre elle, « 2/3 Merkel et 1/3 Thatcher». Deux tiers d’elle voudraient donc ouvrir toutes grandes les frontières du pays et un tiers d’elle laisserait bien crever les prisonniers politiques? On pose ça là et on attend les réactions…

La décadence, oui, mais dans l’ordre

La mauvaise nouvelle, c’est qu’en même temps que tout un chacun se découvre de droite et le clame haut et fort, le beau mot de « droite » est vidé de sa substance. Réduit à ne plus rien signifier en termes de valeurs et, a fortiori, de civilisation. De droite, Pécresse, quand elle fait élire, au conseil régional d’Île-de-France, une certaine Catherine Michaud, qui n’est autre que la présidente de GayLib, l’association qui défend « les LGBTI libéraux et humanistes » (sic), veut « permettre aux personnes trans de changer leur état civil gratuitement en mairie et sans délai » ou « réclame un débat national sur une GPA éthique » (re- sic) ? Dans son esprit, oui. D’une « droite moderne », comme dit celle qui se définissait aussi, en 2019, comme « l’héritière de l’aile droite du juppéisme », sans se rendre compte – mais il est vrai qu’elle ne confie pas avoir lu Les Antimodernes, d’Antoine Compagnon – qu’il y a comme une légère contradiction dans les termes. En tout cas, elle n’est nullement « au barycentre des trois droites ».

Pour la quasi-totalité de la droite française, être de droite, c’est rétablir l’autorité de l’État ainsi que les conditions permettant aux Français de retrouver leur prospérité. Point barre.

Le cas Pécresse est intéressant en ce qu’il est représentatif de ce qu’est devenue la quasi-totalité de la droite française, du moins celle que l’on appelle « de gouvernement » et qui aspire à le redevenir. Pour elle – cette droite-là – être de droite, c’est rétablir l’autorité de l’État ainsi que les conditions permettant aux Français de retrouver leur prospérité. Point barre. C’est, tout en prenant bien soin de préserver la devise républicaine, et notamment le sacro-saint principe d’égalité, avoir pour projet d’y adjoindre la devise du Brésil (empruntée au Français Auguste Comte) : « Ordre et progrès ». Et c’est tout. Pour le reste – l’essentiel – la modernité impose que l’on suive le mouvement en feignant de l’organiser. Qu’importe la décadence, du moment qu’elle se déroule dans l’ordre.

Un homme, une intelligence, un chemin

S’afficher de droite, c’est vouloir occuper un créneau assurément porteur. Un créneau peut-être gagnant, tant Emmanuel Macron lui-même ne parvient à faire encore un peu illusion que grâce à ses ministres issus de la « droite ». De même que se dire gaulliste – ou « gaulliste social », comme Xavier Bertrand – est rassurant. Mais les affichages de communication ne font pas les véritables projets pour la France, ni les hommes d’État, ces personnages dont on attend qu’ils indiquent le chemin qu’ils estiment bon pour le pays, dussent-ils prendre leur électorat à rebours ou leur parler de sujets qui ne leur semblent pas majeurs, alors qu’ils le sont au premier chef – alors qu’ils sont justement ceux qui exigent qu’on y consacre tous ses efforts et pour lesquels la mobilisation de tout le pays doit être requise.

Intellectuellement, la droite française a perdu depuis… On dira prudemment qu’elle a perdu depuis très longtemps et que ça n’a fait que s’accentuer au fil de la Ve République, jusqu’à ce que ces dernières années, par la conjonction du glissement à droite d’intellectuels de gauche réputés, de l’émergence d’une nouvelle génération d’essayistes et de l’ouverture de fenêtres de tir médiatiques, une pensée divergente de l’opinion dominante dans l’intelligentsia commence à émerger.

Lire aussi : Comment Xavier Bertrand a niqué Les Républicains

Hélas, les partis politiques sont restés à distance de ce mouvement dextrogyre, dont ils ne tiennent compte qu’en termes de parts de marché, en étudiant les sondages, notamment les études qualitatives qui viennent les éclairer sur les raisons des évolutions quantitatives. Est-ce par flemme, ignorance, méfiance, frilosité, désintérêt ou par un mélange de tout cela ? On ne sait, mais toujours est-il que la réflexion de fond – le combat des idées – se déroule sans eux et loin d’eux. Ils n’en retiennent alors que ce qui les arrange, les uns qu’il y a un « créneau » sur le flanc droit, les autres qu’il y a un « créneau » dans la contestation du pouvoir des « élites ».

Une décennie pour ne rien faire

Ils s’y engouffrent donc, mettant sous l’étiquette qu’ils ont choisie, et qui est généralement celle qui leur offre la grille de lecture avec laquelle ils sont le plus à l’aise, tout et son contraire – comme quoi Macron n’a pas le monopole du « en même temps ». Ainsi de Valérie Pécresse, encore elle, qui n’est pas loin de prôner la préférence nationale en matière d’aides sociales – on ne doute pas qu’elle poussera de hauts cris dès qu’on lui fera remarquer – mais plaide pour « une stratégie de peuplement » – telle est sa formulation ! – afin de « lutter contre les ghettos, les éradiquer en interdisant de construire plus de 30 % de logements très sociaux par quartier ». Ce qui voudrait dire, primo, qu’on continuerait à offrir des logements « très sociaux » aux immigrés ; et, secundo, qu’on amplifierait la politique actuelle qui consiste à les disséminer sur l’ensemble du territoire ! C’est bien la peine d’avoir pour directeur de campagne un homme qui vient de publier Immigration – Ces réalités qu’on nous cache (Robert Laffont) et qui avait été pressenti par Éric Zemmour pour diriger sa campagne…

Cela fera bientôt dix ans que la droite a perdu l’Élysée, donc le pouvoir. Par la faute de Nicolas Sarkozy, qui l’avait conquis sur un projet résolument de droite, et qui a été battu pour ne pas l’avoir concrétisé

Cela fera bientôt dix ans que la droite a perdu l’Élysée, donc le pouvoir. Par la faute de Nicolas Sarkozy, qui l’avait conquis sur un projet résolument de droite (« liquider une bonne fois pour toutes l’héritage de Mai 68 »), un projet qui avait réussi à rallier ce qu’on appelle le peuple comme la bourgeoisie, et qui a été battu pour ne pas l’avoir concrétisé. Un de ses très proches collaborateurs nous disait durant son quinquennat, alors qu’on l’interrogeait sur l’idée saugrenue d’avoir fait entrer au gouvernement des ministres d’« ouverture » comme Kouchner et autres Fadela Amara : « Mais tu n’as rien compris! Comme ça, on est débarrassés de la gauche pour vingt ans ! » Bien sûr…

Combat sans idées

En une décennie donc, la droite « de gouvernement » n’a réfléchi à rien. À rien d’autre qu’aux échéances électorales du mois ou de l’année d’après. À rien d’autre qu’à ses ambitions médiocres. Hormis deux hommes : Bruno Retailleau, le président du groupe LR au Sénat, qui a publié un intéressant Refondation (L’Observatoire), et David Lisnard, le maire LR de Cannes et outsider dans la course à l’Élysée, qui a récemment publié, chez le même éditeur, La Culture nous sauvera. Le « camp national » n’a pas fait mieux. Il a même fait pire. La revue d’idées, dont Marine Le Pen avait annoncé la création lors du congrès de Lille, en mars 2018, n’a jamais vu le jour. Et si le Front national avait bien des défauts, il avait eu une qualité, que le Rassemblement national n’a pas : s’être doté, sous l’impulsion de Bruno Mégret et Jean-Yves Le Gallou, d’un conseil scientifique composé d’universitaires et de chercheurs et qui avait eu pour président, excusez du peu, le grand sociologue Jules Monnerot.

Une présidentielle ne se joue pas sur un combat d’idées ? C’est à voir. Quand les idées sont absentes, la communication remplit en effet tout l’espace. Quand elles sont présentes, la communication n’est plus qu’un outil à leur service. Donc au service du pays. Or il se trouve que c’est justement à cela – désigner le meilleur serviteur du pays – qu’est supposée servir une élection présidentielle.

Lire aussi : Marine Le Pen : « J’en appelle à l’union sacrée » 1/2

À tous ceux qui, à sept mois de la présidentielle, sont quelque peu désabusés – et il y a de quoi – ayant oublié que « tout désespoir en politique est une sottise absolue », voici quelques chiffres, ils leur permettront de relativiser tout ce que les sondages indiquent aujourd’hui. Début septembre 2016, soit à la même distance de l’échéance présidentielle que nous le sommes aujourd’hui, toutes les études d’opinion donnaient Alain Juppé largement en tête au premier tour et vainqueur au second. Fin novembre, la primaire de la droite et du centre ayant balayé les ambitions présidentielles dudit Juppé, les mêmes sondages donnaient François Fillon tout aussi largement en tête au premier tour et vainqueur au second, alors pourtant qu’Emmanuel Macron avait déclaré sa candidature, suscitant ce commentaire du Monde : « Jamais aventure personnelle comme la sienne n’a été couronnée de succès sous la Ve République ».

Un petit dernier pour la route : au début de la campagne des primaires républicaines de 2016, qu’il allait remporter avant de conquérir la présidence des États-Unis, Donald Trump a eu bien du courage de maintenir sa candidature : de tous les prétendants à l’investiture, il arrivait bon dernier. Il était crédité dans son seul camp, selon un sondage commandé par CNN, de 3 % des suffrages…

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