Cette initiative présidentielle sur la question des harkis intervient après la lettre que vous et trente-deux députés LR avaient adressée au président en ce sens. Vous félicitez-vous de cette initiative, et qu’en attendez-vous concrètement ?
Oui, je m’en félicite, parce que nous avions interpellé le président de la République pour lui demander un geste fort à l’occasion du soixantième anniversaire des accords d’Evian. Voilà qu’il répond favorablement à cette demande, même s’il oublie de citer ceux qui lui ont demandé de le faire. Maintenant, nous attendons du sérieux, c’est-à-dire une loi qui reconnaisse les torts et qui ne cherche pas simplement à faire de la repentance mémorielle. Au-delà de l’horizon 2022, nous voulons un véritable accompagnement financier pour les harkis et leurs familles, en dédommagement des maux qui ont été causés.
Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande avaient, pendant leur mandat respectif, entamé des démarches pour la reconnaissance des harkis. Ce geste d’Emmanuel Macron est-il l’aboutissement final de ces précédentes avancées sur la question algérienne ?
Lire aussi : Julien Aubert : « Les harkis symbolisent le contraire du séparatisme »
Je pense que chaque président y est allé petit à petit sur cette histoire qui reste aujourd’hui encore très douloureuse. Emmanuel Macron ne fait qu’augmenter la dotation spécifique qui avait été prévue sous Jacques Chirac aux harkis et à leurs proches, alors que pour moi, à partir du moment où l’on reconnaît une chose, c’est un préjudice qu’il faut réparer de manière plus poussée. On est donc dans un autre type de dédommagement : il faudra que le président de la République clarifie cet aspect. Il solidifie en fait les mesures qui existent déjà, mais sans aller beaucoup plus loin.
Quel lien faire entre cette politique « de reconnaissance et de réparation » et l’élection présidentielle qui approche ?
Il n’aura échappé à personne que les cadeaux pleuvent alors que la présidentielle approche. Emmanuel Macron, en tant que prince de l’ambiguïté, sait rééquilibrer la donne. Après avoir passé quatre ans à injurier les pieds-noirs, les harkis, et tous ceux qui ont été affectés par la mémoire de l’Algérie, il donne un coup de volant dans l’autre sens pour espérer rétablir l’équilibre et s’attirer les bonnes grâces du public réceptif à ces problématiques. Personne ne sera dupe, cela ne permettra pas de corriger une faute historique.
Lire aussi : Séparatisme et atomisation républicaine
Contre le séparatisme, la République française n’a-t-elle pas tout intérêt à mettre en avant les harkis en avant, comme étant un modèle d’assimilation ?
J’ai toujours insisté sur le fait que, pour ceux qui, comme Éric Zemmour, pensent que l’islam n’est pas compatible avec la démocratie, l’histoire et le sacrifice des harkis est l’exact contre-exemple qui montre que l’on peut être musulman et patriote. Par contre, Bachaga Boualem, leader des harkis et ancien vice-président de l’Assemblée nationale, mettait en garde dans son essai Mon pays, la France contre un retrait de nos forces armées, qui laisserait un islam médiéval prendre le contrôle de l’Algérie, pour ensuite s’exporter dans notre pays. Il y a donc une frange de la religion musulmane qui n’est pas assimilable à la démocratie, mais les harkis sont l’exemple des musulmans qui se sont battus pour leur pays et qui sont aujourd’hui un modèle d’intégration. C’est dans cette optique que s’inscrit notre démarche de reconnaissance.
La politique est un art d’application, et il arrive parfois que l’on ne puisse pas tout anticiper ou tout faire correctement
Le chef de l’État a réaffirmé que la France était responsable de la rafle du Vel’ d’Hiv’, et a qualifié l’histoire coloniale française de « crime contre l’humanité ». Dans l’esprit du président, cette nouvelle décision ne s’inscrit-elle pas dans cette même logique de reconnaissance des erreurs françaises et d’auto-flagellation nationale ?
Il y a toujours chez Emmanuel Macron une volonté de coller à la manière dont on vend aujourd’hui l’histoire de France aux nouvelles générations, tout en s’étonnant qu’elles n’aiment pas notre pays, c’est-à-dire en dépeignant notre histoire comme une succession de fautes et d’erreurs. C’est omettre que la politique est par définition un art d’application, et qu’il arrive parfois, dans des circonstances complexes, que l’on ne puisse pas tout anticiper ou tout faire correctement. Le gouvernement en place lors des événements d’Algérie n’a pas bien anticipé ou compris les éléments fondamentaux sur le statut très particulier des forces auxiliaires qu’étaient les harkis. C’est pour cela que cette crise fut un réel déchirement avec la perte de trois départements français, et durant laquelle un million de personnes devaient être rapatriées. Cela explique aussi la difficulté mémorielle autour de ces questions. Mais il y a en même temps une forme d’incohérence de la part d’Emmanuel Macron, qui a décrété que la colonisation était un crime contre l’humanité, et qui ensuite vient récompenser le premier résultat de cette colonisation, c’est-à-dire l’apparition de musulmans français.





