Avec une trentaine de députés LR, vous avez écrit au président de la République afin d’obtenir réparation aux harkis et à leurs ayant-droit. Quel est le sens profond de votre démarche ?
Ce qui est arrivé aux harkis est une tâche dans l’histoire de notre pays. Les harkis ont été maltraités alors qu’ils avaient défendu le drapeau. La France a eu quelques gestes pour eux mais pas d’une ampleur susceptible de réparer les dommages qui avaient été causés à leur existence. Si nous ne faisons pas cet acte de réparation à l’occasion du 60e anniversaire des accords d’Évian, il sera trop tard. Dans quelques années les harkis auront tous disparu. C’est l’occasion à la fois de prendre nos responsabilités, et pour le président de la République de rééquilibrer sa démarche, plutôt orientée pour l’instant du côté de la mémoire algérienne. Emmanuel Macron a déclaré vouloir suivre les recommandations du rapport sur « les mémoires de la colonisation et de la guerre d’Algérie » de l’historien Benjamin Stora, qui avait déclenché la colère des familles de harkis. Notre proposition vise à contrebalancer ce rapport contesté par beaucoup parce qu’il tend à accréditer la vision nationaliste algérienne du conflit.
Êtes-vous soutenus dans votre démarche par les harkis et leurs familles ?
Nous avons reçu un soutien quasi unanime de la part des familles de harkis, à l’exception d’un représentant de harkis, président d’une association, qui appelle à cesser le « misérabilisme » et qui ne souhaite pas que l’on distingue les harkis. Mais 99 % y sont favorables.
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La mémoire des harkis est assez malmenée en France, notamment par une frange de Français d’origine algérienne et plus largement maghrébine. Dans le contexte de séparatisme que nous connaissons, pourquoi est-ce si important de rétablir la mémoire de ces Algériens qui ont choisi la France ?
C’est important parce que les harkis symbolisent le contraire du séparatisme. C’est un très beau symbole. Ce sont des gens qui n’étaient pas Français, qui étaient musulmans. On dit toujours que l’islam n’est pas soluble dans la République, or là ce sont des musulmans qui ont défendu la République. Peut-être que les Algériens ne le voient pas, mais quand on y réfléchit : c’est la meilleure manière de prouver que la République n’est pas islamophobe, que ceux qui aiment la France sont reconnus, que la République ne fait pas de distinction de couleur ou de religion du fait de son universalisme. C’est aussi une forme de respect par rapport à nous-mêmes : un pays qui ne protège pas les siens, c’est un pays qui ne se respecte pas.
Dans un autre contexte, lorsqu’elle était présente en Afghanistan, la France a pu compter sur le soutien de soldats et de civils afghans. Désormais livrés à eux-mêmes, leur vie est menacée parce qu’ils ont aidé la France. Peut-on faire un parallèle avec les harkis ?
Bien évidemment ! L’on accueille et l’on offre l’asile en France à leurs adversaires : des Afghans qui nous ont toujours combattus. Et on n’accueillerait pas ceux qui ont combattu à nos côtés ? Évidemment que si l’on doit accueillir des gens, il faut commencer par ceux qui ont choisi la France.
Début avril, un ministre algérien a qualifié la France « d’ennemi éternel et traditionnel » de l’Algérie. Comment mener une démarche de réconciliation lorsque les efforts ne vont que dans un sens ?
Il faut toujours relativiser les effets de manches. Je crois que la France sert de catalyseur au pays pour tenir uni, malgré les difficultés socio-économiques. Il faut l’intérioriser. Il faudra dans un premier temps que la mémoire des hommes s’efface, ce qui se fera quand les enfants et les petits-enfants des protagonistes ne seront plus là. Il faudra ensuite que les conditions économiques se modifient, de telle manière qu’à un moment donné l’instrumentalisation de l’histoire devienne puérile ou dépassée.
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