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Édouard Cortès : voyageur immobile

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Publié le

27 septembre 2021

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Armé de sa plume et de son goût pour l’aventure, l’écrivain-voyageur et paysan-philosophe Édouard Cortès interroge les fondamentaux de notre existence, alliant dans ses ouvrages prose méditative, observations naturalistes et introspection.
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Difficile de ne pas être charmé par Édouard Cortès ! L’homme, trapu, barbu et au crâne monacal, arbore toujours un accueil souriant, yeux pétillants et accolade virile. Avec lui, on ne s’ennuie jamais et pour cause, sa vie est aventure : quête d’aventure, projet d’aventure, récit d’aventure. Mais rien à voir avec un adolescent attardé en mal d’expériences fortes. L’aventure prend chez lui des proportions structurelles. Il a compris que la vie humaine est aventure, qu’on le sache ou qu’on ne le sache pas. Édouard Cortès est ce que l’on appelle un écrivain voyageur.

Il voyage à pied : Jérusalem en voyage de noces avec Mathilde, Rome en famille, Compostelle bien sûr. Mais il voyage aussi en voiture : Paris-Saïgon sur les traces de Larigaudie ou encore la Russie, et l’Afghanistan. Chaque voyage est matériau et vecteur de son propre itinéraire personnel ; et la mise en mots qu’il en effectue lui donne une nouvelle dimension. L’écriture est un filtre par lequel se décantent ses expériences, ses rencontres, ses sentiments, qui ouvre ainsi au lecteur un monde d’une très grande richesse, ou plutôt une lecture de notre monde commun. Chaque lecture d’un ouvrage de Cortès est la source d’une méditation sur le sens de la vie et sur notre appartenance au cosmos. Car ce voyageur qui écrit est aussi un paysan. Il a un sens de la terre, du terrain, de la faune et de la flore qui s’y déploient. Mais comment peut-on être à la fois enraciné et nomade ? Comment habiter et cultiver la terre tout en la parcourant en long, en large et en travers ? Telle est la tension de cet homme, sa fêlure secrète dont sourd toute la fécondité.

Il trace sa route en nous invitant à le suivre dans cette restauration d’un mode d’existence plus pur et plus authentique

Ce fils de financier aurait pu devenir un bourgeois comme un autre, communiquant pour des savonnettes ou journaliste. Mais ce petit-fils de pieds-noirs ne tient pas en place, à la recherche d’une terre promise qui se révèle toujours trop étroite. Berger sur les bords de Loire puis fermier en Périgord ont été autant d’expériences intenses de rapport à une nature belle à découvrir et riche à cultiver. Mais la terre ne se laisse domestiquer que par celui qui accepte d’en dépendre et de porter son joug au quotidien. La quête de Cortès ne peut s’y assouvir ; les contraintes économiques et sociales sont trop pesantes. Comment dès lors communier avec la terre et voyager ? En se confinant trois mois dans un chêne centenaire !

Le récit qu’il a fait de ce voyage immobile, Par la force des arbres, est remarquable de prose méditative et d’observations naturalistes. Installé dans la cabane qu’il a fabriquée à sept mètres au-dessus du sol, il observe les nombreux habitants de la forêt et se laisse consoler de son échec paysan. Dans cette thébaïde, il fait « un jeûne des hommes et une cure sylvatique », laissant la forêt lui enseigner ce chemin vers lui-même. Égocentré le Cortès ? Il connaît ses démons et les combat courageusement. Et par là, il cherche à transmettre à autrui le fruit de ce voyage intérieur.

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En exposant le plus profond de sa singularité personnelle, il permet à nombre de lecteurs d’y voir plus clair dans leurs propres méandres intérieurs. Comment traverser ce temps où l’artifice ne cesse de croître et par là éloigne l’homme de lui-même, du cosmos et de Dieu ? Cortès a l’intrépidité chevillée au cœur. Les défis que nos modes de vie ne cessent de nous lancer, il les relève avec panache et, avec persévérance, il trace sa route en nous invitant à le suivre dans cette restauration d’un mode d’existence plus pur et plus authentique. Son dernier livre est une étape importante dans sa maturation. L’écriture y devient plus dense ; elle recueille le poids de présence que chaque instant de notre vie offre à celui qui développe son attention.

Ce voyageur écrivain, ce paysan nomade se révèle être un philosophe. Et non pas « philosophe du dimanche » comme il le confesse modestement ; ce qui sous-entendrait que ne seraient philosophes que les diplômés en philosophie, ce qui aurait fait bien rire Socrate, Montaigne ou encore Rousseau. Cortès est un philosophe ordinaire, c’est-à-dire selon l’ordre. Non pas au sens dévoyé et réactionnaire du terme. Un philosophe de l’ordre parce que, dans notre tohu-bohu quotidien, il tend à correspondre au grand rythme du monde. Cette tension est son voyage. Nous attendons avec patience sa prochaine étape. Nous n’avons pas fini d’entendre parler de Cortès.

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